Reve (anthropologie et yoga du ~)

Le rêve a différentes significations  dont l'histoire nous intéresse pour comprendre la place qu'il aura peut-être dans la civilisation hermésienne (post-moderne). C'est la quatrième fonction qui nous intéressera au premier chef. 
1. Le rêve a un sens théologico-moral : par exemple dans l'AT (rêve de Pharaon interprété par Joseph) ou dans l'antiquité grecque (les rêves dits "d'incubation"). Dans le rêve ainsi compris, c'est Dieu parle aux hommes et leur donne des conseils. "S'il y a parmi vous un prophète, c'est en vision que je me révèle à lui, c'est dans un songe que je lui parle." (Nombres, XII, 6)
2. D'un point de vue scientifique, le rêve n'a pas de sens. La science ne sait pas pourquoi nous rêvons. Elle se contente d'étudier les états du cerveau au cours du sommeil et du rêve, ou de remarquer les effets pathologiques d'une privation de rêve. 
3. D'un point de vue psychanalytique (précisons que la psychanalyse n'est pas une science), le rêve est la réalisation déguisée d'un désir refoulé (Freud), et le rêve est, comme outil herméneutique, la voie royale qui mène à l'inconscient. D'un point de vue énergétiste, le rêve a une fonction de compensation (éniantodromie) utile dans les progrès du processus d'individuation (C.G. Jung). L'approche freudienne dite réductrice, a une vertu explicative : elle remonte à la cause. L'approche jungienne dite explorative repose sur la méthode de l'amplification et resitue le rêve dans l'imaginaire collectif des archétypes. 
4. Approche thanatologique du rêve : le rêve comme propédeutique, et spécialement l'apprentissage du rêve lucide, comme apprentissage de la mort (bouddhisme tibétain et taoïsme). Par là, il sa'agit de comprendre que "ce n'est que lors du grand réveil que nous nous rendrons compte que tout n'a été qu'un rêve" (Zhuangzi). Cette approche thanatologique du rêve est à rapprocher de l'argumentaire sceptique du rêve (soulignant l'absence de critère définitif permettant de distinguer le rêve et la réalité) : elle cherche à nous désidentifier du réel, à nous libérer de nos attachements tout en réenchantant le réel tissé dans la trame de l'imaginal. A la différence de l'approche psychanalytique jungienne, cette approche n'est pas (ou peu) explicative : elle donne au symbole vivant et à l'expérience directe la place que la science et la psychanalyse attribuent au concept et à la preuve.  
Dans le Yoga du rêve (Namkhai Norbu) ou la recherche de l'état de fantome (Nyanadharo), les rêves lucides ou conscients font partie des moyens habiles qui permettent de se libérer des conditionnements inconscients et d'être plus conscients. Sogyal Rinpoché précise que dans la tradition tibétaine, le rêve est bien l'un des six bardos. La méthode amène à devenir conscient à l'intérieur du rêve ou à le rester pendant l'endormissement.
Namkhai Norbu dans le Yoga du rêve, précise les éléments de cette méthode. Retenons en partie :
- Se familiariser avec les rêves, en le remémorisant au réveil ou en les écrivant.
- Développer la motivation pour rester lucide, traverser "la porte" du sommeil sans s'endormir. 
- Induire un sursaut de conscience chaque fois qu'on voit ses mains ou autre chose dont on rêve souvent.
- S'interroger souvent pour savoir si on rêve.
Nyanadharo (tradition théravada) propose un enseignement différent, sur lequel rien n'est encore écrit, à ma connaissance, par aucun moine de Forêt. Mais, en France, Bodhinyanarama est un lieu d'expérimentation consacré à cette pratique et reconnu. 
Comments