Séminaires de recherche APILAB


Les séminaires de recherche viennent alimenter les problématiques de recherche développées à l’ESA au sein de l’unité de recherche APILAB (Art paysage insularité). Ils peuvent être menés par les enseignants-chercheurs de l’équipe pédagogique, s’intégrer au programme des ARC, et faire l’objet d’invitations de personnalités extérieures autour de temps forts thématiques. Certains séminaires de recherche donnent lieu à des publications.

Le programme d’APILAB bénéficie d’une bourse de recherche du Ministère de la Culture.

Intéressé(e) par un ou plusieurs séminaires organisés à l'ESA ?

Il vous est possible d'y assister en visioconférence. Connectez-vous le jour J en cliquant ici :


OEUVRE D'ART ET PAYSAGE - LE PAYSAGE À L'OEUVRE

22/04/2021 > 13h30-17h15


Intervenants :
Augustin BERQUE - géographe, orientaliste, philosophe et théoricien du paysageMarianne LANAVÈRE - Directrice du Centre International d'Art et de Paysage en LimousinGilles CLÉMENT - Jardinier planétaire

Présentation du séminaire

  • 13h30-14h45 : "Origine de l'oeuvre d'art et paysage" - Augustin BERQUE

Le titre de l'essai fameux de Heidegger prête à méprise. On part ici de l'hypothèse que la question n'est pas "d'où vient l'oeuvre d'art ?" mais "à quoi donne-elle son prime jaillissement (Ursprung) ?", ce qui cadre mieux avec le propos de l'essai, et plus explicitement avec Les concepts fondamentaux de la métaphysique, écrits quelques années auparavant. L'oeuvre ouvre la Terre dans les termes d'un certain monde, cosmophanie qui fait exister les choses en tant que quelque chose (als etwas). Cette question est ici reliée à celle de la naissance de la notion de paysage en Chine, au IVe siècle pC., advenance (Ereignis) par laquelle "les eaux de la montagne" (shan shui 山水) se sont mises à exister en tant que "paysage" (shanshui 山水).

Augustin Berque

  • 14h45-16h : "La Réunion, index du jardin planétaire" - Gilles CLÉMENT

L'île de la réunion est arrivée par le fond de la mer. Elle est sortie de l'eau en jaillissant, poussée par le magma du cœur de la Terre, prêt à fabriquer des reliefs là où il n'y a que la plaine ou l'océan.

Elle vient d'arriver.

Aussitôt rafraîchie par l'air et les courants de la mer, la lave désormais solide et stable s'est transformée en un sol viable pour tous les êtres en quête d'habitat.

Le vent et les oiseaux ont apporté les graines volantes venues d'Afrique, d'Inde et peut-être même d'Australie. Certaines de ces espèces ont vécu de façon isolée pendant des siècles, au point de devenir singulières et de créer sur place une flore indigène originale. Les Tamarins des Hauts et les Fanjans en font partie. D'autres espèces sont venues s'installer récemment avec l'arrivée des humains voici à peine quatre siècles. Les géraniums rosats, le thé, canne à sucre et bien d 'autres plantes apportées pour des raisons économiques, alimentaires ou ornementales se sont installées sur le territoire. Certaines sont peut-être arrivées par le hasard des transports tels les ajoncs d'Europe que l'on trouve au sommet du Maïdo, une plante bretonne qui trouve à ces hauteurs un climat parfait pour se développer.

Ainsi l'île apparaît comme un reflet de la planète. Sa configuration, la diversité des écosystèmes et des microclimats permettent l'implantation d'espèces issues de régions très différentes d'un point de vue géographique et climatique.

Mais l'île de la Réunion n'est pas seulement un index planétaire végétal, c'est aussi un territoire de brassage culturel riche et rare dont la diversité n'a jamais été source de conflits. Démonstration d'une réalité humaine mal comprise ailleurs : on n'est pas obligé de se faire la guerre pour vivre. En y séjournant à plusieurs reprises j'ai été frappé par cette harmonie sur ce fragment de la planète alors qu'en d'autres lieux bien plus vastes les ethnies d'origines différentes ne cessent de s'affronter et se détruire.

De mon point de vue le symbole de la Réunion est un métissage réussi.

Gilles Clément


  • 16h-17h15 : "Travailler sur le paysage... et y vivre" - Marianne LANAVÈRE

À partir d'un choix d'œuvres d'artistes qu'elle a accompagné.e.s au CIAP de l'île de Vassivière lors de résidences, d'expositions ou de commandes dans l'espace public ces dernières années, Marianne Lanavère reviendra sur les liens qu'elle a tenté de créer avec le paysage comme lieu sensible, vivant et habité, mais aussi sur les paradoxes de l'exercice au sein d'une institution participant du développement rural.

Marianne Lanavère


Présentation des intervenants

  • Augustin BERQUE est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales où il enseigne la géographie culturelle. Spécialiste du Japon, il a publié de nombreux livres sur ce pays, et il est l'auteur d'ouvrages généraux sur le paysage.

  • Marianne LANAVÈRE a étudié l’histoire de l’art à Paris IV-Sorbonne et la muséologie à l’École du Louvre. Elle a été assistante d’expositions (1997-2000) au Centre Pompidou et au Jeu de Paume à Paris. En 2002 elle a été diplômée du master « Curating Contemporary Art » du Royal College of Art de Londres puis commissaire indépendante jusqu'à 2005. Entre 2005 et 2011, elle a été directrice de La Galerie, Centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) où elle a réalisé une vingtaine d'expositions traduisant des recherches liées à la perception et au paysage. En 2012 elle s’installe en Limousin pour diriger le Centre International d’Art et du Paysage (CIAP), sur l’Île de Vassivière à l’entrée du Plateau de Millevaches, isolé des centres urbains. Son programme s’appuie sur un contexte rural marqué de manière invisible par l’exploitation des ressources naturelles (production hydroélectrique, industrie forestière) et le développement touristique, mais aussi sur l'histoire politique du territoire. Les expositions reflètent les paradoxes du paysage et de nos liens avec le vivant, tandis que les résidences d’artistes et de chercheur.se.s questionnent l’aménagement des espaces naturels. Elle quittera le CIAP de Vassivière fin avril 2021 pour se consacrer en Corrèze à un projet collectif mêlant agroforesterie, soin énergétique, maraîchage, anthropologie, art et pédagogie, sous la forme d’une école permanente de la vie.

  • Gilles CLÉMENT est un jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, biologiste et écrivain français. Il est à l'origine du concept de Jardin Planétaire en 1992. En 2017 il est lauréat du Prix Books and Seeds de la Foire internationale du livre jeunesse de Bologne, pour l'ouvrage Un grand jardin.



L'ANTHROPOCÈNE, ET APRÈS ?

21/01/2021 > 15h-17h


Intervenants :

Paul ARDENNE / Nathalie GONTHIER - Commissaires d'exposition

Jean-Claude JOLET / Yasmine ATTOUMANE - Artistes plasticiens

Présentation du séminaire

Ce séminaire est organisé en lien avec l'exposition éponyme qui s'est tenue à La Cité des Arts *.

Le désordre écologique, avec l'avènement de l’« anthropocène », est en route. Cette ère de la vie de notre Terre où les effets de l’activité humaine affectent celle-ci, en surface et dans l’atmosphère, plus que l’action naturelle, est lourde de menaces pour la survie des espèces, dont la nôtre.

Intensifier la prise de conscience environnementale est aussi l'affaire de l'art. L'exposition « L'anthropocène, et après », dans cet esprit volontariste, présente à la Cité des Arts les travaux de neuf artistes plasticiens réunionnais et internationaux en rapport avec cette question devenue globale : que faire d'une Planète aux abois et dont l'offre écologique se délite ? Les artistes invités dans cette exposition, conscients de l’urgence d’une réplique « verte », s’engagent et instituent de nouvelles normes d’expression, d’essence écologique.

S'agit-il, artiste, de témoigner d'un malaise ? d'agir pour corriger ? d'imaginer la réparation, avec en ligne de mire un monde paradisiaque ? de craindre un futur prochain dystopique et invivable ? Les réponses apportées, diverses, se moulent dans des formes plasticiennes variées, évoquant nostalgie de type « solastalgie » (le paradis terrestre perdu), esprit de résistance ou recherches de solutions. Le but est de changer les mentalités, de refonder l’alliance avec la Terre, jusqu’à nouvel ordre notre unique zone d’habitat possible, de témoigner avec lucidité des rigueurs de l’anthropocène et de ses enjeux. L'esthétique se fait éthique.

Nathalie Gonthier et Paul Ardenne


Présentation des intervenants

  • Paul ARDENNE est écrivain, historien de l'art et l'auteur de l'ouvrage de référence "Un Art écologique : création plasticienne et anthropocène" (Le Bord de l'Eau, 2018 ; rééd. augm. 2019).

  • Nathalie GONTHIER est responsable du pôle Arts visuels à la Cité des Arts La Réunion.

  • Yasmine ATTOUMANE est photographe, vidéaste, performeuse, réalisatrice d'installations. Elle s'intéresse à la question de l'appartenance au territoire et à celle des frontières, physiques comme mentales à travers des expérimentations in situ dans des sites naturels instables ou fluctuants.

  • Jean-Claude JOLET est sculpteur et réalisateur d'installations tridimensionnelles. Chaque création de cet artiste réunionnais a vocation à interroger la condition humaine présente, les enjeux de la société, la symbolique du pouvoir, l'état mental de nos sociétés.


* Artistes de l'exposition à la Cité des Arts : Yasmine Attoumane, Janet Biggs, Thierry Boutonnier, Thierry Fontaine, Christiane Geoffroy, Jean-Claude Jolet, Ali Kazma, Lucy et Jorge Orta, Laurent Tixador


MOUVEMENTS DE RÉSISTANCES ET D'ÉMANCIPATIONS

Ce séminaire est organisé par Brandon Gercara, Artiste chercheur-Associé APILAB. Par l’association Requeer en partenariat ESA Réunion et La Box.

17/12/2020 > 8h30-19h30 - À l'ESA Réunion

Intervenants :

Sheinara TANJABI / Luna NINJA / Françoise VERGÈS


  • 8h30-12h : Atelier Drag - Sheinara TANJABI /// 14h-17h : Atelier Voguing - Luna NINJA

Penser le drag et le voguing comme des pratiques de résistances

Le drag fait référence à la performance des genres. Le pratique viendrait de l’époque où les femmes ne pouvaient pas encore se produire sur scène au théâtre. De l’acronyme DRAG DRess As Girl, ce sont des hommes qui incarnaient des rôles féminin. Aujourd’hui le drag est devenue une pratique à part entière et prend diverses formes.

Le vogue, est un style de danse qui a vu le jour grâce à la communauté trans afro-latino, et a été repris plus largement par la communauté LGBTQIA+ racisée. Il s’agit d’une danse de l’émancipation des personnes queer POC (People of Color), qui repend les poses-mannequin du magazine Vogue, qui à l’époque présentait des corps exclusivement blancs.

En s’emparant de la pratique du drag et du voguing, les étudiant.e.s expriment par le corps les normes de genres socialement construites. Il s’agit véritablement d’explorer, d’incarner, défier, théâtraliser, déjouer les performances de genre en les exacerbant.


  • 18h30 : Conférence - "Décoloniser les luttes" - Françoise VERGÈS

Il n’est plus l’heure de prouver l’intelligence et l’efficacité des alliances entre les luttes, il est l’heure de faire émerger de nouvelles dynamiques de pensée.

Il ne s’agit pas de formuler un nous constant, mais d’aller vers des pensées conscientisées, des pensées qui ne lissent pas toutes les complexités qui composent nos sociétés. Il s’agit de parler de ces corps qui n’ont pas tous les mêmes privilèges, mais qui ont pu cibler leurs oppresseurs. Luttes féministes, décoloniales, écologiques, queer, anticapitalistes... tant de luttes qui peuvent converger afin qu’elles puissent se transformer en une grille de lecture, un état d’esprit à adopter pour tenter d’en finir avec les dynamiques de dominations et repenser la diversité des corps, des possibilités.

Des alliances nécessaires lorsque des corps subissent simultanément plusieurs formes d’oppressions, ces corps qui vivent l’intersectionnalité, ces corps hiérarchisés par la colonialité, le capitalisme ; ces corps dominés par le patriarcat, l’hétérosexualité, le cisgenrisme, le validisme...

Les luttes LGBTQI+ ont quelquefois pu être éclairées par un féminisme qui dénonce le sexisme, la misogynie. Pourtant il reste malgré tout des incompréhensions lorsque des féministes excluent par exemple les femmes transgenres de leurs luttes. Comme Marguerite Stern qui a formulé à plusieurs reprises des propos transphobes au sein de son combat « féministe ».

Alors que nos sociétés commencent à mettre en lumière l’oppression structurelle de l’homme dominant, elles rejettent en masse la diversité d’identité de genres, romantiques et sexuelles.

Et lorsqu’il y a une convergence des combats féministes et LGBTQI+ que vaut-elle quand elle est dominée par une perspective blanche ? Comment se fait-il que ces luttes prennent autant de visibilité médiatique tout en occultant sa dimension raciale ?

Depuis quelques années dans plusieurs territoires, d’autres mouvements s’émancipent, ceux qui intègrent l’anti-racisme aux luttes féministes ou queer : le black féminism, le queer POC et d’autres.

La Réunion, bien qu’elle se compose d’une majorité de populations racisées, n’a pas l’air d’accueillir ces luttes en masse. Comment se fait-il qu’il y ait aussi peu d’éveil autour du système coloniale sur l’île ? Comment se structurent les espaces de luttes pour exclure les questions raciales ?

Françoise Vergès


> Françoise VERGÈS est une politologue féministe antiraciste réunionnaise. Elle a été membre du FJAR, du MLF, a travaillé pour l’UGTRF, a milité avec des collectifs antiracistes. Elle a vécu en Algérie, en France, au Mexique, aux Etats-Unis où elle a obtenu son doctorat en Théorie politique à l’université de Berkeley (1995) et en Angleterre. Elle travaille avec des artistes, est commissaire d’exposition, de visites décolonisées de musées ; et d’ateliers de création collective. Dernier ouvrage: Une théorie féministe de la violence. Pour une politique antiraciste de la protection, 2020.

18/12/2020 > 15h30-20h - À la Box

Intervenants :

Brandon GERCARA / Mathilde LEBON / Raya MARTIGNY / Sheinara TANJABI



  • 15h30 : Table ronde - "Le retour LGBTQI+" - Brandon GERCARA, Mathilde LEBON, Raya MARTIGNY et Sheinara TANJABI


La Réunion, île dont l’histoire s’efface au profit d’un récit colonial. Terre où l’on prône un discours du « vivre ensemble » pour sans doute effacer les expériences de celleux qui au quotidien vivent des situations de discriminations. Est-ce une réthorique touristique ?


Nous accueillons chez nous des individus qui refusent la diversité des genres et des sexualités. Et puis une grande majorité – celleux qui se nomment les « expatrié.e.s », ceux qui au bout de quelques jours à expérimenter notre terre, sèment le trouble dans nos émancipations, lissent les problématiques décoloniales et intersectionnelles, monopolisent et capitalisent nos questionnements.

Comment ne pas entendre nos paroles, nos expériences quand la majorité invisible crie ?


Aujourd’hui, j’invite mes sœurs, frères, adelphes qui à cause de leurs identités de genres et/ou sexuelles ont dû quitter leur maison – une contrainte qui n’est jamais posée chez les privilégié.e.s.


Nous sommes réuni·e.s par nos conditions similaires. Nous cherchons à fédérer un «nous». Ce nous existe déjà. Il est là prêt à fleurir, à militer pour la diversité. Il s’agit du nous KWIR, les queer créoles qui semblent être divisé.e.s par les discours assimilationnistes.


Une grande partie des personnes LGBTQIA+ réunionnaises font partie de la diaspora. Iels ont sauté la mer pour pouvoir s’émanciper encouragé.e.s par une politique de mobilité qui ne nous laisse pas sauvent d’autre choix que d’imaginer un avenir ailleurs, en France mais surtout pas chez nous. S’ajoute à cela, tout un contexte socio-économique et géographique qui ne favorise pas l’émancipation de la diversité des identités de genres, romantiques et sexuelles. Alors, quelle place pour les personnes LGBTQIA+ réunionnaises sur leur territoire. Comment envisager le retour des personnes LGBTQI+ à La Réunion et sortir du schéma « partir pour s’épanouir » ?


Brandon Gercara



  • 19h : Show Lip Sync - Sheinara TANJABI