Le contrat naturel

Une volonté générale dans un Contrat Naturel

Inviter à l’ouverture d’une conscience citoyenne, c’est inviter tous citoyens à se positionner directement et sans représentant – et cela reste toujours possible, dans une République moins institutionnalisée que celle à laquelle ont intérêt à nous faire croire les préjugés des professionnels de la politique. Conférences, cours, forum, manifestations, expositions, planches en loges, discussions par Internet, contre-sommets internationaux, etc. : pour une conscience citoyenne, les formes de l’engagement sont extrêmement nombreuses. Par définition, elles sont même infinies, insaisissables et décalées, aussi nombreuses qu’il y a d’esprits inventifs, capables d’inventer des formes de discours qui conviennent à leur message. Le Nomadisme écologiste nous invite inventer des formes d’engagement nouvelles, sans doute décalées et parfois dérangeantes, mais plus authentiques, cohérentes avec l’élan profond de leur conscience.

Face au problème écologique, la consultation de la volonté générale peut nous aider à formuler un nouveau contrat : un contrat naturel, c’est-à-dire une forme de contrat social qui met au cœur de la volonté générale un intérêt commun centré sur la préservation des relations entre l’homme et la nature, un contrat tel que l’a développé Michel Serres – la solution consistant dans l’établissement d’un droit compris comme « limitation minimale et collective de l’action parasitaire » (Michel Serres, Le Contrat Naturel, 1992. ). Il ne s'agit plus d'un contrat à deux termes, entre des gouvernants et des gouvernés, mais d'un contrat à trois termes, incluant la Nature comprise comme l'ensemble des conditions de possibilités de la vie. Cette réflexion avait déjà conduit à la rédaction de la Charte de la Terre entre (1992 et 2000) et nous a conduit, en France, à l'annexion dans notre Constitution, d'une Charte sur l'environnement (2004).

Malgré des avancées juridiques qu'il faut saluer, certains (et non les moins démocrates) font remarquer l'obstacle que constituent les Démocraties dans la recherche d'une réponse collective proportionnée à la taille des enjeux écologiques. H. Reeves propose les acrostiches Nimby et Nimto pour résumer ces deux objections à la Démocratie (Mal de terre, 2003). "Not in my backyard" résume le problème du stockage des déchets, évidemment compliqué par la quête des parts de "marché électoral". "Not in my term of office" résume celui de l'exécution des décisions prises, toujours différées à de prochains mandats, pour éviter de déplaire à l'électorat présent. D'un autre côté, remarquons encore combien une puissance comme la Chine, précisément parce qu'elle est autoritaire, est capable de prendre des décisions rapides et peu populaires à l'échelle d'un continent (comme elle l'a fait pour enrayer l'épidémie de SRAS). Ces remarques ne doivent évidemment pas nous conduire à faire l'apologie de l'autoritarisme, mais à interroger les capacités de nos démocraties à relever le défi écologique en synergie avec l'opinion publique, dans le respect des libertés de penser et d'agir... afin d'exorciser le spectre du fascisme vert.

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