Bioherméneutique

Description de la Bioherméneutique, par Georges Lahy

(extrait d'une conférence)


La Bioherméneutique est un concept que j’ai développé, en me fondant sur les enseignements du kabbaliste du XIIIe siècle Abraham Aboulafia. L’idée de base consiste à travailler sur les racines des noms des diverses parties du corps, des maladies, des peurs, des émotions, et de bien d’autres choses. Afin d’accéder aux causes et d’améliorer les effets. C’est tout simplement l’herméneutique de la Kabbale, appelée Sod, appliquée au vivant, à sa psychologie et à sa biologie, d’où le nom Bio-herméneutique. J’ai détaillé les applications de cette méthode dans deux livres intitulés : La Voix du corps et La Voix des maux. Qui connaîtront des suites, que l’expérimentation m’inspirera. On peut considérer qu’il s’agit d’une sorte de thérapie fondée sur les mystères du langage. J’utilise ici thérapie dans son sens originel, tel que le décrit Philon d’Alexandrie. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’un traitement médical, mais plutôt d’une méthode pour comprendre la cause d’un mal être ou d’une situation et la façon dont elle peut être reformulée.

Les racines du langage et les racines des mots, sont les racines du vivant et les racines de l’Arbre de Vie. En hébreu le terme davar signifie tout à la fois “parole” et “chose”. Cela signifie que parler crée la chose, mais aussi que la chose motive l'existence de la parole. On peut ainsi se poser la question à savoir si la parole crée la chose ou si c’est la chose qui crée la parole, cela revient à la fameuse histoire de l’oeuf et de la poule.
La parole offre la structure sur laquelle la chose peut s’appuyer pour exister et se former, un peu comme le squelette qui se pose en soutien pour le corps. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que la valeur numérique, “la guématria”, de davar est 206, c’est justement le nombre d’os formant le squelette humain.
La parole tient un rôle si important dans la Création, que dans le Livre de la Genèse, Elohim parle 10 fois pour créer son univers. Toutefois, la parole et la chose, “le davar”, ne représentent que les effets, un peu comme les branches, les feuilles et les fruits de l’arbre, la véritable cause réside dans les racines de l’arbre, donc dans les racines des paroles et des mots.
Oeuvrer sur les effets n’apporte que des solutions temporaires, car les effets dépendent de l’écoulement du temps : passé, présent, futur. En revanche, la racine réunit l’essence de l’être passé présent futur, et toucher la racine modifie instantanément les effets, quelque soit leur temps.
Toute chose qui porte un nom décrivant ses effets, “son rôle”, repose sur une racine qui lui donne son sens. Tant que la chose demeure dans l’harmonie du sens de sa racine, elle se porte bien, mais si elle s’écarte de son sens primordial, alors elle va mal. Ainsi la chose est mal nommée, et se retrouve en exil de son sens véritable, je dirai de son “bon sens”.
C’est l’une des interprétations que l’on peut faire du récit de l’arbre de Vie et de l’arbre de la Connaissance du Livre de la Genèse. L’arbre de Vie est l’arbre racine, de la cause primordiale, cosmologique et hors du temps. Alors que l’arbre de la Connaissance du bien et du mal est celui des effets, cosmogonique, suivant le sens du temps, dans le mauvais ou dans le bon sens. Cette dérive sera la raison de l’exil du couple primordial hors du Jardin, et l’origine de tous leurs maux, dont la guérison dépend de l’Arbre racine.

De même qu’un kabbaliste ouvre l’herméneutique du texte de la Torah pour accéder à son Sod, son mystère, la bioherméneutique se plonge dans la lecture du vivant, pour accéder au mystère de ses racines. A la base, je me suis tout d’abord livré à une lecture du corps, en regardant comme un texte sacré rédigé sur une peau. Les noms de chaque parties, de chaque membres, de chaque organes, forment les mots composant l’ensemble du livre. J’ai alors appliqué sur le corps, les méthodes de lectures ésotériques et de décryptages que les kabbalistiques ont toujours utilisées pour accéder à l’ésotérique du texte sacré.
J’utilise le nom hébreu, et de préférence hébreu ancien, des parties du corps, car il y a un véritable génie dans la façon dont les choses ont été anciennement nommées. Nos ancêtres, sans doute plus proche des principes et des lois de la nature, ont eu ce génie, en nommant les choses, de les faire reposer sur une racine la décrivant parfaitement, que ce soit en bien ou en mal. Ainsi, lorsqu’ils ont déterminé le nom d’un organe, (sans doute en modelant le nom durant des siècles), ce génie fait qu’en écoutant la racine, il est possible d’accéder au véritable ressenti de l’organe, découvrir les sensations qui lui font du bien et celle qui lui nuisent, ce qui peut le rendre malade et ce qui peut le faire aller mieux. Il en va de même pour les noms des maladies, à partir de leurs noms en hébreu ancien, ainsi d’ailleurs que pour tout ce qui est nommable : peurs, émotions, plantes, planètes, etc. la liste ne s’arrête pas.

Pour illustrer la méthode, le plus simple consiste à prendre un exemple. Un des plus flagrants concerne le foie, il se trouve dans mon livre La voix du corps. Son nom hébreu est “kavéd”, le nom est issu de la racine “kavad”, qui désigne une charge, un fardeau. La pesanteur de cette racine désigne, par extension, le fait d’être de poids, d’importance, digne d’honneur. Littéralement, le mot hébreu désignant le foie signifie “lourd”, dans le sens d’être chargé, “en portance”, c’est de l’importance, par extension ce mot signifie également “enrichir”.
Le terme kavéd ouvre deux directions d’analyse, la première évoque une charge et un fardeau qu’il faut porter. Ainisi, une situation “pesante” influera directement sur le foie. La deuxième direction désigne le fait d’être “en vue”, “d’importance” (en portance). Il y a bien cette notion de poids et de charge.
Cette signification introduit le mot kavod, qui signifie “honneur”, “gloire” et aussi “abondance de richesses” (spirituelles ou matérielles). On a la l’essentiel du message qu’envoie le foie lorsqu’il se manifeste par une pathologie, ou une sensation.
Ce poids exprime aussi le fait de “peser lourd financièrement”, d’ailleurs cette racine, je l’ai dit, veut aussi dire “enrichir”. On peut déjà chercher dans la direction de la charge que l’on doit assumer, on parle souvent de “foie chargé”, ceci pouvant concerner un problème de “charge familiale” ou d’un problème d’argent ; bien d’autres orientations peuvent ainsi être trouvées. Cette racine exprime également le fait de respecter, d’être respecté, ou encore  l’estime de soi, c’est d’ailleurs cette racine qui est utilisée dans la Bible pour le commandement : “Honore “ou respecte” (tekabéd) ton père et ta mère”. À la lumière de cela, il faut chercher si, dans l’histoire d’une personne souffrant d’une maladie du foie, il n’y a pas un “manque de respect” ou un “manque d’estime”. Pour résumer, dans le cas d’une pathologie, le foie parle de : situations pesantes, de non-reconnaissance, d’humiliation, de problèmes financiers, de difficultés de choix, de manque de discernement, de culpabilité, de jalousie, de tendance excessive à la critique, ainsi que du sentiment que l’on est, ou a été, l’objet d’un manque de respect.
Il y a de nombreuses pistes en fonction des histoires de chacun. Cela peut être familial, dans ce cas il faut se demander en quoi on est pas respecté ou estimé ou sein de cette famille ? afin de combler ce manque, qui fait perdre un certain poids ou une certaine importance dans le clan. Cela peut être financier, quelqu’un de riche représente un certain poids financier, mais du jour au lendemain s’il perd sa richesse, il devient tout de suite moins important et moins estimé, moins respecté. On peut également chercher dans le sacré, la croyance accorde une grande importance au sacré, et l’estime s’appelle dès lors la foi, un manque de foi (ce qui sonne bien ici) peut faire naître le sentiment que l’on n’est pas estimé de Dieu, ce qui crée un vide, donc un manque. Et Il est possible de trouver bien d’autres situations
Une fois ceci compris, il y a plusieurs niveaux de travail. Tout d’abord, la simple prise de conscience du message (que signalent une douleur, une pathologie, une sensation), peut apporter une réponse et clarifier une situation, dès lors un mieux être peut s’installer instantanément. On pourrait alors voir une pathologie comme une question posée en attente de réponse. Une fois la réponse donnée elle peut repartir apaisée. Dans ce cas, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. Toutefois, la simple explication de la raison d’un mal être, n’est pas toujours suffisante, la méthode de la bioherméneutique, fait alors appel à des vocalisations de combinaisons des lettres de la racine clé, en s’appuyant sur des techniques mise au point par Abraham Aboulafia. Ces sons envoient des informations directes à la biologie, sans l’aide de l’intellect, franchissant ainsi la barrière de nos interdits, principaux obstacles aux prises de conscience nécessaires à la solution de la bonne santé.
Pour un kabbaliste, recouvrer la santé, c’est retrouver sa place au sein de la Création. En effet, l’hébreu “briah”, création, désigne également le fait d’être bien portant, sain. La bonne santé du corps et la bonne santé de l’âme dépendent l’une de l’autre, car elles reposent sur les mêmes racines.
Dans le domaine du corps et de sa santé, comprendre le sens symbolique d’un membre ou d’un organe est essentiel, mais en connaître son ressenti, et être capable de le verbaliser, est capital.
Chaque douleur, sensation, maladie doivent être pris comme des messagers venant nous apporter un message capital à notre survie et à notre bien être. On pourrait ainsi intégrer les douleurs et les sensations à l’angéologie, car ce sont des messagers. La porte qu'emprunte ce messager, c’est-à-dire l’organe ou le membre concerné, fait partie du message et donne une information symbolique capitale. C’est pourquoi la connaissance symbolique et fonctionnelle d’un organe apporte d’importants renseignements, quant à la raison de cette souffrance. Si, pour une pathologie ou un mal être précis, on réussit à déterminer précisément un verbe ou un adjectif, il servira de clé essentielle à la guérison. C’est là que la magie des racines hébraïques peut faire son oeuvre, car il suffit alors d’utiliser le ressenti ainsi verbalisé et de trouver la racine correspondante. Ensuite, il faut l’interpréter et faire parler tous les mots issus de cette racine, puis effectuer des transpositions qui constituent un véritable travail vibratoire agissant directement sur la cause.

Pratiquement, tous les mots hébreux sont issus d’une “racine” et cette racine est généralement constituée de trois consonnes. Tout peut s’appliquer à cette racine, on peut l’employer dans n’importe quelle forme verbale, la transformer en dix ou vingt mots et parfois plus encore. Fondamentalement, ces racines trilitères sont des verbes non conjugés, des potentialités, c’est-à-dire qui ne sont pas encore entré dans le temps, encore à l’état de cause, c’est leurs conjugaisons qui les fait entrer dans les temps. C’est pourquoi le travail sur les trois lettres racines, et leur verbalisation sont essentiel et puissant.
Le plus difficile est de découvrir la bonne racine, celle sur laquelle repose l’édifice. Cela peut s’avérer très simple ou alors très compliqué. C’est simple lorsque la racine clé est tout simplement celle du nom de l’organe ou de la maladie en question. Mais il s’avère que souvent que la racine clé du qualificatif biologique soit beaucoup plus dissimulée. Dans ce cas, soit on réussira à la formuler directement, soit il faudra rechercher par un système d’écho. Pour cela on prend la racine de base, celle sur laquelle repose le nom de la partie du corps ou de la pathologie. Ensuite on se livre à la vocalisation des permutations des trois lettres, a l’écoute du ressenti qu’elle va faire résonner en soi. Ensuite, il faut réussir à qualifier ce ressenti, uniquement à l’aide d’un verbe ou un adjectif, et un seul est possible. Ce qualificatif étant une racine, ont fait la même chose qu’avec la racine précédente, en vocalisant ses permutations de lettres, pour percevoir un autre ressenti qu’il faudra qualifier, à moins que ce ressenti provoque une libération intérieure et mette en route le processus du mieux être.
Il est clair que pour les non hébraïsants, le plus difficile est de déterminer la racine trilitère à travailler. C’est dans ce but que j’ai publié mon livre La Voix du corps, qui apporte une lecture des principaux membres et organes du corps, ainsi qu’une liste de racines importantes. Mon livre La Voix des Maux, continue ce travail et analyse les noms et les effets de près de 150 maladies.

Une racine hébraïque contient, si on la met en mouvement, le problème et sa solution. Ce mouvement est un véritable acte d’alchimie interne, qui produit une véritable transmutation des mots en soi. Le meilleur exemple consiste à analyser la racine même de la maladie.
Maladie se dit Maħalah, et sa racine est Maħal, est le verbe “pardonner” et “renoncer” (faire grâce de). Ainsi, la maladie exprime à la fois le signe d’une abdication et une nécessité de pardon. Cette abdication laisse un vide, c’est pourquoi le mot prononcé meħilah désigne une caverne dans la terre, un espace vide. Rambam (Maïmonide) notait que le malade, sur qui l’on appelle la guérison du ciel, s’appelle ħoléh ; or ce mot vient de la racine ħalal qui veut dire
“creux”, “vide”, “profane”. D’autre part, le malade (ħoléh) et la maladie (maħalah) contiennent tous deux la racine ħol qui signifie profane, mais également vide. Ainsi, être profane ou malade, c’est être vide. Et Maïmonide précise : “vide de sacré”. L’hébreu nous apprend donc que le fait de tomber malade (ħala) est une souillure (ħélah), une profanation et un vide (ħiloul) dans l’harmonie de la création.
La maladie est due à l’abandon d’une partie de soi-même, que l’on n’habite plus en conscience. Ce vide est une cause de dysharmonie dans la création car : “la Nature a horreur du vide”. Ainsi, autre chose, n’appartenant pas à notre plan de conscience, vient remplir ce vide et provoque une faille dans notre équilibre vital.
Ce conflit intérieur révèle un nouveau mot rattaché à la même racine que celle de la maladie, en permutant deux lettres. Maħal devient alors malaħ, racine signifiant “embrouiller, embrumer”, ce que provoque le vide, d’où sort le mot milħamah, la “guerre” ou le “conflit”.  Et la maladie est bien un conflit. Toutefois, il faut préciser également que “milħamah” contient aussi la racine laħam, une autre permutation de Mah’al, qui signifie “manger, dévorer” ; dans ce cas, la guerre, c’est “dévorer le plein de l’autre”, parce que l’on est vide, donc malade.
La magie des combinaisons des lettres de termes hébreux, fait qu’en permutant les lettres de mah’alah, la maladie, on obtient h’alamah, la guérison. La guérison repose sur la racine ħalam, dont le sens premier est “être sain, fort, puissant”. L’autre sens de cette racine est “rêver”, que l’on retrouve avec les mots ħalom, le “rêve” et aħlamah, l’améthyste, pierre qui favorise les rêves. Le rêve est une capacité permettant d’habiter les lieux inconnus et de combler les vides.
On constate ainsi que la permutation des lettres d’une racine est un acte de transmutation, Les trois lettres, Mem-Héith-laméd, de mah’al, la maladie, se transmutent en Mém-Laméd-Heith, de Mahal, qui est aussi Méla’h le sel, puis se transmutent en Lah’am, qui aussi Léh’ém, le pain. En assemblant Mélah’ et Léhém, c’est-à-dire le sel et le pain, on obient milh’amah, la guerre dont le but est de se nourrir pour survivre, et remplir les greniers vides. En fin les trois lettres se transmutent en H’alam, la guérison, qui est aussi H’alom, le rêve.
En constate donc, qu’en prenant comme départ la racine dans son sens négatif, on peut la transmuter vers un sens positif, en l’activant. C’est comme l’alchimiste qui prend une matière vile pour la sublimer. De même, la matière potentielle de la maladie peut se sublimer en bonne santé, par ce simple jeu de combinaisons.

Derrière chaque conflit se cache un verbe, faisant office de pierre d’angle à un édifice morbide. Il suffit de déterminer ce verbe, nommant le ressenti-qualifiant, et tout s’évanouira instantanément. Le véhicule subtil permettant d’accéder aux racines est le ressenti-qualifiant, qu’il faut bien distinguer des sensations et des émotions. Le ressenti-qualifiant est secrètement dissimulé derrière l’émotion, il est d’ailleurs possible de ressentir une émotion, et il est fondamental de déterminer sur quel ressenti s’appuie une émotion. Un ressenti-qualifiant est la vive prise de conscience d’un état subjectif qui permet, si on arrive à le qualifier avec un verbe, d’exprimer la source d’un conflit intérieur indétectable consciemment.
Cette quête du ressenti-qualifiant peut difficilement se faire seul. Lorsque l’on est emporté par les remous d’un tourment morbide, il n’est pas aisé de verbaliser avec précision son véritable ressenti. Cela nécessite l’écho d’un regard et d’une oreille extérieurs, dotés de suffisamment de recul. Car il faut descendre profondément en soi, sans se laisser emporter ni distraire par les sensations ou par les émotions, pour chercher à ressentir profondément la source de son mal-être, et y puiser un verbe résumant tout ce ressenti. Il se peut que ce ne soit pas le verbe
exact, mais si l’on est dans son véritable ressenti, les verbes qui gravitent autour du verbe-clé aideront à localiser progressivement, la racine recherchée.

La bioherméneutique est une analyse de chacun de nos conflits, par leur symboles, leurs noms et la façon dont on les verbalise et les ressens. C’est une ouverture à la connaissance de soi. Mais cette méthode est aussi une réponse aux questionnements de notre être, les méthodes de combinaisons de lettres et de sons, qui se présentent comme des exercices de méditations sonores, incluant également un contrôle du souffle et l’usage de mouvements. Voici un extrait, d’un exemple de combinaisons, selon une méthode appelée Ab-Gad, qui consiste à faire muter la racine de départ.