Marx et le machinisme

Marx et le machinisme

Marx dénonce la machinerie du Capital parce qu'elle retourne selon lui le progrès technique contre le prolétariat, contre les travailleurs qui sont aliénés, réduits à échanger leur force de travail contre un salaire qui les réduit finalement à des biens monnayables. L'humain réduit à sa valeur marchande. Il dénonce l'exploitation de l'homme par l'homme, et quel que soient les prolongements que cette philosophie ait pu trouver en URSS au XX e siècle, on voit que ce thème conserve malgré tout une surprenante actualité.

La machine est pour Marx l'incarnation technique du Capital : elle est devenue un moyen matériel d'exploitation que Marx voudrait ramener à un simple « moyen de production ». Manière de dire que ce n'est pas la machine qui est en soi mauvaise, mais c'est l'intention avec laquelle on l'emploie qui détermine sa valeur politique et morale. Le Capital a fait de la machine « le concurrent du travailleur » et « le travailleur est réduit à vendre sa force de travail comme marchandise », assigné à des tâches fragmentaires, abrutissantes.

Pire, les machines feront peser la menace de « rendre le salarié superflu » et, du coup, de rendre les grèves inefficaces ou moins efficaces. Bref, « on pourrait écrire toute une histoire au sujet des inventions faites depuis 1830 pour défendre le Capital contre les émeutes ouvrières » (Capital, II, 4e section, ch.XV).

Pour conclure, cela revient à dire que les machines ont moins contribué à soulager l'humanité de la malédiction du travail pénible, comme l'espérait peut-être un peu naïvement Descartes dans son Discours de la Méthode, qu'à augmenter la fortune et le pouvoir du Capital, d'une toute petite partie de l'humanité, soupçonnée de ne pas vouloir partager les fruits du progrès. Il y a différents sens au progrès. Le progrès technique ne s'accompagnerait donc d'aucun progrès moral de l'humanité.

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