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Les souterrains

D'importants souterrains appelés également muches ont été découverts à Hermies en 1840.

On en trouve dans l'arrondissement d'Arras à Avesnes-le-Comte (sous l'ancienne halle échevinale), Bapaume, Bavincourt, Bertincourt, Bullecourt (souterrain du XVème siècle), Foncquevillers, Fosseux (à l'emplacement de l'ancien château fort), Gouy-en-Artois, Grand-Rullecourt, Houvin-Houvigneul, Lattre-Saint-Quentin, Magnicourt-sur-Canche, Monchy-aux-bois, Morchies, Pommier, Quéant, Rocquigny, Sarton, Vaulx-Vraucourt (souterrain de sept à huit kilomètres de longueur en direction de Bapaume), Vélu, Wanquetin (de 1636), Prédefin (tradition des "Boulans"); dans l'arrondissement de Boulogne, à Courset (souterrain allant du presbytère à la pâture à Mottes et datant de la révolution); dans l'arrondissement de Lens, à Bouvigny-Boyeffles et Hersin-Coupigny (souterrains utilisés pendant les guerres et notamment en 1537, en 1543 et de 1638 à 1657); et bien sûr à Hermies.

En Picardie, les plus connus et peut-être les plus considérables sont ceux de Naours entre Amiens et Doullens.

M. Héliot, qui a écrit "les églises du Moyen-Âge dans le Pas-de-Calais", explique l'origine et l'existence de ces souterrains-refuges par les considérations suivantes:
"A l'époque lointaine des incursions scandinaves, les paysans couraient se mettre à couvert dans les forteresses que les seigneurs multipliaient à travers le pays; malheureusement, les forteresses féodales, aux âges postérieurs, n'étaient plus assez nombreuses ni assez vastes pour recueillir ne serait-ce que la majorité des habitants d'alentour. Aussi, lorsque le temps ou les moyens manquaient de gagner la ville close la plus proche, généralement distante de plusieurs lieues, les campagnards avaient-ils désormais pour seule ressource de se cacher au fond des bois, de se glisser dans les souterrains ou muches (en patois, se mucher veut dire se cacher), que leurs ancêtres avaient creusé dans la craie friable, enfin, de se barricader dans l'église. Ces souterrains-refuges furent assez nombreux en Artois, notamment autour de Bapaume et de Croisilles. "

Quelques uns de ces souterrains avaient une issue dans l'église même. C'est le cas à Hermies.
Les souterrains d'Hermies ont longtemps été ignorés et certains doutaient même de leur existence, jusqu'à ce que en 1840, un éboulement fasse découvrir une excavation permettant d'y pénétrer.

Le récit de cette découverte est relaté en 1873 dans le "Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais. Tome 1", publié par la commission départementale des monuments historiques. C'est le chanoine Eugène Van Drival (1815 - 1887), archéologue qui nous en retrace les circonstances assez curieuses:

Le 19 janvier 1840, des enfants s'amusaient à faire des trous dans la terre sur le côté d'une rue, et ils remuaient en tout sens le sol friable, à l'aide de simple bâton. Cependant ils avaient beau creuser et creuser encore, jamais ils ne parvenaient à saisir les matériaux provenant de leur petite démolition, tout cela disparaissait, comme par enchantement, à mesure qu'ils y touchaient. Quelques témoins de cette petite scène assez extraordinaire s'étonnaient de bon droit, lorsque tout à coup voici le sol qui s'enfonce à l'endroit du travail des enfants, et un trou béant se présente, si profond, qu'il faut une grande échelle pour pouvoir y pénétrer. On se trouve dans une obscurité profonde, on demande des lanternes: mais quel n'est pas l'étonnement de ceux qui sont descendus dans cette excavation, lorsqu'ils en aperçoivent l'étendue! A gauche, à droite, ce sont des galeries bien percées, sur lesquelles ouvrent des chambres divisées elles-mêmes en compartiments. Ensuite, c'est un puits, dans le quel un des explorateurs se laisse choir, ce qui le rend estropié pour le reste de ses jours. On le retire avec peine, on le soigne; mais on veut avoir la clef du mystère et on continue les explorations. Alors se présente un escalier. On monte, on monte encore, évidemment on va trouver l'entrée du vaste souterrain. Mais non, au lieu de l'entrée c'est une voûte qui se présente, et une voûte fermée! Que faire Aller chercher une longue tarière, percer, forer, tout cela est l'affaire d'un instant: car on veut absolument savoir à quoi s'en tenir. Justement, au moment où on travaillait si bien sous terre, le sacristain entrait dans le clocher de l'église et venait sonner l'Angélus. Quel n'est pas son étonnement de voir ce fer qui tourne, se dresse, s'agite...Qu'y a-t-il donc là? A tout hasard il frappe du pied: on lui répond..., un colloque s'établit entre les gens sous terre et l'homme du sol: bref, on finit par se comprendre, on pratique une ouverture, et le mot de l'énigme est trouvé.

Voilà fort exactement la manière dont fut découvert le souterrain d'Hermies, que dès lors une foule de personnes a visité.

L'entrée était sous la tour de l'église. On trouve d'abord un couloir bien voûté, et on descend environ 60 marches en pierres blanches. Puis on entre dans une longue galerie, qui bientôt est coupée à angles droits par d'autres ruelles, le tout si log, si étendu en tout sens, que c'est un véritable village souterrain. Sur chaque côté des ruelles se trouvent en effet des chambres qui paraissent avoir été habites autrefois. On voit encore en certains endroits des gonds qui ont dû servir à assujettir des portes, et dans les chambres des petites niches où se remarquent encore les traces de la fumée des lampes qui y ont été posées. Ailleurs, ce sont des chambres plus vastes, sans divisions intérieures, qui semblent avoir servi aux usages communs des réfugiés; car évidemment nous avons ici un de ces souterrains-refuges, si commun dans ce canton. On compte environ 150 chambres, formant au moins le double de cellules. Nous avons dit plus haut qu'il y a aussi un puits, destiné aux besoins des habitants de ces tristes lieux.
Le plan général de cet Hermies souterrain a été ainsi relevé: d'abord dans le couloir voûté, puis une logue allée qui se partage ensuite en trois branches; à droite et non loin de l'entrée, deux rues tortueuses s'embranchant avec la précédente et croisées elles-mêmes par d'autres rues: chacune de ces rues est terminée par une chambre ronde.
On n'a rien trouvé qui puisse être un indice de l'époque à laquelle remontent ces vastes excavations. La dissertation placée à l'article de Barastre sur les souterrains-refuges établit, croyons-nous, ce qu'il est raisonnable de penser à ce sujet.
La tradition conservée dans Hermies racontait qu'il y avait là des souterrains, mais l'entrée, fermée depuis longtemps, était inconnue.
La tradition dit aussi que la galerie principale avait une sortie au sud vers l'antique cimetière d'Hermies, situé sur la pente d'un coteau sauvage, en face des bois d'Havrincourt. Cette entrée n'a pas été retrouvée.

Mais l'occlusion des souterrains ne devait pas tarder à se reproduire. Sitôt la guerre franco-allemande (19 juillet 1870 - 29 janvier 1871), les vieilles dalles de l'église furent recouvertes d'un pavage en carreaux et comme la trappe était aussi gênante qu'inutile, on remblaya l'ouverture dont les traces disparurent sous le carrelage.

Ce fut à nouveau l'oubli jusqu'au 7 décembre 1911. Ce jour là, grâce aux écrits du chanoine Eugène Van Drival; aidé également par les récits d'anciens du village: Charles Machon, Camille Gernez, M. Richard (maire d'Hermies), un membre de la société préhistorique française entame des travaux pour retrouver l'entrée du souterrain dans l'église.
Albert Salomon (*), conducteur des Ponts et chaussée, demeurant à Bapaume, passionné par la préhistoire, fait démonter le pavage de la tour de l'église, à l'emplacement présumé de la trappe et découvre après quelques heures de travail, les premières marches de l'escalier mentionné par Van Drival.

Albert Salomon, accompagné de ses amis Alexandre Delbarre et Dumoulin, entreprend l'exploration du refuge ainsi que la levée du plan du réseau souterrain.
Il exécute un plan détaillé des muches d'Hermies ainsi qu'une description précise du refuge. De nombreuses photos sont également tirées par M. Beaufray et Mme Dumoulin.

   
 
 
 

Je pourrais terminer cette belle histoire des muches d'Hermies en reprenant une phrase écrite par Albert Salomon :
"Je ne sache pas que l'on connaisse actuellement, en France, un souterrain-refuge, ayant été occupé par les Gallo-Romains, aussi vaste que celui d'Hermies, qu'il conviendrait de classer comme monument historique."
Hélas ce qui fut probablement le plus grand village souterrain du Pas-de-Calais est maintenant totalement dégradé. L’ensemble des galeries et des salles visitables sont défigurées par les aménagements liés à l’occupation allemande de la première guerre mondiale. Les salles ont été éventrées, agrandies, les portes et feuillures systématiquement élargies. Les éboulements sont légions, en particulier aux abords de la descente appareillée, dont il ne reste aujourd’hui que quelques mètres praticables. La rue principale est, quant à elle rendue inaccessible dès la seconde salle, suite au dynamitage du stock de munition durant le retrait des troupes. Il ne subsiste du réseau originel que quelques salles difficilement accessibles dans la galerie ouest. 
 



Source:
"Guide des Flandres et Artois mystérieux" par Claude Malbranke
Bibliothèque nationale de France
Titre : Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais. Tome 1 / publié par la commission départementale des monuments historiques
Auteur : Haigneré, Daniel (1824-1893)
Éditeur : Sueur-Charrey (Arras)
Date d'édition : 1873-1883
Contributeur : Van Drival, Eugène (1815-1887). Préfacier
Contributeur : Pas-de-Calais. Commission départementale des monuments historiques. Éditeur scientifique
Bulletin de la Société préhistorique française. 1913, tome 10, N. 11. pp. 592-620. Salomon A.. Les Muches d'Hermies (P.-de-C.).
http://www.muches.fr/

(*) Remerciements à Marie-Dominique Salomon, petite nièce d'Albert Salomon, pour les informations précieuses communiquées par mail le 25 octobre 2009.