Standing: Brother Fortuna Kwatoti (six years of mission in Tanzania), Brother Barnabé Walabieki (two years in Tanzania), Brother Paulo Kiwanuka (died in November 1894 on his way to his mission), Brother Caroli Nampagi (two years of mission in Tanzania), Brother Léon Lwanga (12 years at the motherhouse), and the famous Brother Tobie Kabuga Kizza (died in 1961, at the age of 88, after 65 years of mission in different provinces of Uganda).
Uganda
Le Frère Fortunat Kwatoti est né au Bunyoro vers 1870. Tout jeune, il est capturé par des soldats baganda et gardé en servitude. En juin 1881, les missionnaires le rachètent pour le prix d'une pièce d'étoffe méricani. Ce rachat était au cœur de l'œuvre de libération des esclaves vers laquelle le Cardinal Lavigerie avait orienté ses premiers missionnaires. À l'orphelinat de Rubaga, dit le diaire, il est " notre petit portier ". En novembre 1882, quand les missionnaires décident de quitter le Buganda pour le sud du lac, Fortunat les suit et va jusqu'à Kipalapala, en Tanzanie d'aujourd'hui. Le 28 décembre 1883, il quitte l'Afrique centrale pour un grand voyage en Europe avec les Pères Livinhac et Lévesque. C'est le deuxième groupe d'Ougandais à visiter l'Europe. Envoyé à Malte pour recevoir la formation de catéchiste-médecin, il y étudie pendant cinq ans. En 1888, le P. Lourdel lui envoie une petite somme, " une dizaine de francs de ma part ". Il précise au procureur : " Et dites-moi combien de messes j'aurai à acquitter ". En octobre 1890, Fortunat quitte Malte et devient cuisinier des Pères Blancs à Rome en attendant de rejoindre le postulat des Frères à Alger en 1891. Le premier novembre, il reçoit l'habit. Il fait son Serment missionnaire (temporaire) le 2 avril 1893. Il devient ainsi le premier " religieux " de son pays et le premier membre ougandais de la Société des Pères Blancs.
Le Frère Fortunat Kwatoti part pour l'Afrique centrale en 1894 avec le 12e caravane et est nommé dans le vicariat de l'Unyanyembe où il travaille dans trois postes. En 1894, Mgr Hirth demande en vain à Livinhac de le nommer dans le nouveau poste qu'il voulait créer au Toro (Ouganda). En mai 1900, il se retire de la Société des Pères Blancs. Le F. Fortunat Kwatoti, né libre au Bunyoro, réduit en esclavage, libéré, étudiant en médecine et cuisinier à Rome, fut le premier Africain au Sud du Sahara à rejoindre la Société. Il a été missionnaire pendant six ans en Tanzanie.
Les cinq autres premiers Pères Blancs ougandais faisaient partie du groupe de 14 jeunes Baganda libres qui, en 1890, escortent Mgr Livinhac jusqu'à la Côte quand celui-ci retourne vers l'Afrique du Nord pour y servir comme Supérieur Général de la Société. En arrivant à Zanzibar, Mgr Livinhac écrit au cardinal Lavigerie au sujet des jeunes : " Ils sont tous bien disposés et assez jeunes pour pouvoir être instruits et devenir des aides des missionnaires. … Ils me demandent de les amener en Ulaya (Europe) où ils espèrent recevoir une instruction qu'ils ne trouvent pas dans leur pays si troublé ". Après un télégramme favorable du Cardinal, les jeunes embarquent tous. Ils arrivent à Paris juste à temps pour le grand lancement par Lavigerie de la campagne anti-esclavagiste, le 21 septembre 1891. " Ce fut comme un coup de théâtre de la Providence ". Ensuite, passant par Lyon et Marseille, ils vont à Rome. Le Pape Léon XIII les reçoit en audience le 10 octobre 1891. De là, Léon Lwanga rejoint le postulat des Frères à Alger, et sept jeunes du groupe partent pour Malte pour des études de catéchistes-médecins. Les six autres sont envoyés au petit séminaire de St-Eugène, près d'Alger, et deviennent ainsi les premiers séminaristes ougandais.
Uganda
Le Frère Léon Lwanga, né vers 1860 d'un père qui était chef, avait été envoyé encore enfant au service du roi, le Kabaka Mutesa. Il faisait partie des pages royaux qui ont fourni les premiers catéchumènes. Les pages étaient de jeunes nobles placés au service d'un seigneur pour apprendre le métier des armes et rendre service au palais. Léon a été baptisé en 1885, probablement par le P. Lourdel, au cours de la période d'incertitude, juste avant les persécutions. Il reçoit le prénom de Mgr Livinhac. En novembre de cette année, le Kabaka Mwanga fait exécuter Joseph Mukasa.
On retrouve ensuite Léon avec le P. Ludovic Girault dans le nord de Tanzanie comme cuisinier des Pères. Il rejoint Mgr Livinhac en décembre 1889 pour la fondation du poste dans les îles Sese. Quand le premier avril 1890, Mgr Livinhac quitte le Buganda pour la Côte et l'Afrique du Nord, Léon Lwanga est le chef de l'escorte armée qui l'accompagne. Après le passage à Paris et à Rome pendant la campagne anti-esclavagiste, il écrit une longue lettre à ses amis restés en Ouganda, en particulier à Gabriel Kintu. Elle fut publiée dans Missions d'Alger.
Au début de novembre 1890, il entre au postulat à Maison-Carrée. Il reçoit l'habit le 29 mars 1891, fait son premier Serment le 25 mars 1894 et son Serment définitif en 1903. Sa notice nécrologique nous explique que son noviciat ne fut pas facile : y entrer à 30 ans, apprendre le français, se discipliner après une vie de soldat et d'aventurier… Tout cela, note-t-on, ne l'a pas empêché de devenir un modèle de régularité, de sobriété et de grande piété. Après son noviciat, il reste à Maison-Carrée et travaille surtout à la reliure des livres. Il est aussi moniteur auprès des missionnaires nommés pour l'Ouganda. Il leur apprend les premiers rudiments de luganda. Par sa fervente piété et son attachement au célibat, il fit naître une attitude positive à l'égard des Africains dans la mentalité des futurs missionnaires.
Fin 1904, on découvre qu'il est atteint de tuberculose osseuse. Malgré une opération, il meurt le premier mars 1906. Le Frère Léon Lwanga, Ougandais, a travaillé 12 ans à la maison mère de la Société à Alger.