Des idées de lecture

L’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs.

La docteure Marie-Jo Thiel, médecin et théologienne nous offre une véritable somme de 717 pages ; il vous faudra de l’appétit ou/et de la patience. Son dernier livre, L’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs, paru chez Bayard (2019, 717 pages, 24,90 €) est un des ouvrages les plus complets sur ce sujet en français. Marie-Jo Thiel fut l’une des premières en France à dénoncer la problématique des comportements pédocriminels de certains prêtres. Elle fut la première à s’adresser à la Conférence des évêques catholiques de France. Dans cet ouvrage l’auteure approche cette question par l’apport de différentes disciplines, médecine, histoire, théologie, éthique, mais aussi analyse systémique. Ce croisement de disciplines donne à son ouvrage de multiples portes d’entrée qui permettent donc d’envisager plusieurs types de lecture. Une lecture en continu est recommandée bien sûr, mais chaque section peut être lue de manière indépendante, faisant de cet ouvrage un véritable manuel de référence qui pourrait bien servir pendant de nombreuses années pour des personnes voulant explorer l’origine et les mécanismes de cette crise que traverse l’Église. Il est possible de découvrir que l’Église n’en est pas à sa première crise sur ce sujet et qu’à travers son histoire elle a dû se confronter à la libido parfois déviante de ses clercs et religieux.

L’auteure propose aussi de longues sections sur les victimes et les auteurs des agressions qui aideront le lecteur à comprendre la souffrance et le drame des agressions sexuelles d’enfants, mais aussi la complexité de ces comportements déviants. Mais elle nous invite aussi à réfléchir à nouveau l’ecclésiologie, les rapports de pouvoir, la question du cléricalisme, mais aussi les représentations théologiques du prêtre, du peuple de Dieu et les positions éthiques et morales qui ont pu contribuer à maintenir ce problème au sein de l’Église. C’est un ouvrage très complet, très sérieux et donc un bon outil pour chercheurs et étudiants, mais aussi pour toute personne cherchant à comprendre, pour pouvoir agir.


Stéphane Joulain, crédit Petit Echo 1100 2019/4

La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux...

Publié aux éditions du Cerf (2019, 288 pages, 20 €) voici le dernier ouvrage du Frère Jean-Marie Gueullette, lui aussi dominicain. Le Frère Gueullette offre ici un ouvrage à l’intention des hommes consacrés. Bien qu’il ne soit pas interdit à des femmes de lire cet ouvrage, il a été écrit en priorité pour s’adresser à des prêtres ou bien des religieux et consacrés. Le Frère Gueullette nous propose de réfléchir à ce que cela veut dire d’aimer chastement pour un homme consacré. Après avoir présenté la différence des états de vie tels que le célibat et la continence, le Frère Gueullette invite à réfléchir à cette vertu qu’est la chasteté. Celle-ci n’étant pas réservée aux prêtres et religieux, elle est néanmoins à vivre de manière particulière dans ces vocations et ces états de vie. Passant par le crible de différentes disciplines, telle que la biologie, la psychologie, la théologie, le Frère

Gueullette invite à réfléchir cette vertu, moins comme un manque ou une absence, ou un renoncement, mais plutôt comme une transfiguration, un plus d’amour qui se vit autrement, et cela déjà dans un désir de non-possession de l’autre, mais de don de soi. Cet ouvrage peut être un véritable outil de formation initiale et continue en nous invitant à une réflexion personnelle permettant à chacun d’entre nous de nous poser certaines questions, de faire le point sur notre choix d’une vie en abondance.


Stéphane Joulain, crédit Petit Echo 1100 2019/4

Un moment de vérité

Un autre livre intéressant est celui de la Sœur Véronique Margron, sœur dominicaine et théologienne ; elle nous propose une réflexion profonde sur ce temps particulier de l’Église catholique. Dans son dernier livre, Un moment de vérité, paru chez Albin Michel (2019, 192 pages, 18 €) la Sœur Margron réfléchit à haute voix sur la manière dont la souffrance

de tant d’hommes et de femmes, victimes de ces crimes odieux, est venue la rencontrer, la percuter, la bouleverser.

Allant puiser dans la tradition biblique, elle raconte comment, au cœur de ces drames, il est possible de trouver un chemin de libération et de reconstruction. Mais cette crise interroge non seulement la femme, la croyante, mais aussi la théologienne. Avec beaucoup de profondeur et de justesse, elle interroge les lieux communs de notre foi, ce que nous prenons pour acquis et que la violence sexuelle vient confronter à nouveau frais. Elle réfléchit aussi aux relations au sein de l’Église comme peuple de Dieu, mais aussi comme institution. Son expérience d’écoute des victimes et d’écoute de la Parole de Dieu donne à ses propos une saveur d’évangile, qui nous rappelle la vérité du Christ. Ce livre est profond, quelques pages sont un peu plus difficiles, mais le style d’écriture est un plaisir pour le lecteur. Sr Margron nous propose aussi une réflexion intéressante sur l’Église et la sexualité. C’est un must pour les formateurs et les jeunes en formation


Stéphane Joulain, crédit Petit Echo 1100 2019/4

A Philémon: Réflexions sur la liberté chrétienne...


Le Frère Adrien Candiard, frère dominicain du Caire, nous offre un petit livre très intéressant. Ce frère a déjà plusieurs ouvrages à son actif, certains de spiritualité, d’autres sur le dialogue avec l’islam. Dans son dernier livre, A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne, paru aux Éditions du Cerf (2019, 134 pages, 10 €), le Frère Candiard invite le lecteur à une réflexion sur la liberté chrétienne en ce temps difficile. Au coeur d’une crise qui questionne à nouveaux frais, les rapports interpersonnels et intrapersonnels, qui questionne le regard sur la vocation, sur le célibat et la sexualité, le Frère Candiard prend le contrepied d’une volonté ultra répressive pour proposer un chemin qui aide les personnes à discerner ce qui est bon et désirable pour soi et pour les autres. Il réfléchit sur la pédagogie de Paul dans sa toute petite lettre à Philémon, en montrant

combien Paul ne condamne pas Philémon pour son recours à l’esclavage, mais l’invite à regarder Onésime, son esclave, non plus comme un homme en servitude, mais comme un frère en humanité et en Christ, libre alors à Philémon d’en tirer les conséquences. Le Frère Candiard invite donc le lecteur à relire son être en Eglise à cette lumière, pour sortir du cléricalisme et des réponses toutes faites, du « prêt-à-penser ».

Ce petit livre occupera une soirée, écrit dans un style facile à lire, en gros caractères, et ne faisant que 134 pages, ce livre est à la portée de tous, mais il peut avoir un intérêt particulier pour des jeunes en formation, car il invite à réfléchir à notre état de liberté dans notre engagement en Église envers nos frères et soeurs, pour les aimer sans les posséder, pour vivre un amour qui ne dévore pas l’autre.


Stéphane Joulain, crédit Petit Echo 1100 2019/4