Philosophie du Jeûne (4) : descente alimentaire

L’objectif de la préparation (ou descente alimentaire) est d’alléger - voire supprimer - la crise d’acidose de la première phase du jeûne, d’éviter une élimination trop brutale des toxines qui satureraient les émonctoires et freineraient donc la détoxination.

Dans les mois, les semaines ou les jours qui précèdent le jeûne

*** Supprimer absolument les grignotages entre les repas, afin de ménager tout de suite de vrais temps de repos digestifs. Au cas où ce serait trop difficile, ne craquer que sur des fruits ou légumes crus. 

*** SI vous avez l'habitude de prendre 4 repas/jour, passez à 3; si vous êtes à 3, passez, à 2; si vous êtes à deux, tentez de n'en faire plus qu'un. Vous introduisez ainsi une part de jeûne intermittent dans votre style de vie. Si vous faites cela, attendez-vous à manger davantage lors de vos repas, et ne cherchez pas strictement à réduire la prise calorique. 

***Mastiquer : La mastication induit la salivation indispensable à la digestion des sucres (fibres). Sans mastication, les sucres fermentent et compliquent la digestion, forment des mucosités qui vont alourdir le travail de détoxination (jusqu’au mal de tête avec fatigue intense, voire au vomissement…). C’est important même pour les fruits et légumes crus (que certaines personnes pour cette raison prétendre ne pas « digérer »). Mastiquer, c’est donc apprendre à boire les solides et mâcher les liquides. Cela implique aussi de prendre son temps, de ne pas se presser d’ingérer. Je conseille d’en profiter pour revenir à la méditation de l’instant présent par l’observation des saveurs subtiles qui s’en dégagent, car ce plaisir apporte une détente utile à celui qui est tendu vers un progrès spirituel, et l’aide à éviter tout excès de volontarisme, à trouver une plus grande tranquillité.

*** Ne pas boire à table (ou sinon le moins possible) pour éviter de diluer les sucs digestifs et freiner la digestion. Plus on s’élève vers des régimes crudi-végétariens, moins on a intérêt à boire : il faut éviter de noyer le feu digestif de la Rate et de l’Estomac, nécessaire à la captation du Qi des aliments.

*** Boire en dehors des repas : il arrive que la soif soit interprétée comme un désir de nourriture et que nous mangions par soif. Il peut-être aussi intéressant, notamment pour éviter le grignotage, de boire pour tromper sa faim.

*** Etre attentif aux émotions : les émotions toxiques, les émotions fortes, ou simplement l’ennui, peuvent induire une vraie sensation de fausse faim : à malin, malin et demi. En tous cas, il est utile d’en prendre conscience, de verbaliser (écrire, parler) et, sans déni, d’apprendre à passer sa chemin.

*** La clé majeure d’un régime de nourriture solide sans mucosité ou détoxinant consiste dans les fruits et les légumes verts crus, c'est-à-dire un régime augmentant la proportion d'aliments à faible densité calorique (les fruits ordinaires contenant environ 50 cal/100g de matière, contre 300cal/100g env. pour les oléagineux, etc). Ils constituent, avant tout jeûne, le meilleur régime détoxinant : toutefois, leur action peut s’avérer trop drastique, notamment sur des intestins enflammés, ou encrassés par trop de mucosités : en ce cas, on peut essayer de composer, entre légumes crus et cuits (la cuisson rend plus digeste les fibres solides ou dures des céleris, carottes, etc.). L’astuce consiste à adoucir l’action détoxinante des fruits et légumes grâce à la cuisson, ou un mélange de cru et de cuit, voire par tous les intermédiaires subtils de cuit-cru, de cuidités. Lorsqu’ils sont cuits, les fruits et légumes ont une action détoxinante plus douce.

ATTENTION de ne pas compenser par des quantités abondantes de nourriture crue : risque de noyer le feu digestif. 

ATTENTION de ne pas faire utiliser cette méthode comme régime restrictif : risque de passer de la restriction alimentaire à l'anorexie. 

*** On peut penser aussi aux jus frais à l’extracteur (juicer) pour extraire les fibres, selon la méthode de Norman Walker. Le juicer permet d’avoir un apport de nutriments important sans le frein des fibres. On les prend à jeûn : 60% des nutriments sont absorbés en temps record de 30 minutes (contre 15% seulement en 4 heures en moyenne dans un organisme non détoxiné!). Tester raisonnablement les cuidités ou les légumes en jus dans ce régime détoxinant peut s’avérer plus efficace que de jeûner – car lorsque le jeûne prend de plein fouet un corps trop intoxiqué, les effets traumatisants de la crise d’acidose peuvent créer un stress qui, hélas, dissuade plus ou moins consciemment de recommencer l’expérience - ce qui revient à se priver à long terme d’un formidable outil thérapeutique.

Mais attention : il arrive aussi que le contraire soit vrai et qu’il soit plus confortable de laisser le système digestif dans un repos complet que de lui demander de digérer des aliments dont la présentation (peut-être avec trop de fibres irritantes) peut engendrer un certain inconfort. En ce cas, la présence inspirante d’un praticien expérimenté aux côtés du jeûneur aidera incontestablement à traverser plus courageusement la phase difficile. C’est à cela que servent les « stages » de jeûne accompagnés.

Il est important de tester les effets de la cuisson et de la « cuisson-crue » pour ajuster sa stratégie à son potentiel et à sa motivation. Se défier de tout dogmatisme du cru.

Insistons : si l’estomac est fragile (régurgitations…) : privilégiez les légumes (qu’on mange facilement cuits) pour avoir un effet « balai » intestinal plus doux et éviter une détoxination trop brutale.

Mais si l’estomac le supporte, privilégiez les fruits (qu’on mange plus généralement crus) qui sont plus détoxinants, spécialement les fruits acides (kiwis, ananas, agrumes, grenade, groseille, poivron, tomate…) ou semi-acides (pommes, poires, abricots, mûres, framboises, myrtilles, cerises, prunes, pêches, fraises, goyave, raisin, mangue, litchi…).

Limiter les mélanges, tant que votre gourmandise vous laisse le faire : moins on combine, plus la digestion est facile, mieux on transforme. Exemple : 3 légumes avec l’un d’eux qui prédomine (idéalement feuilles vertes). Des mémoires gourmandes peuvent nous pousser à des combinaisons indigestes : on ne peut les déprogrammer sans commencer par les identifier.

*** Eviter les mauvaises combinaisons alimentaires : tout ne se mélange pas avec bonheur, et il y a des différences d’un individu à l’autre : rien ne vous dispensera d’expérimenter lucidement, mais vous retrouverez probablement par expérience un certain nombre de bonnes associations et d’incompatibilités connues. Par exemple : dans le régime crudivore, en général, les céleris/laitues et toutes feuilles vertes/carottes/betteraves se mélangent mieux avec les fruits que les autres légumes.

Noter bien la différence entre « éviter » et « supprimer absolument ». J’emploie le terme « éviter » pour des conseils qui impliquent une marge de tolérance que j’ai pu observer sur moi-même ou sur des patients.

Il convient surtout d’éviter les combinaisons de glucides et lipides (ex : avocat/pomme, céréales/huiles et noix… Les glucides se digèrent en milieu basique (la première liqueur digestive basique étant la salive), tandis que les protéines se digèrent en milieu acide (c’est notamment le très fameux acide chlorhydrique qui digère les chaires animales).

Eviter les mélanges d’huiles diverses ou même les fruits gras entre eux : avocats, noix et huiles.

Eviter de mélanger les céréales et légumes amidonnés avec des lipides (Exemple : pommes de terre + avocat, oléagineux, huiles).

Attention aux combinaisons de fruits gras avec tous les autres fruits semi-acides ou doux.

Attention aux combinaisons de fruits doux avec les fruits acides (exemple : bananes/agrumes).

Si vous venez d’un régime omnivore et que vous passez à un régime fruitarien, ces précautions peuvent sembler inutiles : car vous ressentirez tellement les bienfaits d’un allègement du régime alimentaire en protéines animales, que les mauvaises combinaisons de fruits, quoique réelles, passeront le plus souvent inaperçues. Mais plus tard, la sensibilité du corps augmentant, et tant que vous aurez encore besoin de nourriture solide, une attention croissante aux mauvaises combinaisons alimentaires s’imposera progressivement.

Toutefois, quand vous évoluerez vers un régime plus riche en nourriture subtile, avec des quantités de nourritures solides réduites, ou si ne vous ne stagnez pas trop longtemps à un certain niveau (si vous savez éviter des erreurs répétées et une alimentation trop peu variée) ces questions d’incompatibilités seront relativement secondaires. N’oubliez pas qu’il n’y a pas de régime alimentaire idéal, qu’une philosophie du jeûne n’est pas une théorie mais seulement un outil de questionnement pour écouter l’expérience et la sagesse du corps.

Les présents conseils ne sont donc pas destinés à vous prescrire les dogmes culinaires d’une diététique universelle, tels qu’en produisent les généralisations scientifiques : aussi en cas de doute, il est utile de se relier à un praticien ou un groupe d’expérimentateurs capables de stimuler le questionnement et d’affiner l’auto-observation.

Prenons comme exemple le problème de la vitamine B12 : Faut-il s’en complémenter ? Soyons clair : je ne sais pas. Je veux dire que nous savons que le colon en produit et que nous devrions donc en avoir assez, mais que d’un autre côté, nous pensons aussi savoir (à ce jour) qu’elles sont digérées dans l’intestin grêle, que les pesticides contenus dans l’alimentation détruisent les bactéries qui les produisent, que beaucoup de végétariens et de carnivores sont également carencés malgré des apports exogènes importants. Comment l’expliquer ? Il n’y a pas de d’explication scientifique à cette observation faite maintes fois.

Mais face aux conclusions contradictoires sur ce sujet, je me demande si nous n’aurions pas en nous-mêmes tout ce qu’il faut pour produire et utiliser activement cette vitamine ? Et si c’était l’épuisement de notre colon par les pesticides de l’alimentation industrielle qui détruisaient ou réduisaient leur production, comme certains chercheurs en ont fait l’hypothèse – épuisement que nous pourrions corriger en détoxinant, c’est-à-dire en supprimant les aliments industriels, et a fortiori en jeûnant ? 

Comments