Paradigme de la modernité

Les paradigmes de la modernité et de la post-modernité

Selon M. Maffesoli (Paris, Sorbonne), la crise que nous traversons est une crise de civilisation, une crise systémique et non pas seulement une addition de crises séparées (crise économique, crise financière, crise écologique, crise scientifique, etc.). La crise est une prise de conscience doublée d'une perte de confiance à l'égard des principes qui nous ont servi de guide : elle provient de la saturation d'un paradigme de civilisation. La déclinaison de ces principes a fini par produire des contradictions qui les rend alors inadaptés. Le sociologue ramène la modernité à 4 termes/concepts principaux :

- Valeur-travail : cette idée qui apparaît au 19 e siècle affirme que le travail est le pivot de l'organisation de la vie sociale, que c'est grâce ou par le travail que l'homme moderne se libère et se construit.

- Rationalisme : c'est la tentation de réduire toutes les formes de la vie à des schémas rationnels, une rationalisation généralisée et systématisée de l'existence qui aboutit à un « désenchantement du monde » (Max Weber).

- Utilitarisme : c'est l'idée que ne vaut que ce qui sert à quelque chose. Cette notion fait écho avec la critique heideggerienne de l'ustensile. Cet utilitarisme est adossé à une maîtrise technique de la nature.

- Une temporalité tournée vers le futur : cette temporalité s'invente avec les philosophies de l'histoire du 19 e siècle qui nous annoncent les progrès d'une civilisation triomphant de la barbarie, et nous promettent des lendemains qui chantent.

Selon lui, la fissuration de ce paradigme se laisse pressentir par l'émergence d'un nouveau paradigme (que M. Maffesoli présente comme une hypothèse), annonçant une civilisation post-moderne ; il tient également en 4 concepts principaux :

- Création : c'est l'idée qu'il faut faire de sa vie une œuvre d'art, qu'il ne faut plus perdre sa vie à la gagner ou réintroduire dans nos vie une exigence de qualité. Le travail cesse d'être une valeur, un devoir et devient un optatif (on passe du « tu dois » au « il faut bien » travailler). Elle contient l'idée d'un hédonisme ambiant qui s'attache au prix des choses sans prix. (Voir H. Arendt, sur la notion d'oeuvre)

- Saturation du rationalisme : c'est l'idée que tout ce qui est réel n'est pas nécessairement rationnel (au sens que la science donne à ce mot) et qu'il y a d'autres formes de rationalité que celle de la science occidentale. La post-modernité exigerait une rationalité critique du rationalisme, c'est-à-dire de la schizophrénie de la science moderne en même temps que l'irrationalisme (tout ce qui n'est pas rationnel-scientifique n'est pas irrationnel). Voir sur ce site : article Epistémologie apophatique.

- Esthétique : le mot venant du grec « aesthesis » qui veut dire « sensation », l'esthétique désigne la valeur accordée aux sensations, aux émotions/passions collectives collectives lisibles dans les phénomènes tribaux. Elle exprime un effort pour réintégrer le ludique, l'onirique (l'iconophilie du monde virtuel) dans la vie - exprime les aspirations d'un imaginaire créateur de sens dépassant le rationalisme réductionniste. L'esthétisme de la post-modernité exprime un besoin de réenchanter le monde. 

- Une temporalité présentéiste : c'est le refus d'un report de jouissance, le refus du projet, le refus même de poser l'hypothèse d'une crise pour en anticiper les conséquences. Dans le paradigme post-moderne, l'énergie est détendue dans l'intensité du moment présent.

Bibliographie

Maffesoli M., Logique de la domination, Paris, PUF. (1976)

-- avec Pessin A. La violence fondatrice . Paris, Ed. Champ Urbain. (1978).

-- La Violence totalitaire, Paris. PUF. (1979) Réed. (1994) La Violence totalitaire. Essai d’anthropologie politique. Paris, Méridiens/Klincksieck.

-- La Conquête du présent. Pour une sociologie de la vie quotidienne. Paris, PUF. (1979)

-- La Dynamique sociale. La société conflictuelle . Thèse d'Etat, Lille, Service des publications des thèses.(1981)

-- L'Ombre de Dionysos (1982), Le Livre de Poche, rééd. 1991

-- Essai sur la violence banale et fondatrice, (1984) Paris, Librairie Méridiens/Klincksieck.

-- La Connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive. (1985), Paris, Librairie des Méridiens. Réédition Paris, Klincksieck, 2007.

-- La société est plusieurs, in : Une anthropologie des turbulences. Maffesoli M. (sous la direction de) (1985), Berg International Editeurs, 175-180..

-- Le Temps des tribus (1988), Le Livre de Poche, 1991, 3e éd. 2000.

-- Au creux des apparences. Pour une éthique de l'esthétique.(1990), Paris, Plon. Réed. (1993) Le Livre de Poche,

-- La Transfiguration du politique (La Table Ronde, 1992), Le Livre de Poche, 1995.

-- La Contemplation du monde (1993), Le Livre de Poche, 1996.

-- Eloge de la raison sensible. Paris, Grasset.(1996).

-- Du nomadisme. Vagabondages initiatiques. Paris, Le Livre de Poche, Biblio-Essais,(1997)

-- La part du diable précis de subversion postmoderne, Flammarion (2002)

-- L'instant éternel. Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes. Paris, La Table Ronde, (2003)

-- Le rythme de vie - Variation sur l'imaginaire post-moderne, Paris, Ed. Table Ronde, Collection Contretemps, 2004, 260 pages.

-- Pouvoir des hauts lieux (14p.) dans Pierre Delorme (dir.) La ville autrement, Ste-Foy, Ed. Presse de l'Université du Québec, 2005, 300 pages.

-- Le réenchantement du monde - Morales, éthiques, déontologies, Paris, Ed. Table Ronde, 2007.

-- Iconologies. Nos idol@tries postmodernes, Paris, Albin Michel, 2008.

-- Après la modernité ? - La conquête du présent, La violence totalitaire, La logique de la domination, Paris, Editions du CNRS, coll. Compendium, 2008.

-- La République des bons sentiments, Editions du Rocher, 2008.

-- Apocalypse, CNRS Éditions, 2009.

-- Matrimonium, petit traité d'écosophie, CNRS éditions, 2010.

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