Sacré, masculin et féminin

On peut sans doute distinguer deux formes de sacré : l'une masculine, l'autre féminine. Quelles sont les différences? 
Le sacré masculin est un superlatif des valeurs qu'il exalte ou transgresse. C'est un sacré de l'interdit et de la transgression. Exemple : l'érotisme selon G. Bataille.
Le sacré féminin est un sacré de l'abandon, du renoncement à soi, de la désidentification, du respect et du silence. Exemple : l'amour selon Jean-Yves Leloup et son commentaire de l'Evangile de Philippe, ou l'archétype de Marie selon le meme auteur.
Le sacré masculin recherche l'intensité dans l'expérience, voire la violence. C'est le sacré du tremendum et de la fascination. 
Le sacré féminin cherche la profondeur et cultive la douceur, la légèreté. 
Le sacré masculin trace des lignes de partage et s'oppose au profane. Il crée un monde à l'envers. Exemple : l'orgie carnavalesque.
Le sacré féminin efface les distances, épouse le profane et le prosaïque, s'y laisse deviner par transparence. Il harmonise les oppositions en dévoilant le surréel dans le réel. Exemple : l'Eveil bouddhique qui identifie samsara et nirvana, la simplicité de l'instant présent, la pierre philosophale des Alchimistes...
Le sacré masculin a ses théoriciens : R. Caillois, E. Durkheim, G. Bataille, R. Girard... Le sacré féminin a surtout ses poètes : sutras bouddhiques, poèmes taoïstes (Laozi, etc.), Shantideva, Simone Weil...
Les transes sont différentes : celle du masculin est orgiaque, dionysiaque, débordante, chaotique ; celle du féminin est spiritualisée, apollinienne, enveloppante et sécurisante.
Le sacré masculin est cultive les ruptures, l'extraodinaire, l'exceptionnel. Exemple : les crises milllénaristes. 
Le sacré féminin s'inscrit dans la durée du quotidien, cultive un éternel présent.  
Le sacré masculin s'institutionnalise volontiers, bien que de ce point de vue, le sacré soit toujours plutôt la part féminine de l'autorité masculine insitutionnelle. Exemple : Saint Thomas d'Aquin, après avoir été illuminé, lorsqu'il reconnaît, effondré, que toute son oeuvre n'est finalement que "de la paille" ; ou en tant que médiateur dans le dialogue avec l'Eglise d'Orient oeuvrant pour l'impossible réconciliation. 
Le sacré féminin rechigne à toute structure, est plus sauvage : se réunissant dans les bois, hors des villes, épars, peu structurés. Exemple : les Bacchantes dans l'antiquité, ou les groupements féminins médiévaux qualifiés de "sorcellerie" par l'Inquisition qui les poursuira jusqu'au bûcher, notamment au XVIIe siècle. Et en un sens le New Age qui en est peut-être de ce point de vue un héritier.
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