Prépa Bac‎ > ‎

Technique

Définitions : 
Le terme "technique" vient du grec technè qui renvoie à l'ensemble des moyens disposés rationnellement en vue d'atteindre une fin. Les arts comprennent une partie technique mais ne s'y limitent pas : les artistes ont un petit plus, qu'on peut appeler inspiration ou génie et qui n'est pas d'ordre rationnel (n'est pas mobilisable à volonté). 
Sur cette base, on aura donc inévitablement à discuter de deux questions autour du sens de la technique : 1. des buts qu'elle se propose (une technique, mais pour faire quoi au juste?), et 2. de la cohérence rationnelle des moyens (adaptés ou pas) qu'elle met en oeuvre (est-ce que les moyens que nous déployons servent bien le but que nous sommes censés viser?). 

Ce qu'on appelle Technique avec un T, n'est autre que le modèle d'une civilisation (la nôtre) fondée sur le principe scientifique d'une organisation rationnelle. La double question des buts et des moyens s'y pose de manière urgence, car le paradoxe de la Technique est qu'elle produit une société ou une civilisation qui brille par son absurdité, irrationalité, sa violence - alors qu'évidemment elle avait été pensée par les Lumières et depuis Descartes notamment, pour nous apporter les bienfaits de la raison dans un monde pacifié : "Nous rendre comme maîtres et possesseur de la Nature" (Discours de la Méthode, 5e partie), c'est-à-dire dominer la Nature pour qu'elle satisfasse plus efficacement nos besoins. Mais vous noterez que trois siècles plus tard, Heidegger se rendra célèbre en expliquant que la Science, sur laquelle cette Technique s'appuie, "ne pense pas"! Le projet technique ou technologique, nonobstant ses prouesses spectaculaires (puisque des avions volent, des fusées vont dans l'espace, etc.), tient-il l'essentiel de sa promesse? Y a-t-il une absurdité de la Raison?
Nous avons souvent évoqué en cours Ivan illitch qui a démontré en sociologue l'absurdité de l'organisation technique des sociétés modernes (où la médecine tue, où les transports embouteillent, où l'éducation abêtit, sans parler du colonialisme justifié par la prétention d'apporter la science à des peuples "barbares", des guerres modernes d'autant plus meurtrières qu'elles déploient des armes scientifiques (chimiques ou autres), etc), d'une économie productiviste qui détruit les ressources en pensant les faire fructifier et qui affame au lieu de nourrir (voir les travaux des Nobel A. Sen et M. Rhanema). Le problème du Développement Durable posé à l'ONU par le rapport Brundtland en 1987 peut être considéré comme le point de départ d'une mise en question radicale de l'absurdité du projet Technique à l'échelle de la planète. 
Comments