HOT - Leçon 1. La technique, universelle et singulière


Anne-Françoise Garçon - L2  Histoire, Université Paris 1 Panthéon-So

   Nous allons travailler sur les  sociétés techniques occidentales. Mais les concepts, les notions qui vont être dégagées dans ce cours, les postulats, les hypothèses de travail qui vont être utilisés, s'appliquent à toutes sortes d'espaces techniques et de civilisations. Car,il est un point à considérer avant toute chose, un fait essentiel à bien comprendre, c'est le caractère paradoxal de la technique. Paradoxe qui réside en ceci : la technique est universelle, mais son expression est située, elle dépend de l'époque, du lieu, de la culture générale des différentes sociétés humaines.

     La technique est universelle : c'est là un fait anthropologique. De tous les êtres vivants à habiter sur cette terre, l'être humain, l'espèce humaine est la seule à utiliser sciemment, en toute connaissance de cause, des artefacts matériels pour établir le lien avec son environnement; elle est la seule pour laquelle l'élaboration consciente, la transmission de ces artefacts est vital pour son existence; mieux, comme l'explique André Leroi-Gourhan, elle est la seule, en retour, à avoir évolué, à s'être donné des moyens supplémentaires d'intelligence, d'intervention sur son environnement à partir des artefacts premiers qu'elle s'était donnée. L'homme est technique par nature.

      Bien évidemment, l'espèce humaine ne s'est pas constituée uniquement dans et par sa relation à la technique. Il est d'autres fondements, d'autres structures qu'elle est seule à posséder et qui la distingue parmi la somme des êtres vivants : dans l'ordre de la nature, il y a l'interdit de l'inceste, un tabou qui a été capital, doublement on le sait maintenant, pour la construction sociale et pour la construction de sociétés se pensant en devenir, instaurant la continuité dans une relation implicite au renouvellement constant. Interdit de l'inceste, élaboration et fabrication d'artefacts matériels pour entrer en interaction avec l'environnement : tout cela dessine et pour une part détermine cette autre capacité fondamentale de l'être humain, autre et ultime : son aptitude à la pensée, à l'intelligence, à la mémoire, à l'imagination. L'homme, être pensant, être créatif, être imaginatif, en permanence œuvre matériellement dans son environnement, mais en permanence, prend ses distances par rapport à cet environnement, le recalcule, le repense, le recompose en pensée; le restructure symboliquement.

       Cette capacité de l'homme à pouvoir prendre intellectuellement, par le rêve, par l'imagination, la mesure de l'espace dans lequel il vit, son aptitude à recréer le monde, à le repenser, puis à mettre en réalité, à faire basculer dans la matérialité ce qu'il a rêvé, ce qu'il a imaginé, rejaillit obligatoirement sur sa relation à la technique. Les sociétés ont longtemps été techniques sans le savoir, ou du moins sans se le dire explicitement - et peut-être est-ce encore pour partie le cas de notre société. En effet, que l'homme soit technique par nature, ne signifie nullement qu'il le sache explicitement, qu'il élabore sciemment, explicitement sa relation à la technique. Toutes les sociétés humaines tissent, structurent obligatoirement un rapport étroit à leur capacité fondamentale à élaborer des artefacts matériels d'intervention sur leur environnement, mais peu ont considéré à l'origine, peu ont envisagé sciemment, ces artefacts comme "techniques".

      Toutes les sociétés sont techniques, mais peu se vivent telles, et cela est certainement pour une part notre cas : nous ne prenons que partiellement la mesure de la manière dont nous sommes fondamentalement techniques. Cela relève d'une autre caractéristique de la construction des sociétés humaines, que les anthropologues ont appris à discerner [Mary Douglas, Comment pensent les institutions] et que l'on pourrait énoncer brutalement ainsi : au cours de l'élaboration sociale, l'homme tend à effacer, plus exactement à masquer ce qui le fonde véritablement, et à substituer à cette fondation véritable, par une fondation mythique, symbolique, à partir de laquelle il justifie son ordonnancement social et le plus souvent, la justifie. C'est ainsi que la relation à la technique bien qu'elle fût première dans la relation de l'homme à la nature, n'est pas obligatoirement apparue telle dans le récit que les sociétés humaines se sont données de leurs origines. Et lorsqu'il y eut récit, je pense au mythe de Prométhée, que la technique soit placée dans l'ordre de la négativité : qu'elle apparaisse comme le résultat d'un vol commis à l'encontre des dieux, une ubris donc, un terme connoté négativement qui signifiait chez les Grecs "démesure"; un excès, une violence faite à l'ordre des choses,  que Prométhée paya d'une souffrance éternelle, par l'arrachement renouvelé d'un organe vital, symbolisant la vitalité arrachée pour toujours aux dieux. Que cette violence ainsi punie ait eu pour effet d'améliorer le sort des hommes n'est pas sans laisser songeur quant au mal que les sociétés ont eu pas même à conceptualiser, mais tout simplement - encore que le symbolique ne soit pas moins complexe à mettre en œuvre que le conceptuel, à accepter symboliquement, et donc à se représenter ce qui, fondamentalement, les aidait à vivre à s'adapter dans le milieu où elles évoluaient. Est-ce parce que non moins, fondamentalement, non moins inéluctablement, la technique modifiait, transformait dans le même mouvement, ce milieu dans lequel elles évoluaient, voire les transformaient elles-mêmes ? 

      La relation à la technique est donc universelle. Une anthropologie des techniques interroge ce qu'il y a de constant dans la relation à la technique, au-delà des temps, des époques, des cultures. Mais la manière qu'ont les sociétés de comprendre cette relation varie en fonction du milieu - au point que l'on parle de "technosphères", en fonction des formes prises par la culture générale et les différentes modes de structuration des communautés humaines. L'ethnologue des techniques étudie cette sorte de relation qu'a pu tisser, construire, élaborer, édifier telle ou telle groupe humain, telle ou telle communauté ou société; le sociologue des techniques travaille, interprète, décrypte la manière dont les classes et groupes sociaux, les professions se définissent dans, par, ou sans la technique, la manière dont la technique est facteur d'intégration, de structuration sociale ou non, la manière dont elle constitue un fait social, dont elle irrigue ou non l'ordonnancement social en général, l'ordonnancement professionnel et industriel en particulier. Le philosophe s'intéresse à la conceptualisation technique. L'archéologue ramène l'histoire des techniques à sa matérialité, en cherchant à comprendre la nature des traces qu'il met à jour. L'historien des techniques, quant à lui, fidèle à la mission qu'il se donne d'éclairer les temps présents par l'analyse du passé, au nom de la rémanence des représentations et des comportements, au nom aussi de ce que cela fournit d'expérience, de regard introspectif aux sociétés sur elles-mêmes, travaille à partir des sources écrites, matérielles, iconographiques, voire orales pour les temps proches, dans deux directions distinctes et complémentaires : il essaye, au plan synchronique, de dresser le tableau le plus fidèle possible des formes et des modes d'interrelations Hommes/Techniques, Sociétés/techniques. Il essaye en complément, dans un plan diachronique, de comprendre la manière dont, dans une société donnée, l'interrelation Homme/techniques a évolué dans le temps, les causes de cette évolution, ses freins, ses blocages, ses accélérateurs, de discerner et de décortiquer les moments décisifs dans cette évolution et travaille à établir des comparaisons entre sociétés d'époques et de temps donnés.

   C'est cela, ce travail de mise à distance, qui me ramène vers la société occidentale. Nous tous, qui vivons dans cette société, qui sommes nés et avons grandi en son sein, tendons à prendre pour normal et universel le fonds commun de notre pensée. C'est là, précisément, ce que l'on appelle une "culture". Or l'un des traits majeurs de la culture occidentale est de se penser en permanence dans la domination et dans la projection. Toujours le monde occidental se projette dans l'avenir, ce qui ne signifie pas, bien évidemment, qu'il le fasse à bon escient; toujours il le fait sur le mode de la dominance. Les cultures politiques ou religieuses de ce monde occidental sont diverses : monarchie, régime parlementaire, régime présidentiel : la démocratie s'y décline actuellement sous toutes les formes possibles; la diversité religieuse est forte aussi quoique centrée sur le monothéisme et très fortement sur l'héritage chrétien, lui aussi décliné sous de multiples formes. Il existe donc une culture technique occidentale dont les détours propres et caractéristiques sont le fruit de la manière dont ces sociétés, quelles que soient par ailleurs leurs différences, se sont construites, se sont édifiées socialement, politiquement, religieusement.

     En Europe, comme ailleurs, la technique n'a pas été d'emblée un objet intellectuel "bon à penser". Elle n'a même pas été d'emblée un objet intellectuel. Cela se marque à la distinction entre pratique/technique/ technologie. Cette distinction est capitale historiquement, pourtant elle est rarement perçue. Intuitivement on la comprend néanmoins, lorsqu’on réfléchit sur la manière dont nous approchons les objets qui nous entoure. Notre ordinateur par exemple, devenu l’outil par excellence des professions intellectuelles. Trois modes d’approche sont possibles, trois régimes que nous pratiquons sans vraiment en prendre conscience. Il y a le régime de familiarité : celui de l’approche pragmatique, du vocabulaire intime et imagé. Par exemple, Anglais et Américains pour désigner l’ordinateur portable parlent de « laptop », littéralement de « sur les genoux » ; par exemple encore, les informaticiens ont qualifié leur machine de « bécane », en empruntant le terme au vocabulaire cycliste. L’étude peut se faire de ces approches à la fois symboliques et immédiates. Qui, ayant acheté une machine nouvelle, ne s’est pas précipité dessus, sans un regard pour le mode d’emploi, usant avec délices de ce que les Anglais appellent le « learning by doing », l’apprentissage par la pratique ? Eh bien, c’est cela, le régime de la pratique : un régime de familiarité, qui privilégie la relation directe, presque affective avec l’outil, l’apprentissage par le faire immédiat, l’amélioration par l’erreur. Historiquement, ontologiquement aussi, c’est l’approche technique première, celle qu’entretient spontanément l’homme avec les objets qui l’entourent, les objets qu’il invente et qu’il construit. Mais revenons à notre ordinateur : les plus rigoureux d’entre nous, ou les plus passionnés, ou les plus curieux quitteront ce domaine de la relation directe, pour en savoir un peu plus : ils liront le mode d’emploi, et surtout, ils chercheront des renseignements dans la presse spécialisée : les revues consacrés à l’informatique sous toutes ses formes, qui donne des conseils techniques, les forums, les collections de type : « l’ordinateur pour les nuls », dont on connaît la fortune, relève du domaine de la technique, et non plus de la seule pratique. Ils vont au-delà du « learning by doing » et du « trial and error » : ils formalisent, définissent des protocoles, propagent la culture normalisée propre à l’informatique, se placent dans l’ordre de la pédagogie. Bref, ce sont des outils de formation à la culture technique informatique. Enfin, d’autres revues, d’autres publications vont au-delà dans la théorisation. Elles expliqueront les modalités de fonctionnement des nouveaux outils : dual-core, wifi, wimax, etc. : ces revues, moins lues que les précédentes, ou ses articles que nous parcourons distraitement dans nos revues de vulgarisation technique, relèvent quant à eux de la technologie, qui est un discours savant à propos de la technique, et engendrée par elle. Comprendre la différence entre ces trois approches : pratique/technologique/technique est absolument nécessaire lorsqu’on veut analyser scientifiquement la relation à la technique.  

  Ainsi, dans nos sociétés, le terme « technique », en tant que substantif, est apparu tardivement : en France, il est apparu dans le milieu du XVIIIe siècle, en tant qu'adjectif; au début du XIXe siècle, en tant que substantif. Auparavant, on ne parlait pas de technique, on parlait d'Arts, une habitude dont on retrouve traces aujourd'hui dans la dénomination : Conservatoire National des Arts et Métiers, le CNAMP. Le terme Art, qui appartient à la catégorie sémantique : ars en latin, artifex, désignait, désigne l'artisan, l'homme de métier, mais de tous les métiers "manuels", qu'il s'agisse de la construction des objets quotidiens: maçonnerie, charpente, vêtements, outils, vaisselle…, de l'embellissement : ébéniste, peintre, tapissier, orfèvre, sculpteur. C'est seulement à la fin du XVIIe siècle qu'une distinction a commencé de s'esquisser entre "artisan" et "artiste". Déjà le monde de la technique, d'une technique appréhendée comme un domaine spécifique de la pensée intellectuelle avec ses méthodes et ses objectifs propres avait commencé à prendre forme et cela depuis le XVIe siècle ; le monde de l'esthétique amorça alors un mouvement identique qui conduisit, on le sait, à la création du terme "esthétique" dans le milieu du XVIIIe siècle, et à la définition progressive de l'artiste comme figure de la créativité humaine.

        C'est dire que l'historien des techniques doit apprendre avant toute chose à distinguer entre pratique, technique et technologie. Car c'est son rôle de comprendre comment et pourquoi chacun de ces termes, qui représentent une relation particulière à l'action productive, naquit, évolua. Donnons quelques exemples de ce que l'histoire peut retirer d'une étude fine sur les termes. Ainsi, le terme technique ne fut pas premier à désigner l'appréhension intellectuelle des pratiques productives. Le terme "technologie" le précéda, en Allemagne comme en France, qui signifiait dans l'un et l'autre pays : le discours raisonné sur ce qui relève de la technè, de la pratique. La raison exprimée différa cependant dans l'un et l'autre pays,  ce qui tint à la différence de culture générale, mais aussi à la différence de culture politique, de culture administrative et de culture professionnelle… En Allemagne, Technologia fut inventé pour désigner l'administration rationnelle des métiers. En France, il fut moins question d'administrer les Métiers que d'administrer la rationalité, de l'imposer aux Métiers comme on administre un médicament aux malades. Diderot exprime parfaitement cette tendance forte de l'esprit intellectuel et savant de l'époque, lorsque, dans les articles "Arts", "Encyclopédie" et "Bas" de l'Encyclopédie, il préconise de donner un tour normalisé aux savoir-faire artisanaux dans le but de les rendre lisibles par tous, donc disponibles à tous, ce qui était pour lui le plus sur moyen d'accroître leur perfectibilité. C'est dire que dans nos sociétés européennes, le terme "technique" entra subrepticement dans le vocabulaire, qu'il supplanta et domina la "pratique" et les savoir-faire traditionnels en y ajoutant un sens supplémentaire celui de l'emprise, de la détermination intellectuelle en un mouvement qui se complétera un siècle plus tard, en France du moins, par une emprise supplémentaire, celle de la science sur les techniques, au nom toujours de la rationalisation des pratiques. C'est dire aussi que ce terme "technique" supplanta le terme "Arts", à la fois sciemment et sans le proclamer.

        Autre exemple, qui se rapporte cette fois à la transmission des savoir-faire. Il est courant, en France, de ramener cette problématique à celle des "Grandes Ecoles". Or, à  l'orée du XIXe siècle, dans une France désormais modernisée dans ses structures politiques, disposant de grands codes juridiques et d'une administration idoine, capable de les faire respecter, il n'y avait pas une, mais trois voies nettement différenciées pour produire, transmettre et contrôler les savoirs liés à l'action : la voie traditionnelle, celles des pratiques de Métiers, qui reposaient sur le savoir propre à une communauté, acquis par l'expérience, transmis d'individu à individu par un apprentissage très codifié, dont la voie royale de perpétuation fut et demeure le Compagnonnage; une première voie demi-savante, qui préconisait la transmission par l'expérience et l'enseignements autour d'une d'une bibliothèque de processus et de modèles, représenté par le Conservatoire des Arts et Métiers qui fut un lieu privilégié pour les sciences expérimentales et la formation technico-scientifique des artisans et petits entrepreneurs; une seconde voie, à caractère scientifique proclamée celle-là, qui mit en avant la formation par l'Ecole, sous l'égide de la géométrie, des mathématiques, de la physique et des sciences de la nature, qui fut un lieu privilégié de formation des ingénieurs et directeurs d'usines et de compagnies industrielles.

    La résistance du premier mode face aux deux autres, et face à l'industrialisation, sa persistance en dépit du fait qu'il était théoriquement interdit, l'attitude de tolérance qui finit par adopter à son égard les pouvoirs en place témoignent de sa vivacité, mais aussi sans doute de sa nécessité, tant anthropologique que sociale, tant sociale qu'économique. La troisième voie est souvent réduite à son plus beau fleuron, l'Ecole Polytechnique. Cette réduction exagéré occulte à la fois l'importance des autres écoles d'ingénieurs dans la modernisation du tissu industriel du pays, son dynamisme et sa capacité à résister aux crises qui le secouèrent parfois durement tout au long du XIXe siècle, Centrale bien sûr, mais aussi les différentes Ecole des Mines, les différentes écoles des Arts et Métiers. Quant à la seconde voie, que l'on pressent placée à mi-distance de l'atelier artisanal et de l'école pratique, elle s'est exprimée, outre la fortune du CNAM et son essaimage en province, par l'ouverture de multitudes de cours du soir et d'écoles professionnelles, tant industrielles qu'agricoles, qui furent le fait le plus souvent des municipalités ou de sociétés savantes à caractère industriel autant que culturel, telle la Société Industrielle de Mulhouse. Ce maillage multiforme de la formation professionnelle s'avéra efficace dans la transformation industrielle du pays, parce qu'il correspondait à la nature du tissu productif de ce pays entre XVIIIe siècle et XXe siècle, constitué d'un réseau étroit, très régionalisé, d'entreprises artisanales, d'entreprises industrielles de moyenne envergure, sorte de nébuleuse artisano-industrielle répondant aux besoins de l'agriculture, du quotidien urbain, et pour partie à la demande gouvernementale (marine, armée de terre, équipement des administrations) et parfois au marché international et d'un ensemble nettement moins dense de grandes entreprises industrielles, qui répondaient elles aux besoins de l'équipement privé et public du pays (armée, marine, équipement ferroviaire essentiellement, fourniture en énergie, machines-outils). Le "miracle français", le rang que notre pays occupa - et continue d'occuper, mais pour combien de temps ? - dans la hiérarchie des pays industrialisés en dépit de sa petite taille et de sa relative pauvreté en matières premières, tint pour partie à cette adéquation entre un tissu industriel et les capacités de formation. Une adéquation qu'occulte pourtant l'historiographie et qu'elle occultera tant qu'elle s'en tiendra à une lecture trop étatique de la formation technique, et à une analyse trop grossière des faits et des énoncés techniques.

Et lorsque cela advint, non de manière épisodique, mais de manière durable, récurrente et reproductible, ce qui se produisit au XVIe siècle, deux faits émergent, massifs, évidents : historiquement, cette culture s'est posée comme dominante, c'est-à-dire qu'elle s'est développée, qu'elle s'est élaborée en se posant comme l'unique culture technique possible, l'unique régime possible de relation à la technique;  et cette culture technique, à partir du moment, où elle s'est perçue telle, à partir du moment où les intellectuels, savants et philosophes, ont cherché à construire un discours cohérent, autonome, spécifique à propos de ce que nous appelons aujourd'hui la technique, l'on fait en  et chercher à comprendre de quoi il en retournait, ce qu'était la technique.

Voilà donc le fait essentiel que je voulais vous faire toucher du doigt dans cette première approche : l'universalité de la technique, mais le caractère diversifié des modes d'expression du fait et des énoncés techniques. Cette diversité se manifeste, entre autres, en France, à la distinction, disons-même, au différentiel d'historicité qui se manifeste entre pratique, technique et technologie qui évoluèrent selon des temporalités différentes. Nous verrons, mais cela sera, l'année prochaine, dans le cours consacré à l'histoire de la notion de progrès, que la naissance de la technique, en tant que telle, et non celle de la pratique, est lié à compréhension que les sociétés occidentales modernes se firent du progrès d'abord, de la perfectibilité ensuite.