Spinoza I : Ethique (16)

Ethique 16


La diversité des attributs (1)


A partir du modèle géométrique, on peut interpréter la diversité des attributs dans l’unité de substance : non seulement l’ordre géométrique est compatible, mais aussi nécessaire à l’unité de substance. Il faut affronter dans l’Ethique le problème de l’affirmation d’une infinité de substances hétérogènes puisque les attributs ont une réalité et sont hétérogènes. Mais Spinoza affirme leur unité substantielle en même temps.

Résumons les 8 premières propositions pour indiquer le mouvement d’intégration de la diversité dans l’unité.

  1. L’antériorité de la substance par rapport à ses modes, à laquelle Spinoza donne un sens causal, puisqu’il se réfère aux définitions 3 et 5 de la substance et du mode.
  2. L’exclusion des substances entre elles. Elles ne s’enveloppent pas, n’ont rien de commun, ont des attributs différents. Le concept de l’une ne permet pas de connaître celui de l’autre. La différence d’attributs implique différence de substance – ce qui veut dire qu’il est impossible qu’il y ait une communauté de substances à partir d’une communauté d’attributs. Ceux qui perçoivent une communauté de substances à partir d’une communauté d’attributs conçoivent les attributs comme les adjectifs, des propriétés regroupables dans un universel, comme prédicats possibles d’une multitude de substances, et cela implique qu’ils ne conçoivent pas l’attribut comme une réalité physique et encore moins comme une réalité essentielle qui permet de définir l’essence de la substance.
  3. Conséquence : Si deux substances n’ont rien de commun entre elles, elles ne sont pas connaissables l’une par l’autre, ni ne sont causes l’une de l’autre.
  4. ( ?) Les choses ne se distinguent que par leur attribut ou par leurs modes
  5. Toute différence d’attribut vaut pour différence de substance. C’est à partir de l’attribut que l’on devra penser toute substance quelconque et toute cette substance.
  6. Réponse à une question : il faut construire et démontrer qu’il n’y a qu’une seule substance. Nous partons de la notion de substance en général et progressivement, grâce à la notion d’attribut à laquelle Spinoza confère une réalité à la fois physique et essentielle – ce qui permet de concevoir l’essence de cette substance grâce à cette notion – Spinoza en vient à montrer que s’il y a des substances, elles sont incompatibles entre elles, l’une ne peut être cause de l’autre. Et par conséquent, aussitôt qu’on aura reconnu la réalité d’un attribut de substance, il faudra qu’il n’y ait qu’une seule substance, et elle est comprise par soi.  C’est la modification de la notion d’attributs qui permet d’aboutir à l’unité de substance, à l’unification des substances en une seule. Question : Spinoza aurait-il pu éviter de passer par les substances ? Non, parce que ses interlocuteurs pensent que la nature est composée d’une multiplicité d’être distincts et séparables les uns des autres, de même qu’ils pensent que l’espace est divisible partes extra partes sans qu’il y ait de réalité commune essentielle s’exprimant dans la diversité des modes ou des individus qui font partie de la réalité étendue. Nous sommes toujours dans cette logique constructive et critique qui fait apparaître les exigences d’une pensée absolument rationnelle de la substance. On démontre l’impossibilité que coexistent des substances. C’est donc d’une part, une démarche par l’absurde : si elles ont un même attribut, c’est la même chose. Si elles ont des attributs différents, l’une ne peut pas exister par l’autre parce que, pour qu’il une relation causale, il faut qu’il y ait une communauté d’attributs – qui se produit dans l’Etendue ou dans la Pensée. Et l’une ne peut pas être conçue ou causée par l’autre, ce qui fait que nous sommes obligés rationnellement de ne penser qu’à une seule et unique substance. La démonstration se fait en même temps que la réfutation de la pluralité de la substance. Il fallait se souvenir que, pour les philosophes avant Spinoza, toute réalité prédicable est un sujet, une substance, mais Spinoza veut montrer que la substance est ce qui est par soi et concevable par soi (les deux allant de paire). C’est la coïncidence des deux exigences qui fait que nous ne pouvons admettre qu’une seule substance.
  7. Si l’attribut est conçu comme essence constitutive, la substance est ce qui est aussi conçu par soi et existant par soi. Ce qui implique que la création est inintelligible rationnellement. Elle est renvoyée au mystère. L’Ethique veut rendre raison du réel et restituer à l’esprit toute sa puissance de comprendre.
  8. Une substance ne peut être limitée que par un être de même nature, si être de même nature, c’est être la même chose. C’est l’affirmation du caractère infini de la substance, car un être par soi ne s’autolimite pas. Il n’y a rien d’extérieur à la substance : nécessité et liberté s’y conjuguent.

 Ethique 16

 

 

La diversité des attributs (1)

 

A partir du modèle géométrique, on peut interpréter la diversité des attributs dans l’unité de substance : non seulement l’ordre géométrique est compatible, mais aussi nécessaire à l’unité de substance. Il faut affronter dans l’Ethique le problème de l’affirmation d’une infinité de substances hétérogènes puisque les attributs ont une réalité et sont hétérogènes. Mais Spinoza affirme leur unité substantielle en même temps.

Résumons les 8 premières propositions pour indiquer le mouvement d’intégration de la diversité dans l’unité.

  1. L’antériorité de la substance par rapport à ses modes, à laquelle Spinoza donne un sens causal, puisqu’il se réfère aux définitions 3 et 5 de la substance et du mode.
  2. L’exclusion des substances entre elles. Elles ne s’enveloppent pas, n’ont rien de commun, ont des attributs différents. Le concept de l’une ne permet pas de connaître celui de l’autre. La différence d’attributs implique différence de substance – ce qui veut dire qu’il est impossible qu’il y ait une communauté de substances à partir d’une communauté d’attributs. Ceux qui perçoivent une communauté de substances à partir d’une communauté d’attributs conçoivent les attributs comme les adjectifs, des propriétés regroupables dans un universel, comme prédicats possibles d’une multitude de substances, et cela implique qu’ils ne conçoivent pas l’attribut comme une réalité physique et encore moins comme une réalité essentielle qui permet de définir l’essence de la substance.
  3. Conséquence : Si deux substances n’ont rien de commun entre elles, elles ne sont pas connaissables l’une par l’autre, ni ne sont causes l’une de l’autre.
  4. ( ?) Les choses ne se distinguent que par leur attribut ou par leurs modes
  5. Toute différence d’attribut vaut pour différence de substance. C’est à partir de l’attribut que l’on devra penser toute substance quelconque et toute cette substance.
  6. Réponse à une question : il faut construire et démontrer qu’il n’y a qu’une seule substance. Nous partons de la notion de substance en général et progressivement, grâce à la notion d’attribut à laquelle Spinoza confère une réalité à la fois physique et essentielle – ce qui permet de concevoir l’essence de cette substance grâce à cette notion – Spinoza en vient à montrer que s’il y a des substances, elles sont incompatibles entre elles, l’une ne peut être cause de l’autre. Et par conséquent, aussitôt qu’on aura reconnu la réalité d’un attribut de substance, il faudra qu’il n’y ait qu’une seule substance, et elle est comprise par soi.  C’est la modification de la notion d’attributs qui permet d’aboutir à l’unité de substance, à l’unification des substances en une seule. Question : Spinoza aurait-il pu éviter de passer par les substances ? Non, parce que ses interlocuteurs pensent que la nature est composée d’une multiplicité d’être distincts et séparables les uns des autres, de même qu’ils pensent que l’espace est divisible partes extra partes sans qu’il y ait de réalité commune essentielle s’exprimant dans la diversité des modes ou des individus qui font partie de la réalité étendue. Nous sommes toujours dans cette logique constructive et critique qui fait apparaître les exigences d’une pensée absolument rationnelle de la substance. On démontre l’impossibilité que coexistent des substances. C’est donc d’une part, une démarche par l’absurde : si elles ont un même attribut, c’est la même chose. Si elles ont des attributs différents, l’une ne peut pas exister par l’autre parce que, pour qu’il une relation causale, il faut qu’il y ait une communauté d’attributs – qui se produit dans l’Etendue ou dans la Pensée. Et l’une ne peut pas être conçue ou causée par l’autre, ce qui fait que nous sommes obligés rationnellement de ne penser qu’à une seule et unique substance. La démonstration se fait en même temps que la réfutation de la pluralité de la substance. Il fallait se souvenir que, pour les philosophes avant Spinoza, toute réalité prédicable est un sujet, une substance, mais Spinoza veut montrer que la substance est ce qui est par soi et concevable par soi (les deux allant de paire). C’est la coïncidence des deux exigences qui fait que nous ne pouvons admettre qu’une seule substance.
  7. Si l’attribut est conçu comme essence constitutive, la substance est ce qui est aussi conçu par soi et existant par soi. Ce qui implique que la création est inintelligible rationnellement. Elle est renvoyée au mystère. L’Ethique veut rendre raison du réel et restituer à l’esprit toute sa puissance de comprendre.
  8. Une substance ne peut être limitée que par un être de même nature, si être de même nature, c’est être la même chose. C’est l’affirmation du caractère infini de la substance, car un être par soi ne s’autolimite pas. Il n’y a rien d’extérieur à la substance : nécessité et liberté s’y conjuguent.
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