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Vivant, matière et esprit

Un chapitre unique relie ces trois notions. Il faut un peu distinguer. Je propose de partir des trois pistes de définitions et de problématisation ci-dessous, référées essentiellement à Descartes et à celui qu'il critiquait férocement : Aristote.

1. Qu'est-ce que la vie? 
Aristote, dans sa Physique, donne une définition claire du vivant : "ce qui a en lui-même le principe de son mouvement". On dit alors que le principe du mouvement est immanent.
Le mouvement doit s'entendre en plusieurs sens : 
le mouvement local, c'est-à-dire le déplacement dans l'espace. Par exemple, un caillou ne peut être vivant parce qu'il ne se déplace de lui-même.
Le mouvement dans cette définition désigne l'accroissement quantitatif et le changement qualitatif. Un arbre est vivant parce qu'il croît, perd certaines qualités en hiver, reverdit au printemps, etc. et cela sans que personne n'intervienne pour le modifier. Alors que la pierre ne peut voir ses qualités modifiées que sous l'action d'un artisan, sculpteur qui la taille, la peint pour modifier sa couleur : bref, la pierre n'est pas vivant parce que les changements dont elle est susceptible lui viennent d'un agent extérieur
Pour comprendre la distinction du vivant et de l'inerte, il est essentiel de retenir cette opposition entre un principe immanent du mouvement et un agent extérieur.

2. L'esprit se définir de plusieurs façons : 
Chez Aristote, en un premier sens, il désigne justement ce principe de mouvement immanent des êtres vivants. Aristote l'appelle Psychè, qu'on peut aussi traduire par "âme". Les animaux, mais les végétaux aussi ont une âme, c'est-à-dire quelque chose qui en eux-mêmes, les met en mouvement.
Aristote distingue finement l'âme végétative, commune à tous les vivants (même animaux ou humains) parce qu'ils s'accroissent; et une âme loco-motive, spécifique aux animaux qui se déplacent pour aller chercher leur nourriture. 
Mais le mot esprit a un autre sens : il peut désigner l'intellect, ce par quoi nous pensons et raisonnons. On peut l'appeler avec Aristote, âme intellective ou raison
Pour l'essentiel de la tradition philosophique, rangée aux préjugés du spécisme, il est évident que cet esprit-intellect est le privilège de l'homme. Mais ce préjugé est fortement contesté par l'essor fulgurant d'une discipline révolutionnaire, l'Ethologie, science du comportement des animaux, née dans les années 1970, et qui démontre l'existence d'une intelligence animale spécifique - que les philosophes n'avaient pas jusque là été capables de comprendre parce qu'ils ne lui posaient pas les bonnes questions. Konrad Lorenz ou Franz de Wall sont ses plus éminents représentants. 

3. L'effort que les philosophes, surtout après Descartes et jusqu'au 19e, ont fait pour comprendre le vivant a consisté pour l'essentiel à le penser sur le modèle d'une machine - une machine juste un peu plus complexe que ce que l'homme peut fabriquer, parce que c'est un artisan beaucoup plus habile, la Nature ou Dieu, qui l'a engendré. Mais pour Descartes, la notion d'âme-esprit est confuse, et il propose de construire une science qui se dispense d'en parler. Depuis, les scientifiques ne parlent plus de l'âme - sous peine de passer pour de ridicules poètes, ou de pseudo-magiciens. 
Malgré le prestige de Descartes, le débat n'est pas clos : un être vivant n'est-il qu'une machine ou bien y a-t-il en lui quelque chose de plus que la matière qui le compose? Ce "quelque chose de plus", cet esprit ou âme (ce "je-ne sais-quoi" comme l'appelle Vladimir Jankélévitch), n'est-il qu'une illusion? 
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