Spiritualité‎ > ‎

Dhammapada - Paroles de la Loi

DHAMMAPADA

 Les paroles de la Loi


Traduction personnelle Jerome Ravenet 2015

I - VERSETS EN MIROIR

1. L’esprit est la condition primordiale, le cœur est la clé. Tout dépend de l’esprit. Si avec un mental impur, quelqu’un parle ou agit, la souffrance le suit comme la roue suit le sabot du bœuf.

2. L’esprit est la condition primordiale, le cœur est la clé. Tout dépend de l’esprit.  Si avec un cœur pur, quelqu’un parle ou agit, le bonheur le suit comme son ombre.

3-4-5. « Il m’a insulté, battu, humilié, volé » : la haine de ceux qui tiennent à de telles pensées ne s’apaise pas. « Il m’a insulté, battu, humilié, volé » : la haine de ceux qui ne s’attachent pas à ces pensées s’apaise. Jamais la haine n’éteint la haine en ce monde. Par l’amour seul, la haine est éteinte. C’est une loi éternelle.

6. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que tous un jour, nous mourrons. Ceux qui s’en rendent vraiment compte mettent fin à leurs querelles.

7. Celui qui vit en louchant sur les plaisirs, ne contrôle pas ses sens et ne sait pas modérer sa nourriture, négligent, indolent, celui-là, en vérité, Māra le Seigneur de la Mort le renversera comme le vent renverse un arbre frêle.

8. Celui qui sait que tout passe, qui observe ses sens et sait modérer sa nourriture, qui cultive une foi énergique, Māra ne peut le renverser ; le vent ne peut renverser un rocher.

9. Celui qui ne respecte pas les règles morales, n’a ni maîtrise de soi ni loyauté peut bien porter la robe ocre ou safran, mais il n’en est pas digne.

10. Celui qui est bien établi dans les règles morales, qui est maître de ses sens et loyal, est vraiment digne de la robe ocre ou safran, quand bien même il n’en porterait pas.

11. Ceux qui prennent l’erreur pour la vérité et la vérité pour l’erreur n’atteignent pas le but ultime. Ils errent parmi les vains désirs et les vues fausses.

12. Ceux qui tiennent l’essentiel pour essentiel, et l’accessoire pour accessoire, atteignent le but ultime : ils poursuivent un juste désir et des vues correctes.

13. De même que la pluie pénètre dans une maison de mauvais chaume, ainsi le désir pénètre un cœur non entraîné.

14. De même que la pluie ne pénètre pas dans une maison au chaume en bon état, ainsi le désir ne pénètre pas dans un cœur bien entraîné.

15. Il s’afflige dans ce monde, il s’afflige dans l’autre monde : dans tous les mondes, à tous les niveaux de l’être, celui qui fait le mal s’afflige. Il s’afflige et périt, noyé par sa confusion.

16. Il se réjouit dans ce monde, il se réjouit dans l’autre ; dans tous les mondes, à tous les niveaux de l’être, le bienfaisant se réjouit. Il se réjouit et se réjouit toujours plus, voyant la pureté de ses actions.

17. Il se lamente dans ce monde et dans l’autre, le malfaisant se lamente dans tous les mondes, à tous les niveaux de l’être. «J’ai mal agi» se lamente-t-il en glissant vers des états misérables.

18. Il est joyeux dans ce monde et dans l’autre, dans tous les mondes, à tous les niveaux de l’être,  le bienfaisant est joyeux. «J’ai bien agi», dit-il joyeux et toujours plus heureux.

19. Qu’il étudie ou récite tous les Textes, s’il ne les met en pratique, le négligent est comme ce bouvier qui compte les vaches d’un autre ; malentendu pour lui : il n’a aucune part à la joie de cheminer.

20. Même sans réciter les Textes, si on agit en accord avec la Loi - le Dhamma - en se libérant de la fascination des Trois Poisons – le désir, l’aversion et l’ignorance -, si on vit en vérité et qu’on se relie à l’essentiel, avec un cœur totalement libre, sans s’attacher à rien, ici ni au-delà, on goûte aux joies de la vie consciente.

II - LA VIGILANCE

21. La négligence mène à la mort ; la voie de la vigilance mène au-delà. Le vigilant ne meurt pas, le négligent est déjà mort.

22. Ayant compris la vigilance, le sage s’y maintient, se réjouissant de voir clair, se délectant de lucidité.

23. Ceux qui méditent continuellement, avec ardeur et persévérance, réalisent le l’Extinction des désirs – le Nibbana libre de liens, le bonheur suprême.

24. Elle croît, la Gloire de celui qui est énergique, attentif, pur dans ses actions, lucide sans emportements, droit, et se tient dans une vigilance continue.

25. Par ses efforts, son ardeur, la discipline et la maîtrise de soi, que le sage crée pour lui-même une île qu’aucune tempête ne pourra submerger.

26. Les ignorants, dans leur manque d’intelligence, s’abandonnent à la négligence, mais un sage préserve la vigilance comme son plus grand trésor.

27. Ne vous abandonnez pas à la négligence et ne vous contentez pas des plaisirs sensuels. Celui qui est ardent à méditer goûte un bonheur plus grand.

28. Quand l’homme intelligent surmonte sa négligence, du palais de la sagesse, il promène son regard sur la foule souffrante des affligés, comme une montagne contemple les gens de la plaine.

29. Vigilant parmi les négligents, éveillé parmi les indolents, le sage avance comme un coursier, laissant le pauvre rosse aller à son rythme.

30. La vigilance est admirable ; la négligence regrettable. Par la vigilance, on est comme élevé au rang d’une divinité.

31. Le pratiquant qui se délecte de la vigilance et craint la négligence, avance comme le feu, brûlant tous les liens, grands ou petits.

32. Le pratiquant qui fait ses délices de la vigilance et craint la négligence, ne risque plus la chute, il vit dans le refuge de la Présence.

 

III - LE CŒUR

33. Ce cœur agité par un mental inconstant, difficile à garder, difficile à maîtriser, l’homme intelligent le corrige comme un menuisier qui veille à faire des flèches droites.

34. Comme un poisson hors de l’eau, notre cœur tremble d’abandonner son royaume de mort.

35. Difficile à guider, instable, le mental est en quête de jouissance. Il est bon de le dominer. Seul un esprit dompté peut conduire au bonheur.

36. Les motivations et le cours de nos pensées sont difficiles à percevoir, subtiles, à l’ordre de nos désirs. Que le sage en ait bien la maîtrise : seul un cœur bien gardé peut conduire au bonheur.

37. Le mental est toujours vagabond, fuyant, ignorant, tapi au fond d’un trou. Ceux qui le soumettent sont libres de tous liens.

38. Celui dont le cœur n’est pas ferme, qui ignore la Loi et vacille dans sa foi, ne pourra pas progresser.

39. Un cœur lucide vit sans désir ni aversion ; il n’est troublé ni par le désir, la haine ou l’aversion, et ne s’inquiète plus du bien et du mal. Il n’a plus peur.

40. Dans ce corps fragile comme une cruche, ton cœur doit s’affermir comme une cité armée pour affronter la mort avec l’épée de l’intelligence, et garder précieusement en cet ultime instant et au-delà, tout ce qui aura été acquis.

41. D’ici peu, ce corps reposera à terre, comme une bûche sans utilité.

42. Quelque mal que puisse faire un ennemi à un autre, un esprit mal dirigé fait un bien plus grand mal encore.

43. Mère, père et tout parent ne pourront jamais nous faire autant de bien qu’un esprit bien dirigé.

IV - LES FLEURS

44. Qui dissoudra ce monde d’illusion qu’on appelle « royaume de Yama »? Qui découvrira le chemin de la Loi comme un jardinier sachant découvrir les fleurs les plus rares ?

45. Le disciple de la Loi dissout ce monde d’illusion, le royaume de Yama. Il découvre le chemin de la Loi comme un jardinier sait découvrir les fleurs les plus rares.

46. Sachant ce corps fugace comme l’écume et ce monde illusoire comme un mirage, il brisera les flèches fleuries du Roi de la Mort et il échappera même à sa vue.

47. L’homme qui cueille les fleurs des plaisirs sensuels, la mort l’emporte comme un raz-de-marée le village endormi.

48. L’homme qui cueille les fleurs des plaisirs sensuels, la mort l’emporte avant même qu’il ne soit satisfait.

49. Comme une abeille s’envole, sans nuire à la fleur, à sa couleur ou à son parfum, emportant seulement le miel, ainsi le sage parcourt le village du monde.

50. Ne critique pas autrui pour ses fautes, pour ce qu’il a fait ou pas, mais seulement toi-même pour ce que tu as fait ou pas.

51-52. Les belles paroles de celui qui n’agit pas en conséquence sont comme des fleurs charmantes qui manquent de parfum. Les paroles de celui qui agit en conséquence sont comme des fleurs charmantes pleines de parfum.

53. Tout mortel peut acquérir autant de mérites qu’il y a de monceaux de fleurs dans une guirlande.

54. Le parfum des fleurs jamais ne va contre le vent, non plus que celui du bois de santal, de l’encens ou du jasmin. Le parfum de l’intelligence plus fin que tout se diffuse en toutes directions.

55. Santal, encens, jasmin, de tous ces parfums, celui de l’intelligence est de loin le plus subtil.

56. Les parfums de l’encens et du santal ne valent pas celui de l’intelligence qui se diffuse jusque dans les mondes divins.

57. La mort ne trouve plus la trace de ceux qui suivent une voie sans trouble et qui ont été libérés par la connaissance intégrale.

58-59. Le beau lys parfumé pousse au bord de la route, comme le disciple des Eveillés brille d’intelligence au milieu des broussailles ignorantes et aveugles.

V - LES INSENSES

60. Longue est la nuit pour l’insomniaque, longue est la route pour les fatigués, longue est cette errance en transit dans le monde pour l’insensé qui ne connaît pas la Loi qui est au-dessus des lois.

61. Si, en chemin, il ne rencontre pas de compagnon qui lui soit supérieur ou égal, qu’il s’affermisse dans la voie solitaire. Pas de compagnonnage avec les fous.

62. « J’ai des enfants ! J’ai des biens !», les fous s’en tracassent. En vérité, comment celui qui ne s’appartient pas lui-même peut-il posséder enfants ou biens?

63. Un fou qui sait qu’il est fou est au moins sage en cela. Mais l’insensé qui se croit sage est vraiment fou.

64-65 Même si toute sa vie, l’insensé s’associe à un sage il ne comprendra pas plus la Loi qu’une cuillère ne connaît la saveur de la soupe. Si, même un bref instant, l’intelligent rencontre un sage, il comprend tout de suite la Loi aussi sûrement que la langue connaît la saveur de la soupe.

66. Les ignorants et les insensés n’ont pas de pire ennemis qu’eux-mêmes ; les fruits de leurs actions sont amers.

67-69. La mauvaise action est celle dont on se repent et qu’on regrette, ses fruits, ce sont larmes et lamentations. La bonne action est sans repentir ni regret, ses fruits sont joie et satisfaction. Aussi longtemps qu’elle n’a pas porté ses fruits, l’action de l’insensé est douce comme le miel, mais quand les fruits sont mûrs, c’est bien souffrance qu’il récolte.

70. Un fou peut bien engloutir de magnifiques salades, il ne vaut pas le seizième de ceux qui ont compris la Loi.

71. Les mauvaises actions ne portent pas toujours leur fruit sur-le-champ, et le lait ne caille pas tout de suite ; leurs fruits couvent parfois longtemps, comme le feu sous la cendre.

72. Quelle que soit la connaissance qu’a l’insensé, elle ne le conduit qu’à sa ruine.

73. L’insensé a soif de réputation, de titres et dignités, d’autorité en tous lieux, d’honneurs aux yeux de tous.

74. « Que chacun apprécie ce que j’ai fait ! Et qu’on m’obéisse ! » : telle est l’ambition de l’insensé dont l’orgueil ne fait que croître.

75. Une route conduit aux biens terrestres, l’autre à la libération. Quand il l’a bien compris, le disciple de l’Eveillé n’aspire plus aux honneurs ; il cultive la solitude.

VI - LE SAGE

76. Recherche la compagnie du sage qui te fait voir tes défauts comme on découvre un trésor.

77. L’homme intelligent aime celui qui sait exhorter et dissuader ; mais l’insensé, en son cœur, le déteste.

78. Ne cherchez pas la compagnie d’hommes mauvais ou des médiocres, mais celle d’amis dans le bien, bons et excellents.

79. Celui qui boit aux sources de la Loi vit heureux et son cœur est serein. L’intelligent se réjouit toujours de la Loi expliquée par les Nobles disciples de l’Eveillé.

80. Les architectes font venir l’eau, les menuisiers redressent les flèches, les charpentiers tournent le bois, le sage se consacre à la maîtrise de soi.

81. Aucun roc n’est dérangé par le vent, aucun sage ne l’est par la louange ou le blâme.

82. Le sage éclairé par la Loi est un lac profond, clair et tranquille.

83. L’homme intelligent renonce à tout attachement. Dans le bonheur ou les souffrances, il n’est ni exalté ni déprimé.

84. Ni pour lui-même, ni pour un autre le sage ne désire héritier, fortune, pouvoir. Il ne fonde son succès sur aucun stratagème, mais sur la vertu, la justice, la sagesse.

85. Rares sont ceux qui gagnent l’autre rive, la plupart ne font qu’errer le long de celle-ci.

86. Ceux qui vivent selon la Loi vont au-delà de la mort, quelle que soit la difficulté des épreuves à traverser.

87. Le sage abandonne la vie obscure pour une voie lumineuse. Sans foyer, solitaire s’il le faut, il cherche la joie difficile à trouver.

88. C’est en renonçant à ses désirs et attachements qu’il se dépouille d’un mental troublé.

89. Celui dont le cœur s’affermit dans la pratique des 7 facteurs de l’Eveil (attention, discernement, ardeur, joie, sérénité, concentration, équanimité), qui sait pourquoi il se réjouit de renoncer à ses vieux appétits, devient resplendissant et se libère vivant en ce monde.

VII - LE MERITANT

90. Il n’y a plus de souffrance pour celui qui a fini le voyage, qui s’est libéré de tous soucis et de tous liens.

91. Pour cultiver l’attention, abandonner aussi toute idée de foyer – comme un cygne qui abandonne son lac.

92-93. Ceux qui vivent sans confusion et n’accumulent pas, pas même pour la nourriture, voient le vide jusqu’à la délivrance. Ils ne laissent pas de trace, comme des oiseaux dans le ciel.

94. Tous les êtres surnaturels reconnaissent le mérite de celui qui maitrise ses sens comme l’aurige dirige ses coursiers, de celui qui est sans orgueil, sans pensées tournées vers soi.

95. Non seulement la voie ne dispense pas de morale, mais celui qui fait son devoir est inébranlable comme la terre ferme, solide comme un pilier, pur comme un lac sans limon. Pour lui, le cycle des renaissances est terminé.

96. Celui que la Connaissance a conduit jusqu’au calme parfait a des pensées, des paroles et des actes parfaitement apaisées.

97. L’homme le plus accompli n’a pas besoin de croire pour embrasser l’infini, pour briser toutes chaines, et dissoudre la tentation de revenir dans le cycle des renaissances.

98. Dans un hameau dépeuplé, une forêt hostile, une vallée déserte ou la montagne glacée, il est toujours agréable de partager le séjour des méritants.

99. Douces sont les forêts que la foule déteste. Le méritant sans passions y trouve son bonheur, parce qu’il ne cherche plus les plaisirs.

VIII - LES MILLIERS

100-102. Un mot bénéfique, apaisant pour celui qui l’entend, vaut mieux que mille mots que nul ne comprend. Un verset bénéfique, apaisant pour celui qui l’entend, vaut mieux que mille vers que nul ne comprend. A cent versets que nul n’entend, un verset de la Loi est plus utile : il apporte la paix à celui qui l’entend.

103. Le plus grand conquérant n’a pas vaincu mille hommes sur un champ de bataille ; il s’est vaincu lui-même.

104. La victoire sur soi-même est plus haute que celle qu’on remporte sur les autres.

105. Aucune force subtile ou cachée ne peut changer cette victoire en défaite.

106. Des milliers de sacrifices rituels pour des mois et des mois ne valent pas l’instant d’hommage rendu à un être libéré. Cet unique hommage vaut plus qu’un siècle de sacrifices.

107. Entretenir le feu rituel dans la forêt, ou rendre hommage à un être maître de lui : des deux, cet hommage est en vérité meilleur ; il est meilleur qu’un siècle de creuse dévotion.

108. Quels que soient les aumônes, dons, sacrifices accomplis dans l’année pour acquérir du mérite, ils ne valent pas le quart de l’hommage rendu à un juste.

109. Pour celui qui prend la voie des Anciens, quatre choses croissent: l’âge bien sûr mais aussi la beauté, le bonheur et la santé.

110. Un seul jour vécu dans la sagesse et la méditation vaut mieux qu’un siècle passé dans l’ignorance morale et la complaisance à la sensualité.

111. Un seul jour vécu dans la sagesse et la méditation vaut mieux qu’un siècle passé dans l’errance et les égarements.

112. Un seul jour vécu dans la sagesse et la méditation vaut mieux qu’un siècle passé dans la paresse et l’indolence.

113. Un seul jour vécu dans la conscience de ce qui apparaît et disparaît vaut mieux qu’un siècle passé dans l’ignorance du transitoire et des changements.

114. Un seul jour vécu dans la voie qui mène au-delà de la mort vaut mieux qu’un siècle passé dans l’ignorance du chemin de la libération.

115. Un seul jour vécu dans la vérité vaut mieux qu’un siècle passé dans l’ignorance de la vérité.

IX - LE MAL

116. Hâte-toi vers le bien, fuis le mal ; celui qui se traine a dans l’esprit des pensées complaisantes avec le mal.

117. Si tu agis mal, garde-toi de recommencer et d’y trouver plaisir. Persévérer est une souffrance.

118. Si tu agis bien, recommence et réjouis-t’ en. Persévérer dans le bien fait du bien.

119. Le malfaisant peut se trouver heureux tant que ses actions n’ont pas porté leurs fruits ; mais quand les temps sont mûrs, il récolte ce qu’il a semé.

120. Le bienfaisant peut se trouver en difficulté tant que ses actions n’ont pas porté leurs fruits ; mais quand les temps sont mûrs, il récolte ce qu’il a semé.

121. Ne traite pas le mal à la légère, en disant « il ne m’atteindra pas » : une jarre se remplit goutte à goutte. De même le karma - et l’insensé n’y échappera pas.

122. Ne traite pas le bien à la légère, disant : « je n’y arriverai pas ». : une jarre se remplit goutte à goutte. De même le karma d’un compagnon de la sagesse.

123. Agir avec le mal comme un riche marchant mal escorté qui évite une route périlleuse ; comme celui qui aime la vie et qui évite les poisons.

124. Une main saine peut porter du poison. Rien n’est impur pour les purs.

125. Offenser de vulnérables innocents, c’est s’exposer au retour de l’injure, c’est jeter de la poussière contre le vent.

126. Certains reviennent ici sur terre, les malfaisants renaissent en enfer et les justes dans les sphères célestes, mais il y en a qui atteignent la Libération.

127. Il n’y a nulle part où échapper aux conséquences de ses actes : ni dans les airs, ni au milieu de l’océan, ni au fond d’une grotte profonde, nulle part sur la terre.

128. Il n’y a nulle part où échapper à la mort : ni dans les airs, ni au milieu de l’océan, ni au fond d’une grotte profonde, nulle part sur la terre.

X - LE CHÂTIMENT

129. Chacun tremble devant le châtiment, chacun craint la mort. Traite les autres comme toi-même, et ne tue jamais (d’humain ou d’animal); ne commets pas de meurtre.

130. Tout le monde tremble devant le châtiment, à tous la vie est chère. Traite les autres comme toi-même, et ne tue jamais ; ne commets pas de meurtre.

131. Tout être avide de bonheur qui torture les créatures assoiffées de bonheur ne l’obtiendra pas même après sa mort.

132. Tout être avide de bonheur qui s’abstient de torturer les créatures assoiffées de bonheur, l’obtiendra quoiqu’il arrive même après sa mort.

133. Ne dites pas des paroles dures : ceux qui les reçoivent riposteront. Les propos colériques sont blessants ; celui qui leur laisse libre cours en subira les conséquences.

134. L'Eveillé est silencieux comme un gong brisé - toute violence ou ressentiment apaisé.

135. La vieillesse et la mort nous tirent hors de cette vie comme un troupeau conduit par le bâton du vacher.

136 L’insensé ne fait pas le mal consciemment. Ses propres actes le consument comme un feu.

137-138-139-140. Celui qui fait du mal à celui qui n’en fait pas, qui blesse celui qui n’a blessé personne, viendra bientôt à l’un de ces dix états: il subira d’intenses souffrances, des pertes désastreuses, des dommages corporels jusqu’à la maladie ou à la folie ; ou il sera en lutte avec l’autorité, il sera en butte à de grossières calomnies, il perdra des proches et ses biens ; ou bien l’incendie ravagera sa maison et au moment de la dissolution de son corps, il renaîtra en enfer…

141. Ni la nudité du vagabond, ni les cheveux tressés, ni l’ordure, ni le jeûne, ni le coucher à même le sol, ni le corps enduit de cendres, ni les postures ascétiques, ne peuvent purifier un homme qui n’a pas surmonté le doute.

142. Même riche, un homme qui cultive la tranquillité, le calme, l’aménité, la maîtrise de soi, pour une vie plus dépouillée, qui renonce à toute violence envers les êtres vivants, celui-là est un méritant, un authentique pratiquant.

143. Il y a dans ce monde des hommes modestes qui évitent les reproches, comme un cheval bien dressé évite le fouet.

144. Sois ardent, comme un cheval bien guidé. Sois vif et rapide comme un cheval fougueux, et va au but. Par la foi, la vertu, l’effort énergique, la concentration, le discernement de la Loi, l’attention, la perfection de la Connaissance et de la conduite, libère-toi de ta souffrance.

145. Les architectes font venir l’eau. Les menuisiers redressent les flèches. Les charpentiers courbent le bois. Les sages se maîtrisent.

XI - LA VIEILLESSE

146. Pourquoi ce rire et cette joie alors que le monde est ravagé par le feu des tourments ? Toi qui te noies dans les ténèbres, pourquoi ne cherches-tu pas la lumière ?

147. Sais-tu voir dans la forme de ce corps une masse de souffrances, d’infirmités, de désirs vains, un élément impermanent !

148. Ce corps fragile est un nid de misères, périssable, corruptible. Sa vie se termine dans la mort.

149. Quel plaisir y a-t-il à contempler ces os blanchis comme des courges d’automne ?

150. C’est une forteresse d’os mais habillée de chair et de sang, habitée par l’orgueil et la jalousie, menacée par la décrépitude et la mort.

151. Même les chars royaux finissent par s’user, a fortiori ce corps, avec l’âge. La Loi ne s’use pas, et les sages se la transmettent.

152. L’ignorant vieillit comme un bœuf, il prend du poids mais pas de l’intelligence.

153-4. Combien de fois j’ai traversé le cycle des renaissances à la recherche de l’architecte de cette maison ! Et combien ce fut douloureux ! J’ai enfin trouvé l’architecte ! Il ne reconstruira plus jamais le temple de mon corps : toutes les poutres sont cassées et le faîte est brisé. Le cœur libéré a dissout tous désirs.

155. Ceux qui n’ont pas mené une vie méritante ou qui dans leur jeunesse n’ont pas acquis les vraies richesses vieillissent à la fin comme de vieux hérons au bord d’un lac sans poisson.

156. Ceux qui n’ont pas mené une vie méritante ou qui dans leur jeunesse n’ont pas acquis les vraies richesses vieillissent à la fin comme des arcs usés, regrettant le passé et leurs forces perdues !

XII – L’EGO

157. Celui qui se chérit lui-même se surveille de près. Mais aux trois veilles de la nuit, le Sage reste vigilant.

158. S’établir d’abord dans la Voie, avant de conseiller les autres. Dans cet ordre, nul blâme.

159. S’il met en pratique ce qu’il enseigne aux autres, maître de lui, il peut montrer un chemin. Mais il est difficile en vérité d’être maitre de soi.

160. Chacun est son propre maître, car en vérité, quel autre maître pourrait-il y avoir ? C’est par cette difficile maîtrise de soi que chacun devient vraiment pour lui-même un refuge.

161. Par l’ego seul le mal est fait. Le mal naît du moi, il est causé par lui. Il broie l’ignorant comme le diamant écrase une gemme dure.

162. Comme la liane étranglant un arbre, l’ignorant pris au piège de son ego s’inflige à lui-même autant de mal qu’un ennemi peut lui en souhaiter.

163. Il est si facile de se faire du tort et du mal ; mais combien difficile de faire ce qui est bon et profitable !

164. L’insensé dont la vue est brouillée, méprise la Loi des méritants, des nobles et des justes, et œuvre à sa propre destruction comme un bambou tué par son propre fruit.

165. Celui qui agit mal se fait mal à lui-même. L’éviter, c’est déjà apaiser le trouble. Pureté et confusion dépendent de nous-mêmes. Nul ne peut purifier un autre.

166. Que personne ne néglige le plus haut bien pour en chercher un autre, si grand soit-il. Discernons clairement la bonne ligne de conduite et n’en dévions pas.

XIII - LE MONDE

167. Ne sois pas indolent ou négligent, ni complaisant avec tes erreurs ; ne sois pas de ce monde.

168. Debout ! Ne sois pas négligent ! Cherche le chemin de la sagesse. Le sage est heureux dans ce monde et dans les autres, à tous les niveaux de l’être.

169. Cherche la sagesse, pas la vie facile. Celui qui marche dans la Voie est heureux dans ce monde et dans les autres, à tous les niveaux de l’être.

170. Vois le monde comme une bulle de savon, comme un mirage, et la mort ne te trouvera pas.

171. Viens, vois ce monde comme le char d’un roi! Il attire les insensés, ça n’en vaut pas la peine.

172. Le négligent établi dans la vie vigilante illumine la terre comme la lune qui perce les nuages.

173. Celui qui répare le mal qu’il a fait illumine la terre comme la lune qui perce les nuages.

174. Dans ce monde aveugle, rares sont ceux qui trouvent un chemin. Ce sont des oiseaux échappés d’un filet, qui montent dans le ciel.

175. Les cygnes volent vers soleil; ceux qui sont doués de pouvoirs voyagent dans l’espace. Les sages sortent de ce monde en vainqueur des armées de la mort.

176. Plus rien ne retient celui qui transgresse la Loi et méprise les arrières-mondes.

177. Les avares n’accèdent pas aux royaumes divins. Les insensés ne connaissent pas le bonheur de donner. Mais le sage se réjouit de donner, et il s’en réjouit jusque dans l’autre monde.

178. Plutôt que le pouvoir de dominer le ciel, la terre et tous les univers, mieux vaut entrer dans le courant.

XIV – L’EVEILLE

179. Comment peut-on voir celui qui est si grand qu’aucune forme ne peut le contenir ? Comment peut-on trouver le chemin de celui qui ne laisse pas de traces ?

180. Comment peut-on aller vers celui qui n’a plus de désirs ?  Comment peut-on trouver le chemin de celui qui ne laisse pas de traces ?

181. Même les êtres surnaturels envient les sages éveillés et vigilants qui vivent absorbés en méditation, baignés dans la tranquillité du renoncement.

182. Il est r are d’avoir l’occasion de renaître pour une vie humaine, rare d’obtenir cette chance, rare aussi d’avoir celle d’entendre la Loi, et infiniment plus rare d’atteindre l’Eveil.

183. S’abstenir de tout mal, cultiver le bien, purifier l’esprit : c’est l’enseignement des Eveillés.

184. Pour les Eveillés, la patience est l’exercice le plus haut et la libération, l’état le plus parfait. Un disciple de la Loi ne n’opprime ni blesse les autres.

185. N’outrager ni ne blesser personne, se tenir à la discipline, se modérer en nourriture, vivre à l’écart, expérimenter tous les états et niveaux de conscience: c’est l’enseignement des Eveillés.

186-187. Une pluie d’or ne peut pas étancher la soif des désirs : ils sont insatiables et rendent malheureux ; tout sage sait cela. Même les plaisirs célestes sont sans intérêt à ses yeux. Le disciple d’une telle sagesse n’est tourné que vers l’extinction des désirs.

188. La peur pousse à chercher refuge dans les collines, les bois, les jardins, les arbres et les temples.

189. Mais un tel refuge n’est pas sûr : ce n’est pas le refuge suprême; on ne s’y libère pas encore de toute souffrance.

190. Celui qui prend refuge dans l’Eveil, la Loi et la Communauté des Eveillés, connaît très clairement les Quatre Vérités :

191. La souffrance, la cause de la souffrance, sa cessation, et le chemin qui y conduit.

192. C’est le plus sûr refuge, le souverain refuge dont le choix libère de la souffrance.

193. Un homme accompli est difficile à trouver, il ne naît pas n’importe où. Mais là où il naît, ceux qui l’entourent se trouvent plus heureux.

194. Heureuse est la naissance d’un Eveillé ; heureuse la diffusion de la Loi ; heureuse la Communauté des éveillés ; heureuse la pratique des disciples.

195-196. Celui qui révère ceux qui sont dignes de révérence, les Eveillés ou les disciples qui se sont libérés du désir et des vues fausses, débarrassés de l’ignorance, vivent en paix et sans peur au-delà du fleuve de la détresse et du désespoir, celui qui estime cela : son mérite est incomparable.

XV - LE BONHEUR

197. Dans un monde de haine, heureux sommes-nous de pouvoir vivre sans haine ; parmi les hommes débordant de haine, nous restons sans la moindre haine.

198. Dans un monde à la peine, heureux sommes-nous de pouvoir vivre sans peine ; parmi les hommes envahis par la peine, nous restons sans la moindre peine.

199. Dans ce monde avide, heureux sommes-nous de pouvoir vivre sans avidité ; parmi les hommes avides, nous restons sans la moindre avidité.

200. Nous sommes heureux, nous qui n’avons rien. Comme des divinités rayonnantes, nous sommes nourris de joie.

201. La victoire engendre le ressentiment, et le vaincu rumine sa souffrance. Le pacifique vit heureux, sans aucun souci de victoire ou de défaite.

202. Il n’y a pas de feu plus dévorant que la convoitise, pas de malheur plus profond que la haine, pas de misère plus sombre que l’existence, pas de joie plus haute que la paix de la libération.

203. La faim est l’une des pires maladies, l’existence la pire détresse. Celui qui l’a compris savoure en même temps la joie d’en être libéré.

204. La grande santé, le salut, est le plus haut des bienfaits, le contentement la plus grande richesse. Un ami fidèle est le meilleur compagnon, la libération est le bonheur suprême.

205. L’homme qui a goûté aux saveurs de la paix et de la solitude, libre de tout souci et de toute préoccupation, jouit de la douceur de la Loi.

206. Il est bon d’observer de près la vie des nobles disciples; leur compagnie est toujours bénéfique. Loin des fous, on est toujours heureux.

207. Celui qui marche avec les fous prend des risques, car leur compagnie ne vaut pas mieux que celle d’un ennemi. En compagnie des sages, on vit heureux comme au milieu des siens.

208. Fraye avec la Communauté des sages : paisible, savante, recueillie, bienveillante. Suis l’exemple de ces hommes bons et intelligents, comme la lune suit le chemin des étoiles.

XVI - LE PLAISIR

209. Courant après ce qu’il faut fuir, fuyant ce qu’il faut rechercher, sacrifiant la connaissance  à la jouissance des plaisirs, on risque bien de regretter de n’avoir pas fait les choix contraires.

210. Ne cherche ni le plaisir ni la souffrance : il est aussi douloureux d’être privé de plaisir que de subir la souffrance.

211. Ne prise rien, car perdre est douloureux. Il n’y a plus de chaine pour celui qui n’éprouve ni désir ni aversion.

212. Le chagrin naît de l’attachement, l’attachement engendre la crainte. Pour celui qui est libre d’attachement, il n’y a plus de chagrin. Qu’a-t-il à craindre ?

213. Le chagrin naît des plaisirs, les plaisirs engendrent la crainte. Pour celui qui est sans désir, il n’y a plus de chagrin. Qu’a-t-il à craindre ?

214. Le chagrin naît des désirs, le désir engendre la crainte. Pour celui qui est sans désir, il n’y a plus de chagrin. Qu’a-t-il à craindre ?

215. Le chagrin naît de la convoitise, la convoitise engendre la crainte. Pour celui qui en est libre, il n’y a plus de chagrin. Qu’a-t-il à craindre ?

216. Le chagrin naît de l’avidité, l’avidité engendre la crainte. Pour celui qui en est libre, il n’y a plus de chagrin. Qu’a-t-il à craindre ?

217. Estimons celui qui connaît la moralité et remplit ses devoirs, qui s’est établi dans la Loi et vit en vérité.

218. On dit « entrer dans le courant » quand on aspire à l’ineffable paix, que l’esprit s’éveille, et que le cœur se libère des filets du désir.

219-220. Après une longue absence, celui qui revient chez lui sain et sauf est bien reçu par ses parents et ses amis. De même, le bienfaisant est attendu par ses bonnes actions en rendez-vous dans l’autre monde et dans tous les mondes.

XVII - LA COLÈRE

221. Renonce à la colère, renonce à l’orgueil, brise tes entraves. Détaché des mots, des apparences et de toute possession, on est libre de toute souffrance.

222. Celui qui maîtrise ses poussées de colère comme un aurige sur son char, celui-là est un vrai pilote, les autres ne font que tenir des rênes.

223. Oppose la sérénité à la colère, comme un bien à un mal. Oppose la générosité à l’avarice, et la véracité au mensonge.

224. Sois vérace, sans colère, et donne même le peu que tu possèdes à qui te le demande. Par ces trois attitudes, tu te rapprocheras du monde divin.

225. Les sages non violents et maîtres de leur sens vont au-delà de la mort, libres de souffrance.

226. Ceux qui sont toujours vigilants, qui s’entraînent jour et nuit, dont l’esprit est entièrement tourné vers la Libération, voient définitivement disparaître leurs troubles.

227. Depuis toujours, on critique ceux qui restent silencieux, ceux qui parlent trop et ceux qui parlent peu. Nul n’échappe à la critique.

228. I1 n’y a jamais eu, il n’y aura jamais, et il n’y a personne qui soit seulement blâmé ou adulé.

229-30. Mais celui qui est admiré des sages qui l’ont observé jour après jour, et l’ont trouvé intelligent et irréprochable, qui donc oserait le blâmer lui qui est aussi pur que l’or ? Même les divinités l’admirent.

231. Soyons sur nos gardes avec ce corps, apprenons à le connaître et mieux le contrôler. Nous visons une parfaite conduite, et nous la mettons en pratique.

232. Soyons sur nos gardes avec nos paroles, apprenons à les connaître et mieux les contrôler. Nous visons une parfaite maîtrise de la parole, et nous la mettons en pratique.

233. Soyons sur nos gardes avec le mental, apprenons à connaître nos pensées et mieux les contrôler. Nous visons une parfaite discipline mentale, et nous la mettons en pratique.

234. Les sages qui connaissent et contrôlent leur corps, leur parole et leurs pensées ont une vraie maîtrise d’eux-mêmes.

XVIII – TROUBLE ET CONFUSION

235. O feuille desséchée que les messagers de la mort attendent ! A la veille du départ, n’as-tu pas de provisions pour le voyage !

236. Fais une île de toi-même et prends-la pour refuge. Efforce-toi vers la sagesse ; purifié de tes troubles, tu pourras marcher sur une terre sublime de noblesse.

237. Tes jours sont comptés. Pas de halte en chemin. Pas de provision pour le voyage.

238. Fais une île de toi-même et prends-la pour refuge. Efforce-toi vers la sagesse ; purifié de tes troubles, tu n’auras plus à renaître  et à souffrir de ta décrépitude.

239. Comme l’orfèvre qui raffine doucement l’argent brut, tu te purifies de tes troubles.

240. Comme la rouille ronge le fer, tes propres actions finissent par te ronger ?

241. Le manque de répétition affaiblit l’efficacité des mantras, le manque d’entretien dégrade les maisons, le manque d’hygiène altère la beauté, le manque d’attention fait faillir le veilleur.

242. Comme l’inconduite avilit les femmes ou l’avarice le généreux, la mauvaise intention souille ce monde et les autres.

243. L’ignorance est le pire des troubles. Lavons-nous de ce trouble et nous serons sans trouble.

244 – 245. La vie est facile pour l’être sans vergogne, impudent comme un corbeau, médisant, fanfaron, arrogant et tordu. La vie est dure pour le modeste qui cherche seulement l’absence de trouble, le détachement et l’humilité, qui connaît la politesse et cultive le discernement.

246-247. Dans ce monde celui qui tue, ment, prend ce qui n’est pas donné, convoite la femme d’un autre, et boit, se drogue ou s’intoxique, est un être déraciné.

248. Tu sais, ô courageux, que les maux sont difficiles à maîtriser.  Que le désir et l’injustice ne prolongent pas plus longtemps ta souffrance !

249. Les gens donnent suivant leur foi ou leur plaisir. Si tu es envieux de la nourriture et de la boisson offertes à d’autres, de jour comme de nuit ta concentration ne progressera pas.

250. Mais celui qui a complètement déraciné en lui tout sentiment de jalousie parvient à maintenir tout le temps une concentration sans faille.

251. Il n’y a pas de feu comparable au désir, pas d’étau comparable à la haine, pas de piège comme l’illusion, pas de torrent comme l’avidité.

252. On voit la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre qui bouche le nôtre ; nous discernons les défauts des autres avec soin, mais nous cachons les nôtres comme de piètres tricheurs.

253. Celui qui critique les défauts d’autrui et s’en irrite, loin de se détacher, augmente son trouble.

254. La vérité est un pays sans chemin, mais il n’y a pas d’ascète hors de la Voie. Les hommes se réjouissent des vanités ; les Eveillés s’en sont libérés.

255. La vérité est un pays sans chemin, mais il n’y a pas d’ascète hors de la Voie. Tout change et passe parce que tout dépend de conditions variables, mais les Eveillés sont constants.

XIX - LE JUSTE

256-257. Un jugement arbitraire n’est pas juste ; la sagesse distingue la justice : elle juge en connaissance de cause, selon la Loi et l’équité ; et celui qui la met en application est appelé juste.

258. La sagesse n’est pas de parler beaucoup. Compassion sans haine et sans peur, c’est cela qui fait un sage !

259. On ne soutient pas la Loi par de longs discours. Celui qui l’étudie et la réalise en est le meilleur soutien : il ne la néglige pas.

260 - 261. On n’est pas un Ancien parce que la tête est grise et notre âge avancé. On peut vieillir sans fruit. Vertu, connaissance de la Loi, non-violence, maîtrise de soi, un homme sans trouble qui a ces qualités est un Ancien.

262. Eloquence et belle apparence ne rendent pas honorable l’homme jaloux, avare ou menteur.

263. Mais celui qui a complètement extirpé ces défauts, qui est intelligent et sans malveillance est un homme bien entraîné.

264. La tête rasée ne fait pas du menteur agité un initié. Comment un initié serait-il plein de désir et de convoitise ?

265. Celui qui s’est purgé de tout mal - petit et grand – on peut l’appeler initié.

266-267. Il ne suffit pas de mendier sa nourriture pour être un méritant. Il ne suffit pas de prononcer des vœux. Celui qui vit par-delà bien et mal, qui est détaché, intelligent et réfléchi, est vraiment un Méritant. Celui qui vit par-delà bien et mal, qui est détaché, intelligent et réfléchi, est vraiment un Méritant.

268-269. Il ne suffit pas de silence, pour devenir un sage, si l’on est encore ignorant ou insensé. Pour être vraiment sage, il faut un jugement mesuré pour éclairer ses choix. Le sage applique son intelligence sur ce monde, et la pousse jusque dans l’autre.

270. Un homme qui porte tort aux autres êtres vivants n’est pas noble. La non-violence envers tous les créatures, mérite le titre de Noblesse.

271-272. Ni la simple moralité, ni l’observance des devoirs, ni les études savantes, ni l’exercice de la concentration et de la méditation, ni la solitude, ni cette pensée : « Je jouis de la joie d’une liberté inconnue à ceux qui sont encore dans le monde » ne font de vous un Méritant digne de ce nom. Soyez donc sur vos gardes, Méritants, jusqu’à ce que vous vous soyez libérés de tout désir.

XX – LE CHEMIN

273. L’Octuple Sentier est la meilleure voie. Les Quatre Vérités sont les meilleures de toutes les paroles. L’impassibilité est la meilleure condition. Parmi les hommes, le meilleur est celui qui voit.

274. C’est la Voie, il n’y en a pas d’autre pour purifier l’intuition ; si vous frayez ce chemin, la mort ne vous tiendra plus.

275. Sur cette Voie, vous mettrez fin à la souffrance. Je l’ai découvert en apprenant à me préserver des épines.

276. Maintenant l’effort doit venir de vous. Les Eveillés ne font que montrer la Voie. Seuls ceux qui méditent et entrent dans la Voie peuvent se délivrer des liens de la mort.

277-279. «Toutes les choses conditionnées sont impermanentes». Quand on en a l’intuition profonde, on en est à l’abri. C’est la voie pure et sans trouble. «Toutes les choses conditionnées sont vouées à la souffrance». Quand on en a l’intuition profonde, on en est à l’abri. C’est la voie pure et sans trouble. «Toutes les choses conditionnées sont sans substance». Quand on en a l’intuition profonde, on en est à l’abri. C’est la voie pure et sans trouble.

280. Ne pas agir au bon moment, malgré sa jeunesse et sa force, c’est être négligent ; alors l’esprit est la proie de ses pensées. Un indolent ne peut trouver la Voie.

281. Modéré en paroles, maîtrisant son esprit, étranger à tout acte mauvais : c’est par ces trois modes d’action qu’on se purifie pour atteindre la voie.

282. La sagesse vient de la concentration et le manque de concentration produit le contraire. Que chacun choisisse la voie de progrès et de régression qui tracera son chemin !

283. Coupez la forêt des convoitises, un arbre ne suffit pas. De la convoitise naît la peur. Coupez la forêt des convoitises, et une fois dehors, soyez sans convoitise.

284. Jusqu’à ce que l’on ait aussi coupé aussi la toute dernière racine du désir sexuel, l’esprit reste captif du mental comme un veau qui tète encore sa mère.

285. Arrache ton amour-propre comme d’une main, tu le ferais d’un lotus d’automne. C’est cela : chérir la voie de paix qu’a enseignée Celui-Qui-Va.

286. « Je veux vivre ici à la saison des pluies, là en automne et là-bas en été » : l’insensé fait des projets, ignorant ce qui peut lui arriver.

287. L’homme attaché à ses enfants et ses biens, la mort le saisit et l’emporte comme un raz-de-marée engloutit le village endormi.

288. Ni enfants, si père, ni famille, ne servent de refuge. Quand la mort nous prend, la famille n’est plus d’aucun secours.

289. Lucide là-dessus, l’homme éclairé prend refuge dans la moralité et ne diffère pas le moment de se mettre en chemin.

XXI - VERSETS DIVERS

290. Si en renonçant à un bonheur limité, il voit qu’il peut obtenir un bonheur plus vaste, l’homme éclairé renonce au bonheur limité pour un bonheur plus vaste.

291. Un bonheur acquis au détriment des autres est pollué par la haine et l’aversion.

292. Négliger ce qu’on devrait faire pour s’affairer à ce qu’on devrait négliger, c’est le comble de la négligence.

293. Continuellement attentif aux sensations imprévues, circonspect avec le mal, persévérant dans le bien : ce sont les marques d’une intelligence consciente.

294. Ayant tué le Père Orgueil, la Mère Volupté et les Deux Rois des Vues fausses, l’être relié célèbre une vie sans vice.

295. Ayant tué le Père Orgueil, la Mère Volupté, les Deux Rois des Vues fausses et le tigre des Croyances limitantes, l’être relié célèbre une vie sans vice.

296. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car leur attention est tournée nuit et jour vers l’Eveillé, la Loi et la Communauté.

297. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car leur attention est tournée nuit et jour vers la Loi.

298. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car ils sont habités par le souvenir de l’impermanence.

299. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car ils sont habités par le souvenir de l’impermanence du corps.

300. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car leur esprit est tourné nuit et jour vers la compassion.

301. Les disciples de Gotama sont alertes et éveillés, car leur esprit est tourné nuit et jour vers la méditation.

302. Difficile de renoncer au monde, pénible d’y vivre encore. Difficile le chemin solitaire, difficile aussi la vie de famille. Difficile est la fréquentation des insensés, et pénible de voyager sans cesse dans le cycle des renaissances. Ne vous enferrez pas dans un chemin de souffrance et ne vagabondez pas sans but.

303. L’homme de foi et de vertu, qui possède gloire et vraie richesse, peut rencontrer bon accueil, quelque pays qu’il visite.

304. L’Ami du Bien resplendit de loin, comme les cimes de l’Himalaya, alors que le fourbe n’est pas plus visible que des flèches tirées dans la nuit.

305. Celui qui mange seul, qui dort seul et chemine inlassablement vers la maîtrise de soi, se réjouira dans la vie des forêts.

XXII - LE MAL ETRE (NIRAYA)

306. Le menteur baigne dans son mal-être, comme celui qui dit n’avoir pas fait ce qu’il a fait. Tous deux, dans l’autre monde, auront le même sort – celui des hommes aux actions viles.

307. Malgré une robe ocre ou safran, celui qui vit dispersé et malintentionné renaît ou renaîtra dans un état misérable.

308. Mieux vaut avaler un fer rouge, que de vivre d’aumônes quand on mène encore une vie de distractions.

309. Quatre punitions accablent l’incontinent sexuel : le démérite, un sommeil agité, le déshonneur et le mal-être qu’il en ressent.

310. Mauvaise réputation ici et mauvaise renaissance au-delà ; brève est la joie de ceux qui s’ébrouent dans les complications sexuelles, sans parler de la sanction du juge, s’il s’en mêle. Ne fréquente pas la femme d’un autre.

311. Comme une herbe coupante quand elle est mal cueillie, attention au chemin : mal compris, il conduit au mal-être.

312. Une morale sans ardeur, appliquée sans discernement, une vertu motivée par la crainte, ne peuvent apporter de bons fruits.

313. Si quelque chose est à faire, fais-le avec joie, car le relâchement de la pratique agite et fait voler la poussière des passions.

314. Garde-toi d’une mauvaise action, car une fois faite, tu seras retenu dans les tourments. Ne te retiens pas d’une bonne action, mais une fois faite, retiens-toi seulement d’y penser plus longtemps.

315. Comme une forteresse, garde-toi bien toi-même. Ne gaspille pas ton attention car celui qui laisse passer l’occasion, même une minute, en subit les conséquences, parfois jusqu’en enfer.

316. Celui qui a honte sans raison, et celui qui ne voit pas les raisons d’avoir honte font une erreur qui aggrave leur mal-être.

317. Celui qui a peur sans raison, et celui qui ne voit pas les raisons d’avoir peur font une erreur qui aggrave leur mal-être.

318. Celui qui crie au mal sans raison, et celui qui oublie à tort de s’éloigner font une erreur qui aggrave leur mal-être.

319. Celui qui appelle mal un mal, et bien un bien, voit juste et va bien.

XXIII – L’ÉLÉPHANT

320. Comme un éléphant sur le champ de bataille résiste aux arcs et à leurs flèches, j’endure les injures avec patience. En vérité, ils sont nombreux, les violents en ce monde.

321. Ne conduis qu’un éléphant dressé sur le champ de bataille. C’est lui que monte le roi. Le meilleur des hommes est celui qui supporte patiemment l’injure.

322. Les mulets sont d’excellents animaux, comme les pur-sang du Sindh, et les éléphants à défenses ; mais de loin, le meilleur est celui qui s’est dompté lui-même.

323. Ce n’est pas en domptant ces animaux qu’on gravira la Terre Pure de l’Eveillé, mais en se domptant soi-même. Il faut la maîtrise de soi.

324. Au temps du rut, l’éléphant à défense est incontrôlable. Enchainé, il refuse toute nourriture et ne veut que retourner dans la forêt.

325. Le paresseux, glouton, somnolent, qui traine sa boue de ci de là, qui gîte comme un gros porc nourri de détritus, est un insensé qui n’aspire qu’à renaître et revenir, encore et encore.

326. Autrefois, le mental errait à son gré, comme il lui plaisait. Aujourd’hui, je le maintiendrai comme le dompteur maîtrise de son aiguillon un éléphant en rut.

327. Réjouissez-vous de votre enthousiasme. Gardez bien votre cœur. Dégagez-vous de la mauvaise voie comme l’éléphant embourbé se dégage du marécage.

328. Si vous trouvez pour vivre avec vous un compagnon prudent, intelligent et maître de soi, mettez-vous joyeusement en route avec lui pour surmonter tous les obstacles.

329. Si vous n’en trouvez pas qui soit intelligent et maître de soi, alors, choisissez de vivre seul comme un roi renonce à un pays conquis, comme un éléphant dans la forêt des éléphants.

330. Mieux vaut vivre seul que d’avoir un insensé pour compagnon. Mieux vaut vivre seul et ne pas faire de mal, se tenir à l’écart comme un éléphant dans la jungle.

331. Il est doux d’avoir des amis quand le besoin survient. Il est bon de se contenter de ce qu’on a. Il est bon d’avoir confiance en soi au moment de la mort. Il est bon de vivre et mourir sans regrets.

332. Il est bon d’honorer sa mère. Il est bon d’honorer son père. Il est bon d’honorer les solitaires qui s’exercent. Il est bon d’honorer les méritants.

333. Il est bon de mener une vie sobre et juste, jusqu’à la mort. Il est bon de cultiver une foi inébranlable. Il est bon de cultiver la sagesse. Il est bon de s’abstenir du mal.

XXIV – LA CONVOITISE

334. La convoitise de l’homme négligent croît à la vitesse d’une liane grimpante ! Elle saute de vie en vie comme un singe salivant des fruits de la forêt.

335-6. La souffrance de celui qui est dominé par la convoitise croît comme l’herbe du Birana après la pluie. La souffrance de celui qui se domine glisse sur lui comme une goutte d’eau sur la feuille du lotus.

337. Je vous le dis, pour votre bien, à vous tous qui êtes assemblés ici : extirpez cette soif comme on défriche et débroussaille. Ne laissez pas la mort vous submerger sans cesse comme un torrent qui noie les roseaux.

338. Comme un arbre blessé fait de nouveaux bourgeons parce qu’il a de profondes racines, de même, la souffrance croît de plus belle quand la convoitise n’est pas extirpée.

339. Incapable de résister au courant de l’avidité, l’homme mal guidé est emporté par la crue de sa gourmandise.

340. Partout déferlent les courants, et les lianes s’agrippent et prolifèrent. Quand vous les voyez monter, soyez assez avisés pour les couper à la racine.

341. En laissant leur esprit s’attarder dans la volupté, les humains deviennent la proie de la naissance et de la mort.

342. Les hommes dévorés par l’avidité courent comme des lièvres traqués ; saisis, ligotés, ils subissent d’immenses souffrances.

343. Les hommes dévorés par l’avidité courent comme des lièvres traqués ; renonce à tes désirs toi qui souhaite te libérer des passions qui te pourchassent.

344. Celui qui replonge dans la jungle des désirs dont il s’était libéré, regarde-le comme un homme libre qui retourne en esclavage.

345. Aux yeux d’un sage, les plus lourdes chaines ne sont pas faites de fer, de bois ou de chanvre ; elles sont faites de convoitise pour les bijoux et les vêtements, d’attachements aux femmes et aux enfants.

346. Un sage n’ignore pas qu’il y a des liens puissants, qui paralysent les hommes et sont difficiles à trancher. Mais sage est celui qui les coupe quand même, qui préfère à tout une vie sans attache et renonce à la vie de plaisir sans se retourner.

347. Celui qui s’entête dans ses désirs se piège comme une araignée dans sa toile. Sage est celui qui passe à travers et quitte le souci du monde sans se retourner.

348. Libère-toi du passé, de l’avenir et même du présent pour aller vers l’autre rive. Libère-toi de la domination du mental pour ne plus revenir et subir ce déclin.

349. L’homme agité par le doute et submergé par les passions, focalisé sur la convoitise se nourrit de plaisirs. Mais il se forge des chaines.

350-1. Celui qui diminue l’emprise des pensées, et ne réagit pas au déplaisir, à le pouvoir de briser les chaines de la mort : il a atteint le but, il est sans peur, sans convoitise, irréprochable ; il s’est débarrassé des épines de cette existence et vit sa dernière incarnation.

352. Délivré du désir et détaché de tout, celui qui a compris l’enseignement et le vrai sens des mots, vit sa dernière incarnation ; on peut bien l’appeler Grand Homme ou Grand Sage !

353. “Je comprends et je sais, rien ne m’encombre ni me m’attache, libre de désir, je suis allé au fond des choses. Puis-je encore prendre quelqu’un pour mon maître?”

354. Le don de la Loi surpasse tous les dons. Sa saveur surpasse toute saveur. Son délice surpasse tout délice. Celui qui en a fini avec ses désirs surmonte la souffrance.

355. Les richesses ruinent le fou qui ne sait pas voir au-delà. La soif de richesse tue l’insensé comme il tuerait ses ennemis.

356. Les mauvaises herbes envahissent les champs ; le désir envahit l’être humain. Mais le don de Loi du détachement est fertile et fécond.

357. Les mauvaises herbes envahissent les champs ; l’aversion envahit l’être humain. Mais le don de Loi qui en libère est fertile et fécond.

358. Les mauvaises herbes envahissent les champs ; l’ignorance envahit l’être humain. Mais le don de Loi qui en libère est fertile et fécond.

359. Les mauvaises herbes envahissent les champs ; l’avidité de l’ego envahit l’être humain. Mais le don de Loi qui en libère est fertile et fécond.

XXV - LE MENDIANT

360. Il est bon de contrôler son œil, il est bon de contrôler l’oreille; il est bon de contrôler son nez, et bon de contrôler sa langue.

361. Il est bon de contrôler ses actes, il est bon de contrôler ses paroles et son mental. Le contrôle est bon en toutes choses. Le mendiant qui se contrôle est libre de souffrance.

362. Celui qui contrôle sa main, son pied et sa langue, qui se contrôle totalement, qui se réjouit dans la méditation, au calme et à l’écart, on peut l’appeler : mendiant.

363. Le mendiant qui contrôle sa langue et mesure ses propos, vit humblement et interprète lumineusement la Loi ; il a des paroles douces comme le miel.

364. Le mendiant qui vit dans la Loi, s’en délecte, la médite et la connaît, ne peut pas s’en écarter.

365. Le mendiant ne doit pas négliger ses propres progrès, ni envier ceux des autres : la qualité de sa concentration en souffrirait.

366. De faibles progrès ne sont pas méprisables, la constance de l’effort apporte un grand succès.

367. Le mendiant est celui qui s’est libéré des conditionnements, de la notion du “c’est à moi” et qui ne regrette pas ce qui n’est pas.

368. Le mendiant vit dans la bonté, l’amour et la foi en l’enseignement de l’Eveillé ; il atteindra la paix de la libération et le bonheur suprême – qui ne dépend plus d’aucune condition.

369. Eh mendiant, jette du lest par-dessus bord ! Si tu es vide, si tu voyages léger, dans ton bateau sans désir et sans aversion, tu goûteras à la libération.

370. Dissous les cinq liens : ego, doute, croyances (en l’efficacité des vains rites et des cérémonies), convoitise, malveillance. Et en plus de ces cinq, renonce aussi : à ce monde, aux autres mondes, à l’orgueil, à la domination du mental, à l’ignorance. Cultive ces cinq-là : foi, énergie, concentration, attention-méditation, intelligence.

371. Méditez sans négligence, mendiants ! Ne laissez pas votre mental loucher sur les plaisirs des sens, n’avalez pas de fer chauffé au rouge ; les brûlures vous tireraient des cris de lamentation : « Ca fait mal ».

372. Pas de méditation sans sagesse. Pas de sagesse sans méditation. Sagesse et méditation nous rapprochent de la Libération.

373. Le mendiant sans attache, au cœur apaisé goûte une joie surhumaine dans la vision de la Loi.

374. La Libération (ou Grande Santé) consiste dans l’attention continue aux changements, dans l’attention continue à l’apparition et la disparition de toute chose conditionnée.

375. Voici le fondement pour un moine intelligent : maîtrise des sens, contentement, respect des règles de morale, choix de nobles amis qui cherchent sans relâche une vie plus pure.

376. Le mendiant est affable, hospitalier, courtois. Par là, sa joie met fin à la souffrance.

377. Comme la liane du jasmin laisse tomber ses fleurs fanées, ainsi le mendiant se dépouille totalement du désir et de l’aversion.

378. Modéré dans ses paroles et ses actes, calme et sans intérêt pour ce monde, le mendiant est vraiment paisible.

379. Mendiant : éveille-toi, examine-toi, garde-toi dans la vigilance et tu seras heureux.

380. Chacun est son propre protecteur, et son propre refuge. Contrôle-toi comme un marchand contrôle son noble coursier.

381. Plein de joie et de foi dans l’enseignement de l’Eveillé, le mendiant atteint la paix et se libère des conditions de l’existence.

382. Le jeune mendiant consacré à l’enseignement de l’Eveil illumine ce monde comme la lune qui sort des nuages.

XXVI - ETRE RELIE

383. Pour vivre relié, lutte et endigue le courant du désir et des plaisirs charnels. Si tu détruis tout attachement aux conditions de l’existence, tu seras libéré vivant.

384. C’est par la méditation et la vision intérieure qui tu te relieras à l’autre rive, que les entraves tomberont et que tu connaîtras le réel.

385. J’appelle Relié, celui pour lequel il n’existe plus de subjectif et d’objectif, qui n’oppose plus ceci à cela, qui vit dans l’unité sans crainte et sans entraves.

386. J’appelle Relié celui qui vit en méditation, libre de désir et d’attachement à cette existence, sans illusion, qui fait simplement son devoir : il a atteint le but final.

387. Le jour, le soleil brille, la nuit, c’est la lune. Le guerrier brille dans son armure, et le Relié brille en méditation. Jour et nuit, l’Eveillé rayonne sans fin.

388. L’homme qui rejette le mal est un être relié ; celui qui discipline sa conduite est un athlète spirituel : il se défait de tous les troubles.

389. On ne doit pas frapper un méditant, et de son côté il n’a pas à résister. Honte à celui qui frappe un méditant ; infamie au méditant qui riposterait.

390. Pour se relier, rien ne vaut la maîtrise du mental et de l’intérêt pour le monde. Quand on écarte toute intention erronée ou malveillante, la souffrance s’apaise.

391. Celui qui ne nuit ni en acte, ni en parole, ni en pensée, celui qui se consacre à cette triple innocence est un être relié.

392. Rendons hommage à celui qui enseigne la Loi de l’Eveil, comme le maître des cérémonies révère un feu sacré.

393. Ni la tonsure, ni la catégorie sociale, ni le hasard de la naissance ne font un être relié. Mais c’est de vivre droitement, de vivre en vérité, de vivre léger.

394. Qu’importe la coiffure, insensé ! Qu’importe ton habit ! Si tu abrites une jungle de passions, tu joues avec les apparences.

395. L’homme vêtu de haillons ramassés dans les ordures, maigre, aux veines apparentes, qui médite seul dans la forêt, est un être qui vit pour se relier.

396. Le méditant n’est pas relié parce qu’il est né de parents méditants, encore moins parce qu’il est riche et arrogant. Pour se relier, il ne possède rien et ne s’attache à rien.

397. Le Relié s’est délié de tout lien et défait toute peur ; il a traversé les épreuves et les a dépassées.

398. Est un être relié celui qui s’est délié de la courroie de l’aversion, de la sangle de l’attachement, de la corde du doute, du joug de l’ignorance. Relié, éveillé.

399. Est un être relié celui qui, sans le moindre ressentiment, supporte le reproche, le fouet et les chaines, qui s’arme seulement de patience.

400. Est un être relié celui qui, sans colère, est fidèle à sa foi, vertueux, sans désir, maîtrisé – et sait qu’il ne reviendra plus.

401. Relié est celui qui laisse glisser sur lui les plaisirs comme des gouttes d’eau sur une feuille de lotus, ou des graines de moutarde sur la pointe d’une aiguille.

402. Est relié celui qui dissout les souffrances, délie son fardeau et vit sans attachement.

403. Relié est celui dont l’intelligence discerne la bonne et la mauvaise voies : il atteint le but ultime. Il est réalisé.

404. Relié est celui qui ne recherche plus la compagnie des laïcs, des moines ou d’une famille : il a peu de besoins.

405. Est relié celui qui ne nuit plus à quiconque, qui ne commet ni ne fait commettre de meurtre (animal ou humain).

406. L’être relié est amical parmi les violents, calme parmi les agités, désintéressé parmi les gourmands.

407. L’être relié a laissé tomber toute convoitise, haine, orgueil, dénigrement, comme une graine de moutarde tombe de la pointe d’une aiguille.

408. L’être relié aime les paroles douces, édifiantes, vraies et non-violentes.

409. Est relié celui qui ne prend rien en ce monde qui ne lui ait été donné, que ce soit peu ou beaucoup, agréable ou pas, bon ou mauvais.

410. Est relié celui qui n’a plus de désir pour ce monde ou son prochain, plus d’attache. Relié : dénué de lien.

411. L’être relié n’a plus de désir, de doutes, il sait parfaitement et baigne dans une paix profonde.

412. Relié est celui qui a délié les liens du bien et du mal et vidé tout tourment et toute confusion.

413. L’être relié vit sans désir pour le monde, léger, clair et serein comme la lune.

414. L’être relié est sorti de ce sentier bourbeux et épineux, de cette errance et de l’illusion, il est sur l’autre rive, en méditation, sans désir ni doute, détaché de tout, profondément tranquille.

415. Pour vivre relié il a abandonné tout désir sensuel et renoncé au monde, sans but et sans foyer.

416. L’être relié n’a plus désir ni but, il a tari à sa source toute soif d’exister.

417. L’être relié a délié ses liens dans ce monde et les autres, il a délié tout lien.

418. Pour se relier il écarte plaisir et déplaisir, impassible, sans attachement ni entrave : il a conquis la pluralité des mondes !

419. L’être relié connaît parfaitement la vie et la mort, et détaché de tout, en éveil, il est heureux.

420. Le destin d’un être relié n’est contraint ni par les divinités, les demi-dieux ou les mortels ; l’être relié est un méritant sans désir et sans confusion.

421. Pour se relier, il ne possède rien en ce monde, ni passé, ni présent, ni futur ; même plus son désir.

422. Noble, Héros, Sage, Victorieux, Impassible, Pur, Eveillé sont des noms de l’être relié.

423. L’être relié connaît ses vies antérieures, il voit les cieux et les enfers, et touche au terme des naissances. Il est parfaitement clairvoyant, accompli.


Comments