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Grande Rivière du Nord célèbre son tricentenaire

 

Jeudi 30 Août 2012, ma ville natale de Grande-Rivière du Nord d’Haïti vient de célébrer son 300e anniversaire comme la paroisse de Sainte-Rose de Lima. Située à 24 km (15 miles) de la ville du Cap-Haïtien et à quelques minutes de la Citadelle Laferrrière (un site du patrimoine mondial), Grande-Rivière du Nord a un passé exceptionnel qui devrait mettre la ville sur la carte universelle d'endroit à visiter et peut-être à vivre. Parce que, par tradition et en fait, elle est l'une des villes d'Haïti, où vous trouverez le plus de centenaires (mon propre père y- inclus) . Est-ce le climat ou l'eau? D'autres études doivent être faites pour trouver les causes profondes de ce phénomène.

Grande Rivière est la maison de la plantation Galliffet, la plus grande et la plus rentable plantation de canne à sucre pendant la période coloniale. C'est aussi là que les esclaves avaient commencé l'insurrection après la cérémonie vaudou présidée par Boukman, le Jamaïcain qui a déclenché la Révolution haïtienne.

Plus récemment, c'est à Galliffet, Grande Rivière, que l'Église adventiste a pris racine en Haïti. L'Eglise vient d'y fêter le centième anniversaire de son introduction dans le pays. Il y a une histoire bien révélatrice d'un bâtisseur de nation en personne du curé Alexandre Daricad qui, agacé par la procession des fidèles adventistes nouvellement arrivés, a organisé son propre cortège catholique, il fut réprimandé par le commandant militaire de la place pour laisser la liberté de religion jouer sa partition dans la cité.

Grande Rivière fit son entrée sur le chemin de l'histoire nationale à partir de Vincent Ogé (du Dondon) et Jean-Baptiste Chavannes de la (Grande Rivière du Nord), deux délégués qui sont allés en France pour exiger l'application du décret du 8 Mars 1790, lequel donnait les mêmes droits aux hommes libres qu'aux colons blancs. Après une insurrection organisée avec des amis et leur famille, Ogé et Chavannes ont été arrêtés et pendus la tête en bas, et laissés à pourrir sur la place du Cap-Haïtien afin de mettre en garde tous ceux qui oseraient suivre leur exemple.

Grande Rivière est la ville natale du père fondateur d'Haïti, Jean Jacques Dessalines, de Jean Price Mars, l'ethnologue qui est le père de la négritude et du panafricanisme, le précurseur de Harlem Renaissance. Son livre, Ainsi Parla L'Oncle - a donné le ton pour le mouvement «être noir c’est aussi être joli». Black is beautiful, un mouvement apparu non seulement en Haïti et aux Etats-Unis, mais partout dans le monde.

La ville a la particularité de compter le plus de présidents : le général Henry Namphy, Vilbrun Guillaume Sam, Tirésias Simon Sam, Jean-Baptiste Riché, Philippe Guerrier et Jean-Jacques Dessalines.

Elle est la deuxième ville la plus importante du département du Nord d'Haïti. Lorsque l'armée haïtienne n'avait pas encore été dissoute, la ville était une zone militaire, avec un capitaine en charge. Elle dispose aujourd’hui d’un tribunal de deuxième instance, pour statuer sur les questions juridiques couvrant plusieurs villes de la région allant aussi loin que Saint-Raphaël, une ville frontalière avec le département du centre.

Son hôpital, construit par les Mennonites, est un centre de santé de première classe dirigé aujourd'hui par une équipe de médecins cubains. En termes d'éducation, la Grande Rivière a toujours été un foyer d'activités intellectuelles. Les frères de l’instruction chrétienne, ainsi que les Sœurs de Saint Joseph de Cluny depuis un siècle ont formé des jeunes hommes et des jeunes filles, qui reçoivent une éducation égale ou supérieure aux élèves de l'Amérique ou de l'Europe.

Que ce soit vrai ou non, les visiteurs de la ville de Grande Rivière ont exprimé le sentiment que, finalement, ils ont trouvé une oasis en Haïti. Est-ce parce que la ville est entourée de montagnes où la végétation n'a pas été coupée et il est encore verte? Est-ce la place de la ville avec ses arbres centenaires flanqués de la majestueuse église de Sainte-Rose de Lima ou le sentiment de moins d’encombrement? Quoi qu'il en soit, arriver dans la ville a été pour les visiteurs une expérience plaisante et agréable!

Grande Rivière est dotée d'une centrale hydroélectrique qui utilise ses sept chutes (une merveille touristique en elle-même) situées dans le village rural de Caracol, l'une des six Hamlet ruraux (Grand Gilles, Solon, Jolitrou, Cormier et Gambade) que forme la grande région de Grande Rivière. Elle dispose d'un système d'eau de source qui vient de la montagne, cette eau si elle était commercialisée pourrait rivaliser, entre autres, avec Evian.

La ville a un déficit bien particulier, sa population n'est que de 50 000 âmes. Dans mon raisonnement qu’une population (quand éduquée) signifie la croissance et de la richesse, la Grande Rivière devra trouver un moyen d'empêcher l'exode de sa population, phénomène, qui est une caractéristique non seulement d'Haïti, mais de la plupart des populations des petites îles de la Caraïbes.

Ses industries du passé, la conversion du bois de Campêche dans la teinture pour colorer les vêtements, ou des noix d'acajou pour l'huile de cuisine sont toutes fermées. Pourtant, j'ai visité le grand marché, qui est bondé comme un moulin à miel avec des fruits. J'ai acheté des bananes (10) pour 20 centimes haïtiens, ce qui représente moins d'un cent américain. Plus loin, je me suis procuré un panier rempli de fruits de la passion, des avocats, une régime de bananes. J'ai payé seulement 6,50 $.

En dépit de cette abondance, la Grande Rivière, est une ville qui ne reflète pas ses trois cents ans. L'électricité est sporadique, car la centrale hydroélectrique a besoin de quelques réparations mineures qui ont été négligées par les gouvernements précédents. Le système d'eau n'est pas entièrement fonctionnel. Il n'y a plus d’industries pour employer les milliers de jeunes hommes et femmes qui aimeraient donner leur force de travail pour un salaire décent.

Pour le crédit de la présente administration Martelly / Lamothe y compris la Première Dame Sophia Martelly (qui a une dévotion particulière à Sainte-Rose de Lima), ainsi que le législateur de la ville, Ocinjac Bien-Aimé, la ville a été pendant ce dernier mois, un foyer d'activité, où chaque homme de bonne volontéaurait pu trouver un emploi s'il l'avait voulu.

L'église est en réparation, les rues sont pavées, la rivière est repoussée loin de la ville, et un stade multi-usage est en cours de construction, ainsi qu'un théâtre. Un montant de 4 millions de dollars est investi dans la ville pour son urbanisation. C'est un modèle qui devrait être imité dans chacune des villes d'Haïti à la veille de patronale. Aussi le décollage aura des avantages durables qui iront au-delà du jour de la fête.

Grande Rivière comme l'ensemble des villes d'Haïti (142 au total), est dans un état de renaissance après quelque 60 années d'abandon manque d'intérêt du gouvernement dans la rénovation urbaine et dans le développement. L’ensemble des festivals catholiques constitue une occasion unique pour la Diaspora et le regroupement familial.

Il représente également une mine d'or pour la promotion du tourisme. L'aventurier, touriste de qualité et d’expérience nouvelle, pourrait jeter un coup d'œil et voyager dans tout le pays de Janvier à Décembre, visiter Haïti chaque jour à l'occasion des fêtes patronales. Le plaisir, l'excitation, l'expérience agréable, inattendue des endroits non fréquentés restera à jamais dans le souvenir!

Note. Grande Rivière peut être atteinte en volant directement à partir de Fort Lauderdale vers Cap-Haïtien. Il s'agit ensuite d'une demi-heure de route de l'aéroport international du Cap-Haïtien à la Grande Rivière. On peut aussi se rendre à Port-au-Prince par avion de ligne régulière et là prendre le petit avion pour le Cap-Haïtien et de là se rendre à la Grande Rivière

Grande Rivière du Nord célèbre son tricentenaire!
Publié le Septembre 1, 2012 Caribéen news now.com.

Jean H Charles

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