Description de projet: Barbie a un peu forcé sur la Birkenstock. Aquarelle sur papier Arches. 37x61cm.
Inspiré par Dulle Griet (1563) de Brueghel, Carnaval de Jules de Bruycker (1922) et les films Barbie (2023) et Matrix (1999), un dessin sur la folie du monde et la perception de la réalité.
Pour ce deuxième quadrimestre, j’ai souhaité continuer le travail entrepris au premier quadrimestre, à savoir l’actualisation d’une œuvre ancienne. Comme au premier quadrimestre, j’ai pris comme point de départ une œuvre de Brueghel, mais cette fois-ci j’ai choisi Dulle Griet (Margot la folle en français). Je suis allée la voir au Musée Mayer van den Bergh à Anvers, et j'en ai fait un croquis sur place.
J’ai demandé à ChatGPT d'analyser le tableau, à la fois dans ses aspects plastiques et les thèmes abordés. J’ai ensuite essayé de reprendre des éléments de la composition de Dulle Griet, et certaines caractéristiques formelles, pour, comme Brueghel l’avait fait à son époque, parler de la folie du monde actuel.
Je me suis inspirée du film Barbie de Greta Gerwig, et de la scène de la Birkenstock versus talons, elle-même citation du film Matrix et ses fameuses pilules rouges et bleues, et qui évoque le mythe de la caverne de Platon.
Mon concept, c’est que Barbie aurait chaussé les Birkenstock (= vision réaliste du monde), ôté ses lunettes aux verres teintés de rose, et qu'elle est abasourdie par ce qu’elle voit.
J'ai également été inspirée par le tableau Carnaval de Jules de Bruycker (1922), qui lui-même est une citation de Dulle Griet.
Pour réaliser ce dessin, j’ai utilisé Midjourney, pour me suggérer des éléments de la composition finale. Ainsi le lion, l’éléphant et les fusées sont inspirées des formes qu’a crée Midjourney. La pose de Barbie a elle aussi été réalisée avec l’aide de Midjourney (j’ai utilisé comme images de réfèrences ses images). Donc, un processus d’allers-retours entre ce que suggère Midjourney, les images dont je le “nourris”, et mes propres dessins.
Mon but, en effet, c’est de toujours revenir à l’analogique, au dessin manuel, même si j’utilise l'IA pour m’aider dans mon travail. Je veux garder la primauté de ma “patte”, de mes inputs, ne pas créer une trop grande dépendance vis-à-vis de l’outil.
En effet, j’ai un rapport ambivalent à l’IA :
Je sais que ça consomme beaucoup de ressources en eau, en énergie
Je crains que cela n’entraîne une perte de millions d’emplois
Cela donne un pouvoir immense à 3-4 personnes: accès à tant d’informations sur nous, tant d’argent.
Peut-être encore plus préoccupant pour moi, c’est que cela risque d’entraîner une dépendance à ces outils. Un peu comme la révolution industrielle avait, il me semble, transformé le rapport aux outils, à l’alimentation, à nos maisons (en nous coupant progressivement de notre capacité à subvenir nous-mêmes à nos besoins et à produire/fabriquer ce dont nous avons besoin), je crains que l’IA ne s’attaque à notre capacité à réfléchir, effectuer des recherches, synthétiser des données, dessiner, etc. En d’autres termes, que le muscle qu’est notre cerveau ne s’atrophie, et que l’on devienne progressivement complètement dépendant de cette IA qui est contrôlée par quelques individus qui ne se préoccupent pas du bien de l’humanité.
Comme toujours, il y a une disparité énorme il me semble, dans la société, entre le développement technologique super avancé et celui de la morale, du sens civique et de la capacité à fonctionner de manière durable en société, qui lui est nul.
Et en même temps, je sais que si je n’utilise pas l’IA, je risque vite d’être complètement dépassée, de devenir comme ma Grand-mère qui ne savait pas utiliser un GSM ou internet et du coup s'était progressivement déconnectée du monde moderne. Et puis, il faut le dire, c’est souvent fun à utiliser, pour créer des images par exemple, et parfois elle prodigue de bons conseils, elle arrive à produire des choses intéressantes.
Ma posture, donc, par rapport à ce problème, c’est d’essayer de garder mon agentivité : de continuer de savoir écrire des emails, de dessiner, faire des recherches sur internet... De ne pas atrophier mon cerveau, devenir paresseuse à ce niveau-là, autrement dit.
Pour conclure, je dirais que Barbie Birkenstock, cela représente donc ce que je ressens par rapport au monde, un monde dont je pense que, par beaucoup d’aspects, il va dans la mauvaise direction, et vis-à-vis duquel je sens que j’ai assez peu de contrôle.
2025. Aquarelle sur papier Arches. 37x 61 cm.
Clémence JORIS. ENSAV La Cambre.
(Fragments) d'images produites par MidJourney et qui ont servi d'images de référence:
Quelques images proposées par Midjourney:
La scène de la Birkenstock dans Barbie: