Philosophie du Jeûne (2)

II. Définition du jeûne et problèmes qui s'ensuivent...

Au fil d’une expérience et de questionnements sur le jeûne, j’en suis venu progressivement à proposer une définition : le Jeûne est l’abstention volontaire de certaines catégories d’aliments ou de toute nourriture, solide ou liquide, pour une durée déterminée ou indéterminée. On peut ou non rajouter : à l’exception de l’eau, car il existe aussi des jeûnes secs. C’est me semble-t-il, la définition la plus exhaustive du jeûne.

Mais tous ces termes se discutent et les précisions apportées vont nous permettre de comprendre toutes les formes de jeûnes pratiquées jusqu’ici par l’humanité. Ces précisions circonscrivent d’autres définitions, plus restrictives, utiles pour nourrir la réflexion, afin que chacun puisse faire évoluer la conception qu’il s’en fait et les raisons de le pratiquer. Tout jeûneur s’interroge sur ce qu’il fait exactement quand il s’arrête de manger : et dans cette épreuve physique spécialement fatigante lors des premiers essais, qui remue parfois aussi beaucoup d’émotions, la coopération du mental est indispensable ; nous avons tous besoin d’être libres et de comprendre aussi clairement que possible pourquoi nous choisissons cette épreuve.

On parle communément de jeûne pour une simple privation d’une catégorie d’aliments. Par exemple, lors du Carême chrétien, on parle en général de jeûne parce qu’on s’abstient de viandes et d’œufs. Le Jeûne commence par l’abstention volontaire, mais pas forcément de toute nourriture. Certains aliments, dits maigres, peuvent être autorisés. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’est pas rare que les gens nous demandent ce qu’on mange lorsque nous jeûnons ; cette demande, qui fait rire les jeûneurs avisés, n’est pas tout à fait absurde, elle a ses raisons : elle renvoie aux formes élémentaires du jeûne.

Chez les hygiénistes, et chez Shelton en particulier, le jeûne désigne « une abstention volontaire de toute nourriture solide ou liquide (à l’exception de l’eau) pour une durée déterminée ». Shelton n’évoque pas le phénomène de la nourriture pranique, c’est-à-dire d’une forme de jeûne définitif ou prolongé hors normes (de plusieurs mois, années ou décennies), malgré les cas déjà avérés ou en tous cas réputés du XIXe ou du XXe siècle (Theresa Neumann, Maria Furtner, etc.).

Aussi Shelton insiste-t-il sur les limites temporelles du jeûne. Il souligne le fait que cette abstention a lieu « pour une durée déterminée » au-delà de laquelle le jeûneur court le risque mortel de l’inanition. Il insiste sur le fait que, selon son expérience, le jeûne n’est pas une manière ordinaire de vivre et qu’il doit être borné selon le temps et les limites psychologiques et physiologiques de chacun.

Je rends hommage à l’expérience d’un homme qui a conduit plus de 2500 jeûnes. Mon expérience est incomparablement plus réduite mais je sais pourtant par expérience que l’on peut faire du jeûne un mode de vie ordinaire. On peut par exemple jeûner tous les jours à condition de ne prendre qu’un seul repas (pour moins d’un kg de nourriture solide, végétale de préférence, même si elle est seulement crudivore et donc sans aucune céréales), comme y invite en Chine le régime taoïste des candidats à l’immortalité dans le 摄生月令She Shen Yue Ling (l’un des livres du 道藏Canon Taoïste) ou comme en Méditerranée Yeshoua le recommande dans l’Evangile Essénien de la Paix et comme je le fais moi-même avec poids stabilisé, un gain de force physique et de sérénité accrues, comme le fait Bernard Clavière (ses témoignages vidéos sur le Net) depuis plus de 40 ans et comme l’on fait tant de philosophes avant nous : Epictète en parle dans ses Entretiens, le régime de pain et de sel occasionnel de Plotin nous est connu par Porphyre, tout semblable à celui des Pères du Désert. Contrairement à ce que pensait Shelton, l’expérience est donc, sous ces conditions, pérennisable. Moyennant cet accommodement, on peut en faire un mode de vie ordinaire : c’est le jeûne intermittent perpétuel qui suppose quotidiennement un minimum de 15h et en général une durée de 20h environ entre deux repas, soit un repas/jour, dont la prise concentrée ou fragmentée peut s’étaler tranquillement sur 1, 2 ou 3h. La digestion est relativement rapide – moins d’une heure si vous ne remplissez pas à bloc, si vous ne faites pas trop de mélanges, si vous évitez les céréales, si vous ne buvez (presque) pas pendant le repas, etc.

Si ce régime contient encore des céréales, c’est une chose. On expérimentera qu’il évolue et fait évoluer quand on supprime les céréales à gluten (essentiellement blé/avoine/seigle/orge). Puis, un nouveau palier se franchit quand on réduit ou supprime les huiles ou des oléagineux ou fruits à coque. Et enfin, quand on supprime les fibres grâce à l’extracteur pour ne plus se nourrir que de jus, la pratique est alors très avancée (parce qu’elle suppose de pouvoir y arriver sans dysfonction psychologique, sans carence majeure ni perte de poids indéfinie). Alors on peut/pourrait, sous les mêmes conditions, passer à un mode d’alimentation encore plus « subtil », c’est-à-dire l’alimentation pranique/énergétique/pneumatique, quel que soit le nom qu’on lui donne, pour une durée indéterminée (au-delà de 4 mois – durée d’un jeûne ordinaire – à plusieurs années) ?

Selon le Pr Ehret, d’après les témoignages actuels validés par des rapports scientifiques sur Hira Ratan Manek, Pralhad Jani ou Michael Werner, etc. et selon les témoignages de certaines autorités religieuses, il arrive que des individus cessent définitivement de manger. Ils cessent de manger (les aliments conventionnels solides) non de se nourrir (mais d’énergies subtiles). Les siècles passés se souviennent encore de Marthe Robin, Padre Pio, et de bien d’autres… Il serait donc plus raisonnable de reconnaître que nous ne savons toujours pas, scientifiquement parlant, à quelles conditions précises et jusqu’où il est possible de s’abstenir de nourriture solide ou liquide sans basculer dans la phase fatale de l’inanition.

Au vu des échecs nombreux relatés par les anciens expérienceurs des stages praniques, il est tout aussi clair que les « guides » ne savent pas rationnellement non plus comment le miracle de la nourriture lumière opère cette conversion. Ils vendent une méthode, mais ils n’en ont guère d’autre que… d’encourager ceux qui veulent les imiter. Car l’expérience montre que, de méthode, il n’y en a guère : certains sont devenus praniques spontanément ; d’autres n’ont connu que des échecs malgré leur insistance, prenant des risques pour leur santé ; certains mettent des mois à se remettre du « processus de 21 jours » (même quand il n’est fait qu’en 12 ou 8 jours), conduit dans la grande majorité des cas sans véritable préparation ni accompagnement en aval.

Je n’expose pas ces faits pour discréditer la possibilité effective du pranivorisme chez certaines personnes, mais pour inciter à la plus grande prudence, concernant la définition rigoureuse qu’on voudrait donner du jeûne et les expériences fatales auxquelles elle pourrait conduire un public manifestement moins intéressé par la sagesse (dont la diététique n’est qu’un moyen parmi d’autres) que par les performances spirituelles apparentées à des pouvoirs magiques qui donnent un semblant de sens à des vies plus ou moins désorientées.

S’il est bien compris et pratiqué dans les conditions optimales, le jeûne, quel qu’en soit la durée, est un outil spirituel très puissant (au sens strict : il accroît véritablement notre force d’exister). Il est largement connu que d’innombrables traditions religieuses ou spirituelles ont proposé des exercices de jeûne. Je ne parlerai pas ici de la religion comme phénomène social ou identitaire (le fait d’être affilié à une communauté religieuse) mais, pour rester connecté à l’une des étymologies du terme religion, je vise surtout l’expérience du sacré, c’est-à-dire l’expérience personnelle par laquelle un individu se relie à une Source – ce qui se traduit par un état de conscience élargi, plein de beauté et de terreur (ce que Otto a longuement analysé et qualifié de Numineux). En effet, religare vient d’un terme latin qui désigne la relation ou la liaison. Le jeûne fait partie des techniques qui permettent d’atteindre des états élargis de conscience, états de liberté intérieure qui ouvrent à ce qui en nous est plus grand que nous. Les religions instituées, dans leur souci de rassembler des adeptes et de les accompagner collectivement dans leur ascèse sans les soumettre à une discipline trop rude, proposent des stratégies d’initiation au jeûne, variables en leur sein même en fonction des contre-influences sociales, culturelles, historiques, géographiques, politiques, etc. Le Carême, Ramadan, etc. sont des formes accommodées de jeûne, avec de moindres restrictions en quantité ou en durée. Par exemple, pour le Carême, seuls certains aliments sont interdits, mais on continue de s’alimenter, ou bien comme c’était le cas au VIIe siècle, on permettait un repas par jour qu’on prenait en général le soir. Pour le Ramadan, tous les aliments sont interdits, y compris l’eau, mais sur la durée restreinte de la veille diurne. Toutefois le jeûne du Soufi qui ne mange que quelques dates au cœur de la nuit, et le traditionnel jeûne surérogatoire (que je qualifierai de jeûne de vertu) n’a rien à voir avec celui du pratiquant « culturel » qui vit dans l’abondance et sous l’influence de la société de consommation, dont les repas nocturnes, au cours du mois de Ramadan, s’assimilent parfois à de pathétiques orgies. Il y a donc Ramadan et Ramadan, jeûne et jeûne : il convient de distinguer entre les jeûnes de convention qu’on accomplit par conformisme (pour marquer son appartenance à un groupe social) et ceux qu’on accomplit par souci spirituel (afin de se libérer du conditionnement des besoins vitaux).

Les jeûnes « religieux » ont toujours un double sens : ils relient les pratiquants d’un même culte entre eux (il y a une fonction sociale de la religion, comme E. Durkheim l’a expliqué). Mais il tente également de les relier ou les faire communier à une Source (fonction ascétique), quel que soit le nom qu’on Lui donne dans les différents horizons culturels : « champ unifié quantique » (Max Planck), « champ akashique » (le « champ A » d’Ervin Laszlo) ou bien, loin des traditions monothéistes occidentales, ce que les taoïstes chinois appellent le Réel, le flux de la vie, la Dao, la Voie, etc. - liste non exhaustive de termes, presqu’infinie on l’aura compris, qui ont en commun de renvoyer, par-delà l’éclatement apparent de la réalité matérielle en une multitude d’objets, à un fonds unifié ou indifférencié du Réel, un océan d’énergie primordiale... Le Jeûne est à la fois un art de se nourrir et de se relier : de se relier pour se nourrir, en se laissant nourrir par la Source.

J’insiste particulièrement sur cette dimension, libre de toute affiliation à quelque institution ou association religieuse que ce soit (pas même bouddhiste !), pour souligner qu’une fois relié à la totalité du réel, le jeûneur jouit d’un sentiment d’intégration ou de complétude, comblé au moins pendant la durée du jeûne par une intuition de l’Infini - intuition qui peut constituer une définition de la vie raisonnable telle que les stoïciens l’ont comprise, une vie conforme à la Nature (homologouménôs té phusei), une expérience vécue du bonheur. Et cette expérience du jeûne n’est-elle pas aussi l’occasion de reprendre la formule spinoziste bien connue : « Nous expérimentons que nous sommes éternels », et même si Spinoza fut le rationaliste que nous savons (et si anti-stoïcien sur la question de l’ascèse), il est aussi celui qui écrit que « nous ne savons pas ce que peut un corps », celui qui pense qu’un certain usage du corps, qui n’est pas contradictoire avec celui de la droite raison, peut nous conduire à cette intégration de l’Infini ou de l’Eternité, du Principe Inconditionné, de l’Indifférencié, c’est-à-dire à une expérience de la transgression des limites conventionnelles de notre individuation, qui est pour lui une expérience de la liberté – expérience dans laquelle culmine le Livre V de l’Ethique.

Il y a en nous un désir d’infini qu’aucun objet fini, qu’aucun aliment solide n’a pu rassasier -  un désir que l’Infini seul peut combler. L’expérience du jeûne n’est pas privation, elle apporte satisfaction et donne tout son sens à cette fausse platitude de Laozi : « Celui qui sait se contenter est toujours content » (Ch.XIII). Cette expérience, même quand elle n’a été qu’occasionnelle ou éphémère, donne des repères essentiels sous forme de souvenirs inoubliables, et peut réorienter une vie. Jeûner, c’est choisir de communier au lieu de consommer. La vie change de goût et de sens. Elle guérit de la souffrance d’exister - raison pour laquelle le jeûne m’est apparu comme une voie thérapeutique au sens où le philosophe Philon d’Alexandrie en parlait, c’est-à-dire au double sens étymologique du terme : au sens médical, une voie de santé (pour le corps, l’intellect et l’âme), et au sens spirituel, une voie de Salut pour l’être tout entier. Ne pas y consacrer tous les jours un peu de son temps, c’est prendre le risque d’avoir un jour à en consacrer beaucoup à sa maladie !

Thérapeuein en grec ne signifie pas seulement « célébrer » (le divin), mais signifie bien également « prendre soin de ». Malgré les oppositions d’une science officielle strictement organisée en institution (Ministère de la Santé, Ordre des Médecins …), la possibilité et la fascination d’une voie de libération à portée d’une expérience individuelle et directe, reste vive – et pas seulement chez les lecteurs d’I. Illitch. Les nouveaux outils de communication (Internet en particulier) lui ont donné des moyens inattendus, aux risques et périls de tous, pour la science officielle comme pour les particuliers.

Ce jeûne thérapeutique ne doit pas être confondu avec le « jeûne médical » tel qu’on a pu le pratiquer dans la tradition hippocratique ou tel que certains médecins actuels, un peu en marge des pratiques officielles, le recommandent. Le jeûne médical a bien des racines historiques, mais souffre aujourd’hui du dénigrement de l’institution. Il n’a plus la dignité d’une méthode de traitement dans les cursus de formation des universités de médecine : jadis pratiqué par Hippocrate qui considérait que la nourriture était notre « premier médicament», ses successeurs modernes ne l’enseignent plus et la nourriture des hôpitaux est même l’une des pires qu’on puisse ingérer (javalisée, carnée, lactée, industrielle, chimiquée…). Même dans l’univers de la Médecine chinoise dite abusivement « traditionnelle » (qui est en fait la construction moderne, post-maoïste d’une « tradition réinventée » – voir les cours d’Anne Cheng au Collège de France), le jeûne a mauvaise presse et n’est pas employé. Motif ? Il engendrerait un « vide de Rate », comme l’enseigne dogmatiquement Philippe Sionneau dans sa Diététique Chinoise, conformément toutefois aux programmes officiels de l’Etat Chinois - mais manifestement sans esprit critique ni expérimentation personnelle ! Ces deux constats sont l’occasion de nous rappeler que les traditions ou la connaissance scientifique, qu’elles soient d’Orient ou d’Occident, produisent aussi de l’ignorance (il est utile de savoir, pour éviter de me taxer de « paranoïaque », qu’il existe une science, étudiée dans les universités, portant sur la façon dont la science produit de l’ignorance : l’agnotologie). Les traditions, même scientifiques, ont leurs angles morts, procédant d’une volonté d’aveuglement féroce – comparable à l’attitude de l’Inquisition qui ne voulait même pas regarder dans les lunettes astronomiques de Galilée pour vérifier ce qu’ils avaient donc littéralement à portée de vue. Ici, l’expérience ne vaut plus grand-chose : pour le dogmatisme - et il a la vie dure ! - seule compte l’acceptation des principes et ce qu’on peut déduire de leur fidèle respect. Ainsi pour la nouvelle tradition médicale chinoise comme pour la tricentenaire science occidentale, le jeûne est-il devenu un repoussoir. A ceux qui voient dans une pareille approche du jeûne qu’ils croient caractéristiques des superstitions du moyen-âge, et dans cette critique une garantie de leur modernité, je demande s’il ne faut pas y voir l’une des caractéristiques de la superstition moderne : prendre pour vrai, au mépris de l’expérience, ce qui est estampillé par une institution qu’elle soit moderne-scientifique ou traditionnelle, n’est-ce pas tout simplement abdiquer sa raison ?

A la science moderne qui s’évertue à nier les bienfaits du jeûne en plein 21e siècle, on ne peut rien répondre qu’en forme de boutade : « Merde à la science ! », pour citer joyeusement M. Schutzenberger, qu’on ne peut suspecter d’être un religieux conservateur ! Mais le mieux est encore de raconter la blague du mari cocu. Car les raisonnements ne convaincront de toutes façons que les gens raisonnables…

Un mari cocu voulait savoir si sa femme le trompait. Il missionna un détective qui lui téléphona lorsqu’en effet, il vit sa femme entrer dans la voiture d’un inconnu. « Nous sommes sur une piste », pensa le mari. « Il s’arrêtent à l’hôtel du coin de la rue », dit le détective. Le mari pensait tenir le début d’une hypothèse. « Je vois s’allumer la lumière d’une chambre où je reconnais leur silhouette », continua le détective. « Il y a là un début de preuve », pensait le mari. « Je les vois à travers la fenêtre s’approcher l’un de l’autre », lui dit-il enfin. « On s’approche donc d’une forte probabilité », répondit le mari. Mais soudain, la lumière s’éteignit et le détective dit qu’il ne voyait plus rien. « Alors nous resterons avec ce doute : quel dommage que nous ne puissions pas savoir ! », regretta le mari. Alors selon vous : cocu ?

Après ces considérations sur la valeur du jeûne – considérations qu’on peut faire entrer dans notre réflexion sur sa définition, il nous reste à réenvisager encore un élément de définition sur les limites exactes de cette définition : dans quelle mesure le pranivorisme (ou nourriture pranique, ou Inédie) est-il une forme de jeûne ?

 En effet « Jeûne pranique » est une expression que la plupart des pranivores récusent régulièrement (Henri Montfort par exemple) au motif que dans le jeûne le corps cesse d’être nourri, tandis qu’il l’est toujours lorsqu’il passe en mode pranique. Pour appuyer leur thèse, disons qu’au cours du jeûne, le corps se nourrit sur ses propres réserves, en recyclant les tissus, en raison inverse de leur utilité physiologique, pour en tirer l’énergie dont il a besoin, et libère des corps cétoniques (mesurables dans les urines). Dans le jeûne classiquement défini, la nourriture est strictement endogène et comme elle est limitée, le jeûne doit être limité dans le temps, sinon, il y a risque fatal d’inanition par la protéolyse des organes vitaux (dont le cœur)- ce qui conduit à la mort (Shelton). Mais le pranisme ou pranivorisme considère que lorsqu’il cesse de manger une nourriture solide exogène, le corps peut continuer de se nourrir, c’est-à-dire de recevoir de l’extérieur une nourriture qui le sustente : seulement ce n’est plus une nourriture solide ou liquide, physique ou matérielle, de forme conventionnelle et la production de corps cétoniques s’interrompt. Question : S’agit-il d’une nourriture immatérielle ? Ou simplement d’une nourriture invisible à l’œil et qui ne semble irrationnelle que parce qu’elle est jusqu’ici passée inaperçue de la science classique - comme tente de l’expliquer, en pionnier, M. Keshe ?

Le corps se nourrirait donc encore lors du jeûne, mais essentiellement sur ses propres réserves de nutriments ; tandis qu’après avoir activé la mémoire de sa propre puissance de « vivre de lumière », il pourrait se nourrir directement à la Source, ou pour parler par exemple comme Keshe, retrouver le moyen de produire lui-même l’énergie dont il a besoin à partir de l’eau et de l’azote contenus dans l’air. Ce sont là, à ce jour, des hypothèses explicatives et je dois faire remarquer pour les uns qu’à ce jour, en 2016, Keshe n’est pas pranique, et pour les autres que, malgré son CV scientifique, il fait l’objet de controverses de la part de la communauté scientifique – ce qui, soit dit en passant, n’est pas nécessairement à prendre comme objection (chacun en jugera). Le jeûne ordinaire se traduit par une perte de poids dégressive, avec des paliers de stabilisation du poids certes (ce que toutefois trop de praniques ignorent ou semblent ignorer), mais continue, comme les spécialistes l’observent unanimement ; tandis qu’en mode pranique, le corps se nourrit continûment d’énergies extérieures (solaire, émotionnelle, ou produit de la transformation des matières atmosphériques…) – il stabilise durablement sa masse corporelle, avec une marge de variation (en général, plus ou moins 2 kilos) ; le pranique peut être mince, ou pas (voyez sur YT, la nonne bouddhiste chinoise Shi Hong Qing par exemple, mais son poids est stable et, sans ironie ni médisance, visiblement bien au-dessus du poids limite de sécurité).

Du jeûne ordinaire au jeûne pranique, si tant est que le terme jeûne ait donc encore une pertinence ici, c’est l’origine de cette nourriture qui serait différente : elle serait unilatéralement endogène dans le premier cas, exogène dans le second.

J’ai tout de même une réserve : car bien des praniques, après des périodes longues sans nourriture, se remettent à manger. J’ajoute qu’ils le font parce qu’ils sentent qu’ils commencent à dysfonctionner psychologiquement (ce qui se traduit par des contradictions patentes dans leur discours qui avait pourtant été jusque là si clair) et à tomber malade (et, ces pathologies concerne souvent l’énergie du Rein qui s’effondre ou marque d’évidents signes de faiblesse, par exemple, des problèmes rénaux ou urinaires, ou sur le plan psychologique : des peurs). Question : Ne peut-on pas considérer qu’au lieu de prana (d’énergie universelle), le corps ne s’est pas nourri de ses propres réserves (l’énergie subtile du méridien du Rein) – ce que tend d’ailleurs à prouver le fait que les praniques les mieux connus de l’histoire n’ont en général pas vécu plus vieux que les gens ordinaires ? Cette question peut en fâcher plus d’un (parmi les praniques bien sur), mais l’honnêteté scientifique m’oblige à la poser.

Insistons : lors d’une conférence en Italie, Nicolas Pilarz, disciple d’Henri Montfort, a posé le projet de immortalité. Nous sommes au cœur de la question : si le pranique était nourri par une source d’énergie exogène, il ne dépenserait plus son énergie personnelle, et serait donc immortel (à moins d’un accident de la route, ou tout autre mort causée de l’extérieur). Il y a peut-être deux sortes de praniques : les uns immortels, les autres non, comme le suggère la tradition chinoise qui distingue bien différents niveaux d’immortalité. Mais nous n’avons pour en parler qu’une littérature fantastique. Pour ne parler que des praniques reconnus de l’Histoire, il faut simplement reconnaître qu’ils ont continué de vieillir et donc de consommer leur propre énergie vitale. Sans doute, on peut considérer que les Immortels meurent par une espèce de décision de quitter cette vie, mais on aimerait bien entendre ou lire l’exposer de leur dialogue intérieur. Sans cela, ce qu’on en dira restera pure hypothèse. Et l’hypothèse d’une source d’énergie exclusivement exogène restera en attendant un problème. Un problème fascinant, mais un simple problème.

Que ce soit un simple problème, et non une thèse que je pourrai défendre ou affirmer, est la raison pour laquelle, personnellement, je ne me sens pas de faire payer des stages à quelqu’un pour en tenter l’expérience. Mais cette question commerciale, qui n’est jamais cachée bien loin sous les problèmes évoqués depuis les premières lignes de ma réflexion, ne doit pas faire tourner stérilement le débat à la polémique. Cependant, je milite pour la gratuité dans un champ d’expérience où les conducteurs de stage, au vu du peu de succès des méthodes sur lesquelles ils font d’ailleurs régulièrement des amendements et des mea culpa (Jasmuheen la première), n’ont rien d’autre à vendre que des hypothèses discutables et des pratiques à l’efficacité souvent contraires (pour les déceptions de stagiaires et les accidents que j’ai moi-même pu constater directement ou bien en entendant parler les guides-praniques des échecs des stagiaires qui vont chez leurs… concurrents).

Mais toutes ces précautions prises et explicitement précisées, pourquoi devrait-on exclure de parler du pranivorisme comme d’une forme spéciale - et disons pour une durée indéterminée - de jeûne puisqu’il repose bien comme les formes les plus serrées du jeûne sur une abstention de toute nourriture solide ou liquide?

Par ailleurs, le terme « nourriture pranique » - remplaçant aujourd’hui progressivement celui de respirianisme qui occupait la Toile dans les années 90-2010 - est un terme moderne du 21e siècle, et il est trop tôt pour dire s’il n’est qu’une mode de langage ou s’il passera à la postérité. Si nous regardons dans le passé où ce mode d’alimentation était connu, on en parlait dans le vocabulaire du jeûne, comme un jeûne plus ou moins définitif selon les cas, spectaculaire, extraordinairement long, le plus souvent comme une forme de jeûne mystique accomplit en témoignage de la Grâce divine (Padre Pio, Marthe Robin et d’autres). Ainsi en Chine, le terme Bigu, désigne à lui tout seul aussi bien les formes ordinaires de jeûne que le mode d’alimentation pranique, entendu finalement comme une forme de jeûne extrême. Cela ne veut évidemment pas dire que les deux formes de jeûne soient identiques mais que la nécessité de les distinguer par une terminologie qui les oppose n’est peut-être pas impérative : l’avenir nous le dira – probablement à travers les dissensions interne du mouvement et le repentir de pranique qui reviennent plus ou moins (mais en général sans le claironner) à la nourriture conventionnelle.

Que dire des termes : inédie, ou : isétie (voir notre lexique en fin d’ouvrage) – qui ouvrent des voies terminologiques à des audaces (pratiques et théoriques) futures ? Il y a des possibilités terminologiques qui se préciseront au fil des « événements » heureux ou malheureux qui ponctueront l’avenir des expérienceurs.

 

*** Addendum à la définition du jeûne : définition biologique classique du jeûne ordinaire par ses phases physiologiques.

On distingue généralement trois phases dans le jeûne, étudiées chez les animaux, et reproduites dans de nombreux manuels sur ce sujet, mais on peut y apporter des nuances :

En phase 1 ou « jeûne court », c’est-à-dire de 6h/12h environ après le dernier repas jusqu’à 3 ou 4 jours, chez un individu omnivore ou même végétarien, le corps se nourrit par la glycolyse et au bout de quelques heures entame les premières réserves de graisse. Il catabolyse une proportion importante de protéines – et ce fonctionnement n’est pas durable, raison pour laquelle il passera en phase 2, car sinon, le corps en viendrait trop rapidement à autolyser les protéines des organes vitaux. Cette phase est marquée par la production de corps cétoniques et porte aussi le nom de « crise d’acidose ». Chez un végétalien équilibré, ou un jeûneur conscient habituel, cette crise d’acidose est réduite voire annulée (en fonction de l’expérience des jeûnes précédents et de leur effet détoxinant).

Il passe donc e suite en phase 2 ou « jeûne prolongé » qui va d’une à plusieurs semaines (moins de 4 mois en fonction des réserves du corps), et consiste, pour les omnivores ou les végétariens, dans l’activation de la lipolyse qui va fournir, par la dissolution des graisses l’essentiel du carburant utile. Chez un jeûneur habituel, les réserves de graisses étant déjà faibles, le corps se nourrit aussi d’émotions positives de préférences (comme le savent ceux qui vivent d’amour et d’eau fraîche), de lumière solaire – sinon cette phase est raccourcie.

Quand il ne reste plus que 20% environ de réserves grasses, la phase 3 ou « phase terminale » s’enclenche. Chez le jeûneur habituel ou le jeûneur conscient, il est peut-être possible que les capacités du corps à se nourrir d’émotions et de lumière soient activées au point qu’il n’y ait plus perte de poids. Mais si l’essentiel des protéines des muscles est catabolysé, il vient un moment où la protéolyse puise dans celles des organes vitaux. A ce moment là, une sensation de faim très particulière, absolument impérieuse, se manifeste au jeûneur ordinaire – qui doit être satisfaite. Ce signal d’alerte majeur est ce que Shelton appelait : le retour de la faim naturelle. Si, par une décision têtue, on ne reprend pas de nourriture malgré les signes de cet appétit impérieux, on sort du « jeûne » proprement dit, pour entrer dans la phase d’inanition – où le pronostic vital est engagé.


*** Notez cependant bien en conclusion provisoire que l’évocation des différentes approches empiriques du jeûne nous oblige à relativiser les généralités scientifiques, notamment si on accepte la possibilité du pranisme qui remet fondamentalement en question toute la physiologie scientifique, possibilité sur laquelle, malgré quelques rares rapports scientifiques en ligne sur le Net (concernant Hira Ratan Manek ou Michael Werner), la science officielle est un peu sèche (euphémisme). Il convient donc d’ironiser avec Socrate sur le fait que, comme en son temps, nos prétendus savants ne savent toujours pas grand-chose, et ne savent pas non plus se contenter de reconnaître qu’ils ne savent pas, préférant continuer à produire des théories dont les uns et les autres tirent des régimes qui passent comme la mode. Soulignons plutôt, à côté du processus unique décrit par les manuels de physiologie classique, l’importance des scénarii alternatifs et d’un vivifiant souci de l’observation sans préjugé.

Et si l’imaginaire, les émotions, les joies, les peurs, les croyances de chacun, bref en un mot la pensée (comme nous l’avons nommée pour faire simple) jouaient dans les effets du jeûne un rôle beaucoup plus grand que ne l’a envisagé jusqu’ici la science officielle ? Mais comment évaluer alors les influences de la pensée sur le jeûne, dans une méthodologie - celle de la science officielle - où les « moyennes mathématiques » sont fétichisées ou absolutisées ? Je n’ai évidemment pas les réponses à toutes ces questions ; elles se construiront lentement au fil des protocoles – tels que ceux du Pr Longo ou d’Y. Le Maho dans leur recherche sur l’efficacité thérapeutique du jeûne pour les cancéreux en cours chimiothérapie. Des rapports spécialisés, et des émissions de vulgarisation scientifiques pointent le bout du nez dans les colloques et sur le Net : Elles sont encore rares. Tout reste à expliquer. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements – le premier obstacle à lever ne concernant pas les jeûneurs mais la peur du corps médical et de son industrie pharmaceutique, la peur que de nombreux médecins et les sociétés pharmaceutiques ont du jeûne lui-même – pour des raisons économiques évidentes.

Comment aller d’ors et déjà au-delà des banalités connues que la physiologie ressasse sur ce sujet? Comment savoir à quelles conditions les effets thérapeutiques du jeûne peuvent être optimisés, à moindre coût et donc pour de plus vastes publics ? Comment savoir si le jeûne ne permet pas le réveil de processus nutritionnels alternatifs par la lumière solaire, les émotions, la respiration qui rendent tout un chacun de devenir plus conscient et plus indépendant des conditions économiques de l’existence notamment ? Qui a intérêt à poser des telles questions au cœur ou en dehors des institutions existantes ? Qui peut avoir intérêt sans contre-partie financière au bien-être de ses semblables, à une vie plus libre à l’égard des pouvoirs existants, et plus lucide ? Qui, sinon peut-être un philosophe, c’est-à-dire un être qui n’aspire à vivre littéralement « d’amour et d’eau fraîche », qui a d’autant moins besoin de consommer qu’il est déjà nourri et comblé en abondance?

Et en l’état actuel de la science, nonobstant le prix dont elle nous convainc de payer ses services, nous n’avons au fonds essentiellement à vendre que… des questions : comment, si c’est le fait en est empiriquement constaté, expliquer qu’il soit possible de se nourrir de lumière ? La lumière serait-elle une nourriture quantique, non locale, c’est-à-dire d’une nourriture d’informations, et non de matière, captée par l’intention ou l’intuition, non par l’estomac ? Est-il par exemple possible, à partir des travaux du Pr Marc Henry sur l’eau juvénile ou l’eau métabolique, d’expliquer que nous puissions nous hydrater sans boire à raison d’environ 250ml/jour ? Est-il possible, comme le pensait Fritz-Albert Popp (1973), que l’épiphyse qui contient magnétite et apatite (des minéraux piézoluminescents) captent les biophotons du soleil qu’elle redistribuerait dans la mitochondrie – ce qui suffirait à produire l’ATP, à condition que le cerveau fonctionne en onde Alpha et que la température soit supérieure à 0°C ? Et si aucun mangeur n’avait donc jamais été nourri par aucun aliment solide ? Si les nourritures solides ou matérielles qui sont de l’énergie densifiée et ralentie ne faisaient que nous remplir au lieu de nous nourrir - raison pour laquelle nous les viderions finalement dans les toilettes ? Si cette matière n’était que l’enveloppe grossière ou le véhicule d’une énergie qui serait seule capable de nous nourrir ? Et si seule la lumière était capable de nous nourrir ? Et si nous pouvions mieux nous nourrir à condition d’apprendre à nous passer de l’habitude d’aller la manger en la mastiquant dans cette matière qui l’épaissit? 

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