Bouddhisme et écologie

Bouddhisme et Ecologie

Après le Christianisme, l'Islam et l'Hindouisme, le Bouddhisme est la quatrième religion du monde avec 250 millions d'adeptes env., essentiellement concentrés en Asie, mais en expansion vers les pays industrialisés.

Le Bouddhisme n'invite pas à la fusion avec la Nature mais il propose une sagesse des interdépendances (coproduction conditionnée,pratîtyasamutpada) et en ce sens, il sert sociologiquement l'écologie définie comme une science des interrelations. C'est pourquoi Jacques Brosse a pu écrire qu'un « vrai bouddhiste est de toute nécessité un écologiste » (Ecologie et spiritualité, Albin Michel, 2002).

Toutefois, il convient de préciser que les méthodes du bouddhisme fondées sur des techniques de méditations tournées vers un renoncement au monde, très précisément vers le vide (sunyata), et celles de l'écologie moderne qui sont fondées sur le calcul et l'analyse scientifique visant plutôt à une célébration des interdépendances (qu'à un renoncement au monde), ne se rencontrent peut-être qu'autour de quelques malentendus que la philosophie (Françoise Bonardel) et la sociologie (Roger Pol Droit) essaient actuellement de démêler.

Des principes bouddhistes qui retiennent l'attention des écologistes, soulignons :

- le respect absolu de la vie affirmé dans une morale exprimée dans la tradition Théravada et le Sermon de Bénarès (« parole juste »,« action juste » et « moyens d'existence justes »); il aboutira dans le Grand Véhicule et le Vajrayana à un discours sur la compassion. Il équivaut au refus de toute violence, refus fondé sur une culture de l'attention aux effets de mes actes et de mes paroles : une culture de la responsabilité étendue à toutes les formes de vie, animales et végétales y compris.

-Une sagesse sans désir puisque le Nirvana (sansk.) ou nibbana (pali) signifie « extinction du désir ». Cette extinction est le but du bouddhisme. Elle produit la libération de l'esprit (moksha). C'est là bien sûr un antidote à la philosophie implicite de la société de consommation qui tend au contraire à la satisfaction des désirs.

Depuis Schopenhauer et Nietzsche, ce type de discours ne cesse d'interpeler les philosophes : Nietzsche invoque "la tragédie [grecque qui] doit nous sauver du bouddhisme" (Frag. posth., O.C. t1, Paris Gallimard, 1977, p.439). Le bouddhisme ne serait-il qu'un analgésique, un nouvel opium si l'on s'avise que la méditation est largement vendue en Occident comme une méthode de "bien-être" qui nous guérit du "stress" de la vie quotidienne?

Sur le sens et l'intérêt du bouddhisme pour la constitution d'une science écologique ou d'un dialogue interculturel, les sociologues (F. Lenoir, R. Pol-Droit) sont laconiques : préoccupés par les malentendus qui parasitent la réception du bouddhisme, ils se borneraient finalement à constituer "une sorte de sottisier au travers duquel transparait, une fois de plus, l'incorrigible ethnocentrisme occidental" (Bouddhisme et Philosophie, L'Harmattan, Théoria, 2009, p.10) - approche qui était déjà celle d'Etiemble en 1980. La philosophie et la sociologie n'auraient-elle fait depuis, aucun progrès ? Selon la philosophe de la Sorbonne, l'approche sociologique de la rencontre du bouddhisme et de l'Occident touchant ses limites (en outre par manque de référence aux textes et aux concepts philosophiques), les conditions d'un dialogue culturel fécond entre le bouddhisme et l'Occident culturel restent encore à établir ou à préciser. F. Bonardel ne propose elle-même que des "esquisses d'un comparatisme encore tâtonnant" (Ibid.,p.19).

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