3 conceptions du Jeûne au XXIe s.

On peut préciser ou infléchir la définition du jeûne que j'ai donnée dans Philosophie du Jeûne (2016) comme "abstention volontaire de toute nourriture solide ou liquide pour une durée déterminée ou indéterminée" par un classement des conceptions contemporaines du jeûne en 3 catégories : 
1. La première est celle de la médecine scientifique qui persiste à confondre le jeûne et l'inanition, c'est-à-dire à le comprendre comme une privation de nutriments qui engendre un dépérissement des tissus, un affaiblissement des fonctions, etc. - raison pour laquelle le jeûne, malgré l'existence d'un corpus d'études scientifiques favorables, n'est résolument pas enseigné dans les universités de médecine comme un technique de traitement fiable. 
2. La deuxième approche est celle de l'hygiénisme qui voit dans le jeûne un processus alternatif par lequel le corps continue de se nourrir sur ses propres réserves, autolysant intelligemment les tissus les moins utiles jusqu'au retour de la faim naturelle (terme qui marque la fin du jeûne sûr, et le début de l'inanition effective). L'hygiénisme et tous ceux qui s'en réclament plus ou moins explicitement (naturopathes, etc.) forment un courant scientifique qui reste marginal par rapport aux institutions scientifiques officielles, même si certains de leurs représentants (Passebecq par exemple) ont pu avoir l'occasion d'enseigner leur théorie dans le cadre des universités de médecine; et ce, malgré le succès croissant que rencontre le recours au jeûne auprès d'un public déçu par les scandales multipliés de la médecine officielle et soucieux de retrouver le chemin d'une thérapeutique respectueuse du corps. 
3. La troisième conception est celle du jeûne pranique ouvrant à la possibilité d'une nourriture non conventionnelle dont la source est partiellement ou totalement exogène - appelée énergie, qi, prana. Version laïcisée de pratiques spirituelles des traditions orientales (taoïsme notamment) et modernisée en Chine lors de la célèbre Fièvre du Qigong (Zhang Rong Tang, 1988) et en Occident par le courant pranique (à la suite de Jasmuheen, 1993), cette trés ancienne et toute nouvelle conception du Jeûne ne réfute pas ce qu'en disent les deux premières approches, mais l'élargit en précisant que sous certaines conditions, sans plus aucune nourriture solide ni liquide, voire même d'eau, le corps peut continuer d'être sainement nourri, sans perte de poids ni d'énergie pour une durée indéterminée qui va bien au-delà de ce que la science conventionnelle pensait avoir pu déterminer. 
Pour la première conception, le corps ne peut vraiment se nourrir que de ce qui passe par son système digestif. Pour la deuxième, il se nourrit aussi par autolyse (ou autophagie) de ce qu'il peut trouver dans tous ses tissus. Pour la troisième, il peut enfin aussi puiser directement à d'autres sources, "non conventionnelles" (air, lumière ou énergie) qui sont à l'extérieur du corps physique. 
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