Le traité de Jaffa

Le 11 février 1229, un traité entre l'Empereur Frédéric II et le sultan Al-'Kāmil est signé dans la ville de Jaffa. Ce traité reprend les termes d'un autre traité, proposé par le même sultan lors des négociations qui ont eu lieu pendant la 5e croisade, mais qui n'a pas été accepté du côté occidental.

Selon ce traité, Frédéric récupère Jérusalem et les villages situés sur la route entre celle-ci et Jaffa, de même que Nazareth et Bethléem. La condition est qu'il ne prenne pas possession des lieux saints de l'islam. Les fortifications de la ville ne peuvent pas non plus être relevées et enfin, la dernière condition est celle qu'une trêve de dix ans  soit conclue.

Il peut paraître surprenant que Al-'Kāmil ait accepté ce traité. En effet, il est alors bien plus à son avantage que quelques mois auparavant, n'ayant plus le poids de son frère rival et étant face à un empereur excommunié qui ne rassemble pas tous les croisés sous sa bannière. Quelle sont donc les raisons qui ont poussé le sultan à faire ces concessions d'une importance capitale ?

Les avis divergent quant au pourquoi de cet accord. Si l'on en croit les chroniques d'époque, « Il (Al-'Kāmil) apprit que l'empereur était arrivé à Jaffa au jour fixé ». Cela pourrait nous laisser croire que l'action militaire de Frédéric à Jaffa puisse avoir été prévue à l'avance entre les deux hommes. Certains disent même que cette action pourrait n'avoir été qu'un leurre pour que la rétrocession de Jérusalem passe mieux auprès du peuple musulman. En effet, comme on peut l'apprendre dans d'autres sources, l'idée aurait été de simuler une bataille imminente évitée de justesse par le traité de Jaffa. Cette hypothèse peut être convaincante dans la mesure où l'on sait que ni le sultan ni l'empereur n'éprouvent l'envie de prendre les armes l'un contre l'autre.

Si cette hypothèse n'est pas vérifiable, il est par contre certain que le sultan et l'empereur ont beaucoup échangé depuis l'arrivée du germain en Syrie. Fakhr Al-Dīn reste alors l'intermédiaire privilégié de ces négociations, et va du sultan à l'empereur de nombreuses fois. Frédéric joue, de plus, beaucoup de la diplomatie et s'adresse à Al-'Kāmil comme à un ami en lui disant qu'il n'est venu que pour répondre à son invitation et qu'il ne peut maintenant plus repartir sans avoir la Ville Sainte, ou il perdrait la face. Il doit en effet s'arranger pour qu'un traité soit vite conclut car il reçoit des nouvelles inquiétantes de ses possessions d'Italie. 

De nombreux courriers attestent l'embarras qu'éprouve Al-'Kāmil à l'idée de laisser tomber un ami à qui il a donné sa parole. De plus, si Al-'Kāmil est débarrassé de Al'Muazzam, il n'en est pas moins dans une situation délicate vis à vis du fils de ce dernier et subis les menaces constantes de Jalāl Al-Dīn. Pour ne pas avoir à devoir surveiller plusieurs fronts, il finit donc par accepter les offres de Frédéric, et cela débouche sur la signature du traité de Jaffa.

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Ibn Al-Kamil et Frédéric II se serrant la main, 
dans le manuscrit Nuova cronica
par Giovanni Villani.