Surinformation

Surinformation, bruit et ronron

E. Morin fait remarquer que la surinformation, l'avalanche d'informations qui nous inondent par tous les canaux médiatiques, décompose nos grilles idéologiques et accroît l'effet de crise qui se traduit par une augmentation de nos incertitudes. "Le réel et le nouveau font toujours irruption dans la théorie et la croyance sous forme de dérèglement et de rupture" (p.43). Les informations surgissent toujours dans la rationalité sous forme d'irrationalité.

Pourtant, ajoute-t-il plus loin, "nous avons besoin d'excès d'information" (p.43) : nous avons eu besoin de déjouer le rationalisme, de désenliser une pensée trop bien rodée qui prétendait tout expliquer, tournant sur des principes qu'aucune anomalie ne devait plus venir déranger. Sans l'effraction des informations nouvelles qui bousculent la routine, l'idéologie se sclérose et le besoin de rationalité se fige en rationnalisme. L'information est l'antidote de la tendance naturelle (paresseuse) de l'idéologie à se clore sur elle-même, à se fermer en doctrine assurée, à se blinder en dogme indiscutable qui tourne à vide. Dans une pensée dogmatisante, seules sont entendues les informations qui viennent confirmer la théorie : mais elles ne font plus qu'un ronron rassurant, elles ne font pas penser. Elles forment une langue de bois.

Au contraire, quand les informations qui donnent à penser ont ébranlé nos théories, que nous n'avons plus de cadre pour leur donner sens, ces informations ne font plus que du bruit – une sorte de chahut tout aussi inaudible que le ronron, mais déroutant et inquiétant, insécurisant. Et plus notre insécurité est grande, moins nous trouvons la force de penser.

La modernité a voulu se libérer des dogmatismes, et elle nous a plongé dans l'incertitude. Nous nous sommes libérés du ronron, mais nous sommes envahi par le bruit d'informations chahutantes dont ne savons plus que faire.

Une réponse à cette problématique sera peut-être à trouver dans nos réflexions sur le perspectivisme.

Bibliographie

E. Morin, Pour Entrer dans le XXIe siècle, Seuil, Points Essais, 2004.

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