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Démisogyniser la Bible 1

Démisogyniser la Bible (Première partie)

 

I. La Genèse

 

A l’encontre des interprétations qui ont eu pour fonction de fonder sur la Bible une certaine domination masculine sur la femme (répudiation sans contrepartie - Dt 24, 1 - ou pas d’héritage pour la veuve - Nb 27, 8) et qui nous ont ainsi privé du pouvoir régulateur et pacificateur de la féminité dans les relations humaines, il serait judicieux de relire les textes et de prêter attention aux éléments de réflexion suivants :

1. D’abord il faut noter que l’humanité est simultanément créée « mâle et femelle » et que c’est dans cette double orientation qu’elle est « à l’image et à la ressemblance de Dieu », Gn 1, 27. D’ailleurs Eve (ayyah) en hébreu désigne le souffle de vie sans lequel l’adamah ( la "terre" d'où vient le nom dAdam, l’homme) n’est que glaise inerte.

2. La femme n’est pas créée pour les nécessités de la reproduction mais pour donner tout son sens à la vie humaine. Sans la femme, l’homme est seul (Gn 2, 18), entendez : inaccompli dans son être, manquant d'être. Ainsi donc la femme est le « vis-à-vis » de l’homme (kénégedo) et son « aide » (ezer) : elle rend la vie viable, complète ou plus accomplie. Elle est donc l'un de ses deux « côtés »  - et pas simplement sa « côte » comme on l’a beaucoup dit/écrit afin sans doute de minimiser son importance.

3. Notons que si la femme semble venir après l’homme et pour lui, cela n’implique aucune subordination ontologique ou pratique, puisqu’au contraire cet "être pour l’autre" n’est pas sans rappeler l’être même de Dieu qui s’efface ou se rétracte (kénose) pour laisser place à la Création. Comme Dieu, la femme est placée sous le signe du don : elle donne l'être, elle fait être. On peut en déduire qu'elle n'a pas d'essence ou d'identité propre, mais il faut aussi remarquer que c'est le cas de l'homme, car si l'homme avait une identité propre suffisamment consistante, le thème de la solitude d'Adam ne serait pas apparu dans le texte. L'homme est lui aussi un être pour l'autre, mais le texte essaie peut-être de nous dire qu'il en est sans doute moins conscient.

4. L’épisode de la Faute et du Serpent peut être aisément retourné, contre toute interprétation misogyne : notons que c’est par la femme (et non par l’homme) que le Serpent donnera à l’humanité l’accès à la connaissance, et que c’est sans doute ce qui sauvera l’humanité de sa solitude ennuyeuse. Le mythe – comme tous les mythes – est polysémique, ambivalent. En outre l’arbre de la connaissance du Tov ve Ra parle de l’Accompli et de l’Inaccompli (et non pas seulement du Bien et du Mal), ce qui signifie que l’Humanité, en mangeant son fruit, est surtout sortie d’un état d’Inaccomplissement figé pour aller vers son accomplissement, tout en reconnaissant que ce chemin sera douloureux, qu’il y aura un prix à payer.

5. Eve est une figure maternelle et même si l’on prend le texte sous l’angle moral (responsabilité de la faute) le texte souligne l’importance prépondérante de la femme dans la transmission de la vie et de l’hérédité. La responsabilité d’Eve est le revers de cette prépondérance/préséance.

6. Remarquons que malgré les conséquences apparemment tragique de la Chute, l’histoire racontée dans la Genèse est foncièrement optimiste, porteuse d’une promesse de victoire sur le Serpent (Gn 3, 15). Sans cette sortie du Paradis, une telle victoire aurait-elle été possible ? Ap 12 confirmera cette promesse, à la suite d’Es 7,11 (qui parle d’un « signe grandiose »), puisque « le Grand Dragon, l’antique serpent » sera vaincu.

7. Il est à noter que, si faute d’Eve il y a, Adam ne songe jamais à lui en faire le reproche – mangeant plutôt avec elle du fruit de l’arbre. Dans toute leur histoire, les relations Adam-Eve sont profondément pacifiques, optimistes (sortie de la solitude) et surtout libres de tout rapport de domination – ce qui, à ma connaissance, n’a hélas jamais été souligné.

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