Laïcité

Laïcités

La Laïcité renvoie en grec à la notion de laïos, peuple, et plus exactement à la possibilité d'un gouvernement du peuple par le peuple (excluant celle d'un gouvernement du grand nombre par un clergé restreint).

Souvent réduite à la formulation française que lui a donné son expression juridique dans la loi de Décembre 1905, elle renvoie alors à la séparation des pouvoirs temporels et spirituels et à l'indifférence de l'Etat dans la gestion des biens matériels du clergé.

Cette loi est insuffisante pour comprendre et résoudre les problèmes de reconnaissance qui, dans l'actuelle société globalisée, complique le dialogue interculturel des différentes communautés éthiques ou religieuses. Dans ce nouveau contexte, le problème de la tolérance (au sens de Locke) et de la légitimité des discours de vérité prend une ampleur accrue.

Au lieu du concept de laïcité, sujet à polémique, nous proposons un détour vers les notions d'irénisme et de perspectivisme.

Irénisme (du grec irénaios, paix) est le terme qui nous sert à désigner une éthique et une politique de la tolérance fondée, non sur le relativisme (lequel récuse la prétention des parties à tenir un discours légitime de vérité), mais sur le simple désir de vivre ensemble et partager les différences (lequel récuse toute autorité supérieure pour la résolution des conflits).

Le perspectivisme consiste à reconnaître les perspectives revendiquées par des communautés éthiques étrangères comme étant à la fois légitimes (parce qu'enracinées dans une vérité absolue ou universelle) et limitées (particulières par leurs modes d'expression). Le perspectivisme s'oppose donc à la fois aux prétentions hégémoniques des parties (toujours tentées de faire passer leur point de vue pour universel au reste du corps social) comme au déni et au dénigrement des différents discours de vérité, qui couve sous le relativisme affiché par les états laïques.

Le jacobinisme de la laïcité "à la française" est donc très éloigné de la conception que nous nous faisons du perspectivisme.

Pour l'irénisme, cette universalité rend son expression hautement désirable dans le champ social (à la différence d'une conception exclusive de la laïcité, motivée par des craintes et non par un désir de vivre ensemble, celle qui s'exprime par exemple dans la loi Stasi) en même temps que leurs particularismes les invite à un contrat d'humilité et de tolérance (à la modération donc en matière de prosélytisme). L'irénisme s'oppose donc autant à un universalisme abstrait et conquérant (qui pourrait être le fait de minorités religieuses) qu'à une laïcité au relativisme intolérant (qui pourrait être le fait de nos institutions politiques ou de certains de leurs représentants).

Irénisme et perspectivisme ne sont pas des principes stricto sensu, mais plutôt des recettes ou des stratégies de gouvernement. Ils ne prétendent pas s'appliquer rigoureusement et à la lettre (contrairement au principe de laïcité), mais plutôt selon un certain sens du dosage : modérer les prétentions des parties quand elles deviennent oppressantes, mais relativiser la position de surplomb des positions officielles quand elles se font trop arrogantes.

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