Icare (et Thésée)

Icare (et Thésée)

Icare est le fils de l'ingénieur-architecte Dédale. Son père le met en garde. Pour échapper à Minos, Dédale conçoit pour son fils des ailes de plumes, qu'il colle avec de la cire. Mais grisé par son vol, Icare oublie les bons conseils de son père, et s'approchant trop près du soleil dont la lumière le fascinait, la cire fond. Icare tombe dans la mer et meurt. Dédale parvient à se poser en Sicile.

On peut lire ce mythe comme une allégorie de l'homme moderne aux prises avec les illusions de la civilisation technoscientifique. D'un point de vue catastrophiste, on peut dire que la Technique aurait dû nous délivrer de la pauvreté : mais l'organisation technocratique de la société moderne aurait fini dans un bain de misère; ayant d'abord manqué du superflu, nous manquerions désormais du nécessaire. (Voir l'article : Misère, pauvreté)

Mais nous pouvons lire ce mythe sous l'angle de Dédale, plus sage, qui sait ne pas se laisser abuser par la Technique et la maintient prudemment dans sa fonction d'instrument. Il ne va pas aussi haut, et c'est ce qui le garde vivant.

A un autre niveau (sur le plan initiatique), Icare peut être l'antonyme de Thésée qui affronte les obstacles au lieu de fuir, s'enfonce au coeur du labyrinthe, triomphe du Minotaure. L'opposition des deux personnages signifie clairement qu'on ne peut aller à la vérité sur le mode de la fuite, qu'on la conquiert par son courage et non par des subterfuges, que pour l'obtenir on doit  la mériter, que la prudence (phronésis) est un peu plus que de la "ruse", ou si l'on veut encore que la ruse (métis) est un peu plus qu'une astuce à bon marché - puisqu'en l'occurrence elle a été conçue par un autre : in fine, la conjonction des deux figures, Icare et Thésée, enseigne que les progrès vers la vérité de l'homme moderne ne sont qu'une illusion dont il faudra déchanter, spécialement si l'on s'avise qu'il n'est que l'utilisateur (le consommateur) d'une performance technologique collective qui le trompe sur ses mérites personnels. 


Bibliographie

Ovide, Fastes (IV, 284 et 567), vol. 1. Livres I-III, Trad. R. Schilling, latin et français, éd. Belles Lettres, C.U.F.,, Paris, 1993

-- Métamorphoses (VIII, 183–235), vol. 1., Livres I-V, Trad. G. Lafaye, latin et français,Éd. Belles Lettres, C.U.F., Paris, 1925.

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