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La faillite d'un système qui doit être changé en profondeur...

Olshoro (près de Nairobi), le 15 Août 2018.

Le dernier rapport sur la situation dans les six diocèses de l'état de Pennsylvanie aux Etats-Unis est une horreur. Les pratiques décrites sont abominables: viols, attouchements, pratiques sado-masochismes, fétichisme, et autres horreurs. Tout cela couvert par des évêques "bienveillants" envers ces prêtres pervers. Cela ne peut plus continuer. Il faut reconnaître, que dans de nombreux pays les épiscopats ont collégialement échoué dans leur responsabilité pastorale du peuple de Dieu. Ils doivent être mis devant leur responsabilité et accepter leur culpabilité dans cette crise massive qui travers l'Eglise catholique romaine à travers le monde. Cette absence de responsabilité, cette incompétence et cette complicité de ces crimes commis par ces prêtres, offrent un bilan pitoyable de l'exercice du pouvoir et de l'autorité aux sein de l'Eglise catholique romaine. En laissant en poste ces prêtres, ces évêques sont les complices des crimes commis, eux aussi ont abusés de ces enfants. Nous ne pouvons plus accepter des pseudo-solutions, il faut amener ces évêques à répondre de leurs crimes devant la justice des hommes, celle de Dieu viendra en son temps car celle de l'Eglise s'est révélée comme inefficace.

Les solutions passent par une refonte en profondeur de l'ecclésiologie et de la théologie des ministères dans l'Eglise et par un retour à l'intuition de Vatican II quant à la place des laïcs et en particulier des femmes dans la gestion de l'autorité et du pouvoir dans l'Eglise. Il faut aussi que les victimes puissent commencer à exister dans le droit de l'Eglise et pas seulement les ministres peccamineux qui ne respectent pas les obligations spéciales du sacerdoces.

Malheureusement, si les évêques sont les seuls à déterminer ce que cette refonte devrait être, nous ne verrons rien changer de manière positive, nous n'obtiendrons seulement que des "solutionnettes", des demies-mesures. Il serait important d'appeler un synode spécial composé à moitié de laïcs de manière paritaire -hommes et femmes-, d'évêques bien sûr, et d'autres membres du clergé (prêtres et diacres) ainsi que des religieux et des religieuses, mais aussi des représentants des jeunes et des enfants (ils ont des choses à dire eux aussi). Nous ne pouvons pas laisser aux seuls évêques la responsabilité de se réformer, car ils ont démontré assez clairement leur incompétence et leur manque de fiabilité et de maturité dans la réponse à cette crise mondiale.

Il est temps que les évêques et les prêtres redeviennent d'HUMBLES SERVITEURS du peuple de Dieu et non plus des Seigneurs intouchables. Trop de larmes ont déjà été versées par tant d'enfants, de femmes et d'hommes. Dieu pleure avec elles. STOP A L'ABOMINATION ET A L'IMPUNITE.

Stéphane Joulain, M.Afr.

Nairobi et ses défis pour ses enfants...

Olshoro (près de Nairobi), le 27 juillet 2018.

Depuis le début du mois de juillet je suis au Kenya où je passe l'été. Ne vous emballez pas, je n'y suis pas pour des vacances, pas de lions ou de girafes ni d'éléphants pour moi, seulement les quelques babouins du voisinage. Dans mes différents déplacements certains dangers pour les enfants ont particulièrement retenues mon attention. Le premier c'est la pollution. Au moment de se rendre à l'école ou bien d'en partir, les routes du Kenya se remplissent de ces milliers d'enfants et cela dés l'âge 4 ans. Ils sont des milliers à marcher sur ces routes, mais leur petite taille les mets à hauteur des pots d'échappement de tous ces véhicules mal entretenus ou pas entretenus du tout, qui crachent des fumées noires toxiques juste dans les narines de ces bambins. Que de problèmes de bronchites chroniques et autres maladies respiratoires ! La santé des petits ne semble pas préoccuper l'esprit de ces conducteurs de véhicules toxiques. Il y a là un véritable enjeu de santé publique que le gouvernement de ce pays ne semble pas vouloir adresser. Il suffirait d'obliger tout les véhicules à un contrôle anti-pollution obligatoire pour avoir le droit de circuler, mais cela le gouvernement n'est pas motivé à le faire. Un autre danger auquel sont exposés les enfants est la violence domestique, les parents peuvent avoir la main lourde et ne pas hésiter à frapper abondamment leurs enfants et les femmes en sont aussi les victimes. Un autre problème se situe dans la région de Malindi vers la côte de l'océan indien, qui est en passe de devenir la capitale africaine de l'exploitation sexuelle des enfants par le tourisme sexuel. Des milliers d'enfants et de jeunes en sont les victimes. Finalement, Il y a aussi une pauvreté assez importante et les enfants vivants dans les bidonvilles y sont particulièrement exposés, ce qui les rends encore plus vulnérables. Alors, prions pour ces millions de jeunes et d'enfants qui en Afrique aujourd'hui sont exposés à tellement de danger. N'hésitez pas à vous engager pour soutenir l'action des acteurs de terrain par le biais de dons ou bien de temps partagés pour soutenir les actions de l'UNICEF, de l'OMS, et autres ONG qui luttent pour changer ce monde, ou encore en soutenant les actions de l'Eglise par le biais de la Caritas, du CCFD ou autre organisme de la solidarité chrétienne. Ne soyez pas spectateur de la misère du monde, devenez acteur du changement du monde.

Stéphane Joulain, M.Afr.

« Le Pape François fait le ménage... et c'est pas fini !»


Nairobi, le 30 juin 2018


Depuis déjà quelques semaines, nous assistons à un changement d’attitude dans l’Église catholique. Le Pape François fait le ménage ! Dans son désir de construire une communauté croyante pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui, le Pape François se devait de mener son action réformatrice aussi sur les questions douloureuses des abus sexuels des enfants au sein de l’Église catholique. À la suite du fiasco chilien, il a pris des mesures importantes et commence à « faire le ménage ». Ce sont déjà 5 évêques sur la trentaine d’évêques chiliens dont la démission a été acceptée par le Pape François. En plus, nous avons vu un Cardinal américain à la retraite se voir suspendu de toute charge ecclésiastique. Finalement, c’est aussi un secrétaire italien de la nonciature à Washington DC qui vient d’être jugé et condamné à une peine d’emprisonnement pour téléchargement et mise à disposition de matériel pédopornographique. Si l’on y ajoute la décharge de l’état cléricale du fondateur des « Points Cœurs », voilà donc des semaines pendant lesquelles des nouvelles raisons d’espérer sont possibles ? Alors que je discutais avec un membre du clergé à Rome, je lui confiais que j’étais plutôt satisfait que le violet et le pourpre ne protègent plus, il me répondit spontanément : « Et ce n’est pas fini ! » Nous sommes beaucoup à l’espérer, non pas par esprit revanchard ou vindicatif, mais bien par souci de justice et de réparation pour les victimes de ces crimes odieux. Il ne s’agit pas de se réjouir des vicissitudes des auteurs de ces abus, mais plutôt d’accueillir une espérance qui peut faire revivre des victimes. Depuis plusieurs décennies, des hommes et des femmes qui ont subi l’abus sexuel à l’enfance par un membre du clergé essaient de faire entendre la voix de leurs souffrances. Cette voix, ces voix, semblerait-il, ont été entendues par ceux qui ont le pouvoir de changer les choses de manière radicale. Il est important de maintenir l’attention et de soutenir l’action de conversion entreprise par le Pape François, si ce n’est par nos actions, que cela soit par nos prières.

Stéphane Joulain, M.Afr.

« Soyons clairs, tout ce qui tente de contrer la liberté et l’intégrité des gens est anti-évangélique.»


Rome, le 05 Juin 2018

Je viens de lire la lettre du Pape François aux catholiques du Chili. Elle contient certaines paroles fortes qui peuvent concerner, au-delà des catholiques chiliens, l’ensemble des baptisés formant l’Eglise Universelle.

Le Pape met en garde contre l’élitisme et le fait d’envisager des plans et des théologies sans l’apport du Peuple de Dieu, cela est important, car certains évêques préfèrent s’organiser entre eux et faire leur réflexion seuls ou bien avec quelques experts qu’ils se sont choisis, en général ceux qui sont connus pour leur « docilité à l’autorité », mais pas nécessairement pour leurs compétences sur les sujets traités :

« Chaque fois que nous essayons de supplanter, de réduire au silence, de nier, d’ignorer ou de réduire à de petites élites le Peuple de Dieu dans sa totalité et ses différences, nous construisons des communautés, des plans pastoraux, des théologies appuyées, des spiritualités, des structures sans racines, sans histoire, sans visages, sans mémoire, sans corps, bref, sans vie. Nous désunir de la vie du Peuple de Dieu, nous précipite dans la désolation et dans la perversion de la nature ecclésiale ; la lutte contre une culture d’abus nécessite de renouveler cette certitude. »

Une parole forte du Pape François concerne aussi la reconnaissance d’une limite importante du corps hiérarchique dans l’Eglise à savoir, des évêques incapables à eux seuls de se réformer :

« Le renouvellement de la hiérarchie ecclésiale par elle-même ne génère pas la transformation à laquelle le Saint-Esprit nous pousse. Nous sommes tenus de promouvoir conjointement une transformation ecclésiale qui nous concerne tous. »

Il rend aussi hommage de manière soutenue aux victimes d’abus ; sans leurs efforts constants ainsi que ceux de leurs soutiens, rien n’aurait pu changer :

« En premier lieu, il serait injuste d’attribuer ce processus uniquement aux derniers événements vécus. L’ensemble du processus de révision et de purification que nous sommes en train de vivre est possible grâce à l’effort et à la persévérance de gens concrets qui, malgré le manque d’espoir ou de confiance, n’ont cessé inlassablement de rechercher la vérité ; je parle des victimes d’abus sexuels, de pouvoir, d’autorité et de ceux qui les ont crus et accompagnés. »

Il reconnaît l’absence d’écoute des victimes :

« Je crois que c’est là l’un de nos principaux défauts et omissions : ne pas savoir écouter les victimes. Ainsi, on a tiré des conclusions partielles qui manquaient d’éléments cruciaux pour un discernement sain et clair. Avec honte je dois dire que nous n’avons pas su entendre et réagir à temps. »

Il semble vouloir s’engager à éradiquer la culture de l’abus dans l’Eglise et pour cela il appelle toutes les bonnes volontés à travailler ensemble, en sachant que cela passe par une conversion personnelle :

« Un « plus jamais » à la culture de l’abus et au système de camouflage qui a permis à cette dernière de se perpétuer, nécessite de travailler les uns avec les autres pour créer une culture d’attention aux autres qui imprègne nos manières d’établir des relations, de prier, de penser, de vivre l’autorité, ainsi que nos coutumes, nos langues et notre relation au pouvoir et à l’argent. Nous savons aujourd’hui que le meilleur moyen de faire face à la douleur causée c’est de s’engager dans une conversion personnelle, communautaire et sociale qui nous apprend à écouter et surtout à prendre soin des plus vulnérables. »

Il veut promouvoir une nouvelle culture de la sauvegarde dans l’Eglise :

« Il est donc urgent de créer des espaces où la culture de l’abus et de la dissimulation ne soit pas le schéma dominant ; où une attitude critique et interrogative ne soit pas assimilée à la trahison. »

Une des clés importantes de cette conversion, avec le travail avec les différents acteurs sociétaux, passe aussi par l’éducation et par conséquent tous les acteurs de la formation sont interpellés pour aider à construire une culture où l’abus n’a pas sa place :

« Nous devons aider et générer une société où la culture de la violence ne trouve pas de place pour se perpétuer. J’exhorte tous les chrétiens, en particulier les responsables des centres de formation et d’éducation tertiaires, des centres formels et informels d’éducation à la santé, des instituts de formation et les universités à mettre en commun leurs forces et ressources dans les diocèses et à impliquer toute la société civile, dans la promotion de manière lucide et stratégique, d’une culture d’attention et de protection. Que chacun de ces espaces promeuve une nouvelle mentalité. »

Le Pape François invite les communautés à devenir ouvertes et inspirées non pas fermées sur elles-mêmes :

« Nous serons fructueux dans la mesure où nous rendons autonomes les communautés ouvertes de l’intérieur ; nous libérons ainsi des pensées fermées et auto-référentielles pleines de promesses et de mirages qui promettent la vie mais qui favorisent finalement la culture de l’abus.

Finalement, il réaffirme avec force que la culture de l’abus est incompatible avec l’annonce de la Bonne Nouvelle :

« La culture de l’abus et de la dissimulation est incompatible avec la logique de l’Évangile puisque le salut offert par le Christ est toujours une offre, un don qui réclame et exige la liberté. »

Le style de cette lettre est latino-américain, enraciné dans la dynamique et l'herméneutique de la théologie du Peuple, de la promotion de la piété populaire et de la reconnaissance de la sagesse du pauvre, de l’humble, en condamnant l’arrogance des grands et des auto-justifiés. En cela c’est une critique forte d’un épiscopat élitiste et auto-référentiel qui dominait au Chili, mais il est aussi possible de voir derrière ces critiques des interpellations fortes pour de nombreux évêques à travers le monde qui, encore aujourd’hui, se perçoivent comme des « princes de l’Eglise ». CQFD

Stéphane Joulain, M.Afr.

Un enfant n’est pas un mini-adulte, c’est un être humain en devenir.

Rome, le 30/05/2018

Alors que nos législateurs débattent de l’âge du consentement sexuel, afin de l’abaisser le plus possible; alors que l’on fait des sessions pour apprendre aux enfants à se protéger; alors que l’on éduque à la sexualité de plus en plus jeune, il est possible de tirer cette conclusion : les adultes ont abandonné leur devoir de protection des enfants, renvoyant à ces derniers la responsabilité de se protéger eux-mêmes de la violence des adultes. Pourtant, protéger les plus vulnérables est la responsabilité du fort, comme le rappelait déjà Saint Paul dans sa lettre aux chrétiens de Rome : « C’est un devoir pour nous, les forts, de porter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas et ne pas nous plaire à nous-mêmes » (Romains 15, 1). Cette situation pose deux questions fondamentales : la sexualisation du corps de l’enfant, et le devoir des adultes à protéger les enfants.

Alors que nous pensions que les enfants étaient protégés par différents mécanismes internationaux comme la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CIDE) de 1989 qui considère dans son article premier qu'un enfant est "tout être humain âgé de moins de 18 ans", nous découvrons avec une certaine horreur que la justice s’interroge pour savoir si une jeune de 11 ans est capable de donner son consentement à une relation sexuelle avec un adulte. S’il y a bien une chose qui est la moins partagée aujourd’hui c’est bien le bon sens. Mais pourquoi cette situation ? Nos sociétés vivent de plus en plus dans des contradictions éthiques des plus aberrantes : d’un côté, le législateur veut sanctionner lourdement les comportements abusifs envers les enfants, et d’un autre côté, le législateur veut abaisser l’âge du consentement sexuel. S’il est légitime et sain de sanctionner les comportements abusifs sur les enfants, en revanche abaisser l’âge du consentement rend légaux des comportements abusifs évidents. Le message est donc le suivant : « Eh, les auteurs d’abus, soyez un peu patient, on va vous fournir des victimes plus jeunes. » Alors qu’à travers l’histoire de l’humanité le corps de l’enfant avait été progressivement mieux protégé aux termes de luttes importantes, aujourd’hui nous régressons.

Alors que nous nous pâmons devons l’œuvre de nos mains et de nos intelligences, alors que nous sommes capables d’envoyer une voiture dans l’espace (ce qui en soi ne sert à rien), nous ne sommes même pas capables de protéger les plus vulnérables parmi nous. Ce constat d’échec est celui de l’affaiblissement de la protection des plus jeunes ; c’est le signal d’alarme d’une civilisation en déclin, d’une humanité qui planifie sa destruction, trop occupée qu’elle est à adorer son propre ego. Lorsqu’une espèce dévore ces petits, elle tend à disparaître.

La sexualisation du corps des enfants est les résultats d’un changement culturel déviant important. La différence entre adultes et enfants est une des différences structurantes de l’être humain et du vivre ensemble. En tolérant que des enfants puissent être objets de la concupiscence des adultes, nos sociétés vont à leur perte. Lorsque l’on voit cette appropriation du corps de l’enfant pour le tourner en un mini-adulte, l’on pervertit ce qu’est l’enfance. Un enfant n’est pas un mini-adulte, c’est un être humain en devenir. Et c’est bien ce devenir qu’il faut protéger. Mais nous les adultes, nous nous limitons nous-mêmes au nom de notre individualisme et de notre quête de bien-être personnel : « nous nous plaisons à nous-mêmes ».

Pour bâtir notre sentiment d’être heureux, nous n’hésitons pas à dire aux enfants, débrouillez-vous sans nous, car nous sommes trop occupés à jouir [nous plaire] de nous-mêmes. Si les agressions sexuelles sont encore si nombreuses aujourd’hui, c’est aussi parce que nous tournons notre regard des situations problématiques, trop occupés que nous sommes à nous mirer tel Narcisse. Mais, nous manquons aussi du courage nécessaire pour dénoncer ceux et celles qui font du mal aux plus vulnérables, nous ne voulons pas nous mêler de la vie des autres : oui, mais si on se trompait ? Oui, mais si on ne se trompait pas ? Bien sûr il faut du discernement, bien sûr il faut former des personnes compétentes pour évaluer et prendre en charges les situations d’abus, mais c’est bien là notre responsabilité, apporter les financements nécessaire à une protection plus efficace. C’est à nous les adultes de construire une société dans laquelle les enfants seront protégés. Le devenu célèbre proverbe africain dit bien : « qu’il faut tout un village pour élever un enfant ». Mais, comme le rappelle un des personnages du film Spotlight, « il faut aussi tout un village pour abuser d’un enfant. » Alors reconquérons ce devoir qui le nôtre, celui de protéger les enfants.

Stéphane Joulain, M.Afr., PhD.

Sommes-nous face à un tournent dans la lutte contre l’abus sexuel des mineurs dans l’Église catholique ?

Rome, 19/05/2018

La remise au Pape de leur charge pastorale par l’ensemble des évêques du Chili fit l’effet d’un coup de canon dans le ciel clair du printemps romain. Cette décision est inédite dans l’histoire de l’Église, en ce qui concerne les affaires d’abus sexuels sur des mineurs. Les évêques du Chili justifient leur décision dans un souci de répondre à l’interpellation forte du Pape François ces derniers jours à Rome.

Mardi dernier, le Pape avait reçu les évêques et leur avait remis une longue lettre d’une dizaine de pages, leur partageant les raisons de cette rencontre. Dans des propos forts, le Pape tirait des conclusions douloureuses et graves face aux situations d’abus physiques, psychologiques, spirituels ainsi que des abus de conscience qui ont eu lieu au sein de l’Église du Chili. Le rapport de 2300 pages qu’il avait reçu de Mgr Charles Scicluna, l’archevêque de Malte (ancien promoteur de justice à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) et de Don Jordi Bertomeu, son collaborateur pour cette mission, n’a pas laissé le Pape insensible à la douloureuse situation des victimes et de leurs familles. Le Pape avait aussi rencontré à Rome certaines victimes chiliennes qui avaient témoigné de leurs souffrances et de leur chemin de croix face à l’attitude de résistance de l’épiscopat chilien.

Dans une seconde lettre adressée aux évêques chiliens jeudi dernier, le Pape annonçait que cette situation aurait des conséquences importantes à court, moyen et long terme. Vendredi à midi, les évêques chiliens ont pris tout le monde de court, personne ne s’y attendait, et il est encore bien difficile de savoir quel est l’objectif de cette démission collective. Dans un monde parfait, il serait possible de dire que les évêques ont pris conscience de leur responsabilité collective dans cette crise, et qu’ils remettraient leur démission pour signifier cette solidarité dans la responsabilité. Toutefois, nous ne sommes pas dans un monde parfait et cette décision présente un inconvénient important : dans le « tous responsables » il n’y a plus « de coupables ».

Les évêques chiliens ont donc mis le Pape François dans une situation bien pénible. Il est difficile de croire, qu’il va accepter cette démission collective, quoi qu’il puisse très bien nous surprendre, après tout ce ne serait pas la fin de l’Église au Chili, pour peu que l’on croie en une Église qui est bien plus que la seule hiérarchie. Mais, peut-être, va-t-il chercher à faire apparaître les véritables responsabilités dans ce naufrage ecclésial chilien. Se sépara-t-il d'un conseiller de plus au sein du C9 ? Va-t-il demander la démission de la présidence de la conférence et de certains évêques en particulier ? Difficile à dire, et le Pape François a déjà surpris le monde à différentes occasions. Peut-être, va-t-il appeler les évêques responsables de cette catastrophe, à se mettre à la disposition de la justice de leur pays pour faire face à leur responsabilité. Peut-être va-t-il les amener à Rome pour les juger, il avait décidé la création d’un tribunal pour les évêques qui n’avaient pas fait leur travail correctement (Motu proprio : come una madre amorevole, 2016), voilà qui serait une occasion ne l’inaugurer. Il serait incompréhensible qu’aucune forme de justice ne soit actée.

Quoi que soit la réponse qu’il va apporter à cette démission, elle marquera d’une manière déterminante la suite de son pontificat. Les jours et semaine qui viennent vont être un test grandeur nature de la détermination papale d’appliquer la politique de la « tolérance zéro » et de faire la vérité et la justice dans l’Église pour toutes les victimes d’abus par des membres de la hiérarchie catholique.

Stéphane Joulain, M.Afr. , PhD.

Tendre l'oreille pour entendre l'inaudible... Rome, 11/05/2018

Lorsqu’un(e) enfant expérimente la toute-puissante de celui ou celle qui l’abuse, cet(te) enfant expérimente bien souvent l'abandon de Dieu (pour celui ou celle qui y croient).

Discerner « l'absence » ou la « présence » de Dieu doit partir de l'expérience de celui ou celle qui est abusé(e). Il/elle est confronté(e) à la violence de l'abus, à la toute-puissance de l'adulte. Certaines victimes confient avoir crié vers Dieu, mais Dieu n'a pas répondu. L’enfant est pris entre sidération, souffrance, sentiment d’abandon, solitude, désespérance… Il ne sent pas, ne voit pas, n’entend pas cette présence de Dieu au plus profond de son être. Comment le pourrait il/elle ?

Lorsque l'abus est fait par un parent ou bien une figure d'autorité, par une personne dont la mission première est de protéger et éduquer l'enfant, cela va bouleverser la vie de l’enfant de manière dramatique. Celui qui aurait dû être l'incarnation de l'attention aimante, protectrice et bienveillante envers l'enfant est devenu la source de la souffrance et de l’abandon. Celui ou celle qui était le/la gardien(ne) du lien entre l'enfant et l'adulte, cet adulte aurait dû être la « présence bienveillante » de Dieu auprès de l'enfant. Lorsque la personne abuse, Dieu semble chassé de ce lieu de l'abus, et ne reste plus que celui qui devient « l'absence de Dieu ». L'auteur de l'abus devient celui qui porte et apporte cette « absence de Dieu ». Mais c’est aussi une « absence de la victime » qui semble elle aussi chassée de son corps et de son âme, propulsée dans le néant de la solitude et de la souffrance. Loin d’elle-même, la victime crie silencieusement, un cri que personne, ni Dieu ni homme ne semblent entendre, un cri qui est au-delà des mots, ces mots incapables de dire l'étendue de la souffrance. Si nous ne tendons pas l’oreille de notre âme, ce cri sourd et presque inaudible ne trouvera pas de lieux où se réfugier.

L'abus sexuel c'est l’imposition du silence de Dieu. C'est ne plus permettre à Dieu d'être présent. L'abuseur empêche Dieu d'être là. Oui Dieu semble absent, car l'abuseur le met à la porte. Mais Dieu peut passer par la petite fenêtre des médiations humaines pour nous faire expérimenter sa présence. Alors, devenons ensemble témoins sur le chemin auprès des victimes, soyons les témoins de leur désire de sortir de leurs souffrances. Aidons-les à trouver leur voix, et leurs mots. En aidant la victime à se reconstruire, à se restaurer, on restaure le lien avec Dieu, et se reconstruit aussi le lien à l’autre, aux autres. C'est un témoignage important de la « présence » de Dieu dans le monde: s’asseoir dans la poussière de l’abus, à côté de celui ou celle qui souffre, pour l’aider à se remettre debout. C’est rendre Dieu présent au cœur de la vie des victimes, c’est là que la Gloire de Dieu se manifeste. Oui "la Gloire de Dieu c'est l'homme (et la femme) debout" disait Saint Irénée de Lyon. Tous, laïcs, prêtres, évêques, nous sommes convoqués par Dieu à le rendre présent auprès de ceux et celles qui se sentent loin de lui, abandonnés par lui, trahis par lui.

Stéphane Joulain, M.Afr. , PhD.

Pour les enfants du Congo et d'ailleurs... Rome, 28/04/2018

Il est des drames silencieux, sur lesquels on ne veut pas se pencher. Les drames que subissent quotidiennement les enfants du Congo démocratique (RDC - Kinshasa) en font partie. Ces enfants, en particulier dans les régions de l'Est du pays, sont en proie à pléthore de maux et de souffrances qui les affligent : violences physiques, violences sexuelles, violences psychologiques, violences spirituelles. Ils sont enlevés, battus, violés, forcés à travailler ou bien à tuer. C'est toute la jeunesse de cette région qui vit sous le régime de la terreur et de la haine.

Que pensons-nous qu'ils vont apprendre dans ces situations ? Quel genre d'adultes deviendront-ils ? Pourront-ils construire une famille, aimés leurs enfants ? Comment devient-on un homme, une femme, lorsque l'enfance nous a été volée ? Mais est-ce que nous osons nous poser les bonnes questions, celles qui appellent à l'action et convoquent notre humanité commune ?

Bien sûr, la responsabilité première de cette situation est à chercher au sein du gouvernement infanticide et corrompu qui est en place dans le pays.

Bien sûr, les enjeux géopolitiques régionaux sont importants et certains pays voisins ne veulent pas d'un Congo en paix.

Bien sûr, il y a des éléments culturels qui sont des facteurs de risques.

Bien sûr des multinationales minières canadiennes, américaines, européennes ont intérêt à maintenir le chaos pour continuer à s'enrichir.

Bien sûr des compagnies pétrolières telles que Total sont sur les rangs pour participer au vol en bande organisée des richesses du sous-sol congolais. Avec le Cobalt, le Coltan, les diamants, c'est aussi maintenant le pétrole et toutes les autres choses de valeur qui sont cachées dans les entrailles du Congo qui sont à la merci des appétits voraces des vautours régionaux et internationaux.

Bien sûr la Chine, de plus en plus gourmande en énergie et en matières premières, est en train de faire disparaître les forêts du Congo avec bénédiction du gouvernement, qui vend sans scrupule, l'avenir de son peuple et de l'humanité.

Bien sûr que l'ONU est une force impuissante, qui n'arrive pas à faire ce pour quoi elle est grassement payée.

Bien sûr certaines ONG qui ont appris à vivre de la misère des gens, ne veulent pas nécessairement que la situation s'améliore.

Bien sûr que beaucoup ont intérêt à de l'instabilité régionale pour pouvoir vivre de tout un tas de trafics: êtres humains, minerais, armes et drogues.

Bien sûr, bien sûr, bien sûr....

Mais alors, comment améliorer la situation des enfants du Congo, les intervenants sur le terrain font un bon travail pour beaucoup ?

Comment cela se fait-il encore aujourd'hui, que nous ne soyons pas capables de réagir collectivement, face à la souffrance de ses enfants du Congo ?

Quelle est la différence entre un Bachar el-Assad qui bombarde des enfants, et un Joseph Kabila, qui permet et entretien une situation qui arrache à la vie les plus faibles de son pays, non pas par dizaines ou centaines comme en Syrie, mais par milliers ?

Quelle est donc cette différence entre ces enfants qui fait que dans une situation on est prêt à bombarder et envahir un pays, et dans l'autre, tels l'homme de loi ou le prêtre de la parabole du bon Samaritain, nous passons notre chemin sans rien faire ?

Est-ce la couleur de leur peau ? Est-ce qu'ils n'ont pas la bonne religion ?

Pourquoi, le peuple congolais doit-il année après année enterrer ses enfants, enterrer son avenir ?

Que nous disent notre cœur et notre conscience lorsque nous les interrogeons ?

Stéphane Joulain, M.Afr., Ph.D.