Spiritualité‎ > ‎

Attention et concentration

Définitions et problèmes

La méthode de méditation laïcisée que je pratique, (mais inspirée du bouddhisme Théravada et de la pratique orthodoxe de la prière du Coeur), appliquée aux gestuelles du Taijiquan, du Baguazhang ou simplement à la pratique de l'assise, repose sur la différence et la complémentarité entre attention et concentration. 

1. La concentration est la base de toute pratique

La concentration consiste à fixer l'esprit sur un point, un centre, de façon centripète, par exemple le flux et le reflux de la respiration que l'on peut compter (technique du compte des respirations, ou anapanasati chez les bouddhistes), ou bien la répétition d'un geste dont on examine les détails (Taijiquan, Baguazhang, Qigong). 
Cette pratique est au méditant ce que les gammes sont au musicien : un exercice de base qui va lui permettre de dompter le singe (l'agitation de l'ego) et trouver la paix, la détente, et de commencer à percer le voile des illusions (du mental) plus ou moins solidifiées en ego.

2. L'attention ouvre à la sagesse

L'attention au contraire, n'a pas de centre : elle est centrifuge. Elle est attention à tout ce qui surgit, à toute nouveauté qui s'introduit dans le champs de la perception, attention à tout et à rien. Elle regarde les choses et l'espace (le vide disent les bouddhistes) dans lequel elles baignent. Elle voit le caractère insubstantiel de tout, y compris de l'ego (ce que les théravadins appellent : anatta). Elle est attentive aux changements, car tout change (sens théravadin de anicca). La compréhension ou vision directe du changement est le coeur ou la définition même de la sagesse, sans attachement (à l'égard des sensations agréables qui pourraient se manifester pendant la pratique) ni aversion (contre les sensations, pensées ou émotions désagréables qui pourraient se manifester) - ce qui développe également l'équanimité. Il s'agit par là également de prendre conscience de l'insatisfaction (sens de dukkha), évidente dans les sensations désagréables, mais également liée aux sensations désagréables (car tout attachement est produit par l'ignorance inquiète de l'ego).

3. Attention et concentration sont deux pratiques indissociables

Sans la pratique préalable de la concentration, la pratique de l'attention est agitée. 
Sans la pratique de l'attention, le développement de la concentration est stupide, voire dangereux puisque les qualités développées peuvent être récupérées par l'ego à des fins intéressées (professionnelles, ou autres...). 
La pratique de la concentration donne à l'attention sa stabilité. 
La pratique de l'attention donne à la concentration sa lucidité pénétrante. 
D'où la vieille formule de Shenhui (un maître Chan du 8e siècle) que j'ai prise pour maxime : Ding hui bu er, litt. concentration/attention/ne pas/deux : attention et concentration ne sont pas deux pratiques séparées ou séparables. 
Du reste, la pratique correcte de la concentration conduit naturellement à un état d'attention ou tout devient présent (et plus simplement le souffle). De même que la pratique correcte de l'attention conduit aussi à un état de concentration si l'on entend par là, un état de paix stable (du moins relativement au temps de la session assise). 

4. Les pièges de l'ego transmutés en opportunité

Au fil des mois et des années, attention et concentration ramènent la perception à un état de simplicité mais l'ego n'en veut pas, préférant maintenir ses habitudes et introduit dans la pratique des distorsions nombreuses et rusées. 
Les risques les plus fréquents sont de faire de la concentration un exercice de performance (compte de séries plus longues et dont l'ego se glorifie) et dans la pratique de l'attention de chercher à atteindre un état, comme s'il y avait un but, ce qui tend à crisper et à solidifier le climat intérieur, maintenant l'esprit et l'environnement dans une situation de dualité. 
Pour l'étude approfondie de ces pièges, on se rapportera avec profit aux oeuvres de Chogyam Trungpa, particulièrement teintées de psychologie bouddhiste, ou, pour une perspective chrétienne (Orthodoxe), à la Thérapeutique des maladies spirituelles de Jean-Claude Larchet. (Voir Bibliographie).
Ces pièges ont le mérite de nous rappeler que le chemin ne peut se réduire à la mise en oeuvre mécanique d'une "technique" de méditation produisant des effets automatiques. 
Enfin de nombreux auteurs (alchimistes, vajrayanistes, etc.) ont souligné le fait que ces pièges ne sont tels que tant que l'esprit les voit comme des obstacles à écarter (ce qui crée alors du refoulement et accentue la névrose, transformant le pratiquant en champ de bataille). Mais ces pièges peuvent devenir de puissants moteurs du progrès spirituel pour qui sait, sans se faire ni le complice ni l'oppresseur de ses désirs, y voir des compagnons sur lesquels on exerce une espèce de vigilance bienveillante. Ni complaisance, ni réprimande; ni décharge, ni déni : telle est la voie médiane qui permet de transmuter les énergies indéracinables des désirs de l'ego qui cesse d'être un adversaire (la métaphore du combat spirituel devrait alors pouvoir être évitée), mais un pôle d'énergies confuses à transmuter en lumière.
Comments