Retour du sacré?

Y a-t-il un retour du sacré ?

 

  1. Est-il légitime de parler de "retour"? Ce retour est-il une réalité? un effet de mode? une lame de fonds? une apparence masquant les mutations d’un besoin qui perdure ?
  2. A quoi correspond ce besoin de sacré ? Deux hypothèses majeures : 
    1. A un souci de justice qui viendrait compenser les effets de la modernité prométhéenne (contre l’hyperrationnalisme et la sophistication technologique)
    2. A une amplification des replis identitaires (contre l’individualisme)
  3. Sur quels critères se fonder pour en parler ?
    1. Sur le réveil des pratiques religieuses (revival charismatique)
    2. Sur le prosélytisme des NMR (Nouveaux Mouvements Religieux)
    3. Sur l’influence politique des mouvements religieux (intégrisme, terrorisme…)
    4. Sur la diffusion d’un sacré sauvage, anomique, atopique, subjectif, bricolé, impressionniste (néo-orientalisme par exemple) ?
  4. Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir?
    1. Il y a un risque d’illusion et de violence inhérent à la manipulation du sacré, un risque de fanatisme paradant au chant du crépuscule de la raison ?
    2. D’un autre côté, la rationalité laïque n’a pas tenu ses promesses (celles qu’on lit sous la plume de Condorcet) ; elle a plus d’une fois trahi et déçu : au XIXe s., colonialisme mystifié par le désir de « civiliser par la science l’Orient fanatique et barbare », au XXe s. deux guerres mondiales (qui n’ont été si meurtrières que parce qu’elles ont été scientifiques et techniques – chambres à gaz, chemin de fer, etc.), et pour le XXIe la crise écologique et économique en cours. Sans parler des scandales médico-sanitaires ininterrompus (du sang contaminé aux prothèses PIP en passant par les hormones de croissance, etc), de la fraude scientifique au plus haut niveau… Faut-il dire avec les sociologues (Laurent Segalat) que La science (est) à bout de souffle ? (Seuil, 2009). Prométhée décevant serait en train de laisser une place à Hermès ? 
  5.  Quel sacré privilégier, ou que signifie pour nous aujourd’hui le sacré?
    1. Il désigne le plus souvent un superlatif des valeurs morales, religieuses ou politiques - superlatif qui unifie un groupe. Une axiomatique morale. Ex : le ternaire républicain, le « progrès », la Sainte Eglise catholique apostolique et romaine... C’est ce sacré qu’invoquent le CCNE, les partisans des Droits de l’Homme, etc. Regis Debray en fait l’analyse précise. Ex : Le Moment Fraternité, Gallimard, 2009.
    2. Le sacré, c'est ce qui reste quand on ne croit plus, qu’on a renoncé ou qu’on a  sacrifié ce à quoi on s’identifiait (étymgt : « faire sacré »). Le contraire de la croyance n’est pas la raison (qui génère aussi ses croyances), mais le sacré. D'un point de vue mystique ou initiatique, pas de sacré sans sacrifice. Difficile de dire quelle peut être la place d’un tel sacré (du sacrifié) dans le monde globalisé à venir ; mais Abd El Kader ou Gandhi ont montré qu’il n’avait rien perdu de son actualité. Avait-il disparu pour reparaître (comme certains sociologues le donnent à penser), ou ne s’est-il pas plutôt recomposé/reconfiguré différemment pour s’adapter aux formes des sociétés actuelles ?
Comments