Postmoderne (supramoderne)

La postmodernité se définit par la saturation du paradigme rationaliste, des valeurs de travail et d'utilité qui permettaient de croire au progrès, donc par l'évaporation du futur.
Mais c'est une notion "en travail" et difficile à cerner : désigne-t-elle le cadavre en décomposition de la modernité (comme chez les sociologues qui voient dans la fragmentation de la société et de l'individu un critère de post-modernité)? Désigne-t-elle les germes de la culture qui succède la culture moderne (Maffesoli), disons une culture hédoniste, libertaire, non pyramidale, narcissique et insouciante (Lipotvesky)? 
Le Nouveau Phalanstere est un effort pour penser cette postmodernité qu'il vaudrait alors mieux appeler supramodernité pour éviter toute confusion avec les auteurs cités. Ce qui la caractérise, c'est son rapport au présent, son attention au présent, sa culture du présent - raison pour laquelle je la qualifie d'euchologique ou de neptique. Elle n'est pas incompatible avec la modernité ou même avec le traditionnalisme, car elle n'est rapport ni au passé ni au futur; et si elle n'est pas rationaliste, elle n'est pas non plus irrationaliste. Même si j'essaie de comprendre la place de la postmodernité dans l'actualité qui est la mienne, cela ne veut pas dire que la postmodernité est pour moi une notion historique. Le post-moderne, ai-je dit au sujet de Shitao (en qui F. Cheng voyait un homme "totalement moderne"!) n'est d'aucun temps - raison pour laquelle on en trouve à toutes les époques. 
La postmodernité est averse à tous les principes de légitimation rationnels, institutionnels, bref transcendants : mais l'individu séparé n'y est pas non plus sa propre autorité (pour moi, cet individu norme des valeurs, est comme chez Nietzsche ou Tocqueville, une figure du sujet moderne), le sujet post-moderne se pense comme relié, comme personne, et c'est dans sa propre expérience rationnalisée qu'il trouve ses normes d'action. Il les y trouve, mais il ne les produit pas. Ou du moins -car je consens que c'est pour les rationalistes une distinction subtile - tout se passe pour lui comme s'il les trouvait, comme s'il les découvrait. 
Trois types coexistent en fait dans le temps. 
L'homme prémoderne ou traditionnel trouve la vérité hors de lui, dans un ciel des idées auquel il se soumet (ex : le croyant ordinaire, obéissant à sa hiérarchie)
L'homme moderne produit la vérité en lui-même par un effort de sa raison (ex : l'homme de science)
L'homme post-moderne trouve en lui-même une vérité qui lui est donnée en proportion de son intelligence, de sa capacité à y produire un ordre (ex : le poète inspiré).

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