Solidarité

Solidarité

Qu'est-ce que la solidarité ? Elle signifie d'abord l'entraide, le secours mutuel. Mais sous cet angle, la solidarité morale paraît naïve : qu'est-ce qui justifie que j'aide autrui? Le mérite-t-il? Et en ai-je les moyens, si l'on s'avise qu'il y a toujours un autre à aider? La solidarité se coupe même l'herbe sous les pieds! Pourra-elle résister à l'assaut de l'égoïsme si elle n'est qu'un devoir imposé de l'extérieur? C'est pourquoi il a fallu que les états modernes s'en occupent : les ministères de la solidarité sont peut être un peu froids mais déclinent en actions institutionnelles ce que la fraternité (républicaine ou autre) n'a jamais pu faire faire au coeur humain. Béquille sans doute, mais d'une fraternité handicapée qui n'a pas de leçon à lui donner...

En un sens plus profond, la solidarité est la conscience de ce qui nous relie aux autres, au reste du vivant, voire à l'ensemble de la Nature. Pratityasamutpada ou coproduction conditionnée pour les Bouddhistes (Samyutta Nikaya, II-28), elle est également le principe de la morale taoïste (F. Jullien, 1995) ou le principe de solidarité énoncé à l'article I de la Constitutiondu GODF. Elle peut prendre un sens métaphysique et désigne alors l'unité foncière qui relie tous les existants par-delà leur individualité apparente, y compris les bêtes, les fleurs et les pierres - car la fraternité universelle peut après tout s'étendre jusque là. Notre individualité n'est qu'un miroitement, un peu d'écume sur l'océan de l'existence, une illusion au-dessus d'une mer d'indifférenciation. Toutes les existences n'en font qu'une. C'est la compréhension de cette vérité qui nourrit ou fonde la Compassion bouddhiste (nous "inter-sommes" dit Thich Nhat Hahn), comme la fraternité universelle des Maçons, ou le sens confucéen de l'humain, etc.

La solidarité métaphysique ne converge-t-elle pas en profondeur avec l'écologie définie comme science des interrelations? Et si c'est le cas, ces spiritualités ne mériteraient-elles pas d'entrer en dialogue avec elle? Ne mériteraient-elles pas d'être entendues pour la perspective alternative qu'elles apportent aux débats juridico-scientifiques?

Bibliographie

Jullien F., Fonder la morale, Paris, Grasset, 1995.

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