Alchimie (histoire)

Histoire (et actualité?) de l’Alchimie

L’histoire de l’Alchimie se perd dans la nuit des Temps, commençant probablement quelque part entre l’âge du Bronze et celui du Fer, quand les hommes ont découvert avec la métallurgie et les premiers rudiments de pharmacologie, la joie de transformer la matière. Elle semble apparaître simultanément en Egypte, Grèce, Mésopotamie, Inde et Chine. L’une des premières figures légendaires de cet art apparaît en Europe sous le nom d’Hermès Trimégiste (une transfiguration probable du dieu égyptien Thot). Il est sensé être l’auteur du Corpus Herméticum et de la Table d’Eneraude ou Tabula Smaragdina – textes qu’on date aujourd’hui du III° siècle de notre ère. C’est aussi le siècle du payrus d’Holmiensis et du payrus X de Leyde. L’alchimie gréco-egyptienne semble s’être développée au sein de nombreuses fraternités dont celle d’Héliopolis est l’une des plus connues.

Le IV° siècle dessine progressivement de la figure légendaire d’Hermès et cherche à poser les fondements d’une science – disons d’une discipline plus rigoureuse – en ritualisant la pratique. Cette évolution notable se lit dans les œuvres de Marie la Prophétesse, Cléopâtre ou Zosime de Panopolis.

Dans la Byzance des VI° et VII° siècle, grâce au démembrement de l’Empire Romain d’Occident1 et à l’avènement de l’Islam dont les grands maîtres arabes recopient et transmettent le patrimoine des écoles alexandrines, l’Alchimie continue de se développer. C’est l’époque de Jabîr ou Geber (mort en 815), auteur du Corpus Jabirianus. Ils influenceront profondément l’Occident médiéval.

Quatre facteurs favorables concourent au développement de l’Alchimie dans l’Europe médiévale : 1. les conquêtes sarrasines s’étendant jusqu’en Espagne ; 2. le développement de la spiritualité chrétienne ; 3. les communautés d’adeptes dans la Byzance héllénisante ; 4. les lignées arabes méditerrannéennes connues par les Croisés au XI° et XII° siècles. On date parfois l’acte de naissance de l’Alchimie médiévale à ce propos tenu en 1142 par Robert de Chester : « Votre monde latin ne connaît pas encore ce qu’est l’Alchymia ». Les textes alchimiques seront transmis dans les monastères et l’Art se développera dans les ordres franciscains (exemple : Roger Bacon à Oxford, mort en 1292) et dominicains (exemple : Albert Le Grand, mort en 1280). Ces alchimistes construisent des traditions : Arnaud de Villeneuve (mort en 1311), auteur du célèbre Rosarium Philosopharum fut élève Bacon, et le maître de Jean de Rupescissa et de Raymond Lulle – deux auteurs qui influenceront tant Michel de Notre Dame. Albert Le Grand fut un élève de Saint Dominique et le maître de Frère Thomas d’Aquin (1225-1274).

Le XIV° siècle verra la consécration de l’Alchimie en même temps que naîtra, avec le succès, une vague de contestation. Ces attaques, nombreuses et violentes, prouvent au moins la popularité de l’Alchimie qui commence à être suspectée, au sein même de l’Eglise par Jean XXII, et dans la société laïque par les rationalistes. C’est qu’avec la popularité, le nom d’Alchimie a probablement attiré à lui des faussaires et charlatans de toutes sortes. Ce siècle sera malgré tout attaché au grand nom de Nicolas Flamel (1330-1417). Toute l’Europe et la Renaissance commençante verront fleurir l’Alchimie : Thomas Norton en Angleterre, Basile Valentin, auteur des Douze Clefs de la Philosophie, à Erfurt, Marcile Ficin à Florence, Pic de la Mirandole à Ferrare…

Aux XVI° et XVII°, verront le jour de nombreuses publications d’anthologies révélant les secrets de l’Art – et par là même aussi, on assistera à une prolifération de faussaires qui donneront leur principal argument aux critiques de la Spagyrie. Néammoins d’authentiques cherchants continueront l’Oeuvre, ainsi Paracelse, auteur de la théorie de l’Homoncule. Au XVII°, les Alchimistes disparaissent peu à peu sous la pression du pragmatisme et du rationalisme triomphant : l’œuvre de Newton n’y fera, et l’histoire des Sciences s’efforcera de faire oublier ses recherches alchimiques. L’âge classique verra la naissance de nouveaux Ordres initiatiques dans les rituels et les symboles desquels certains Alchimistes ont peut-être trouvé refuge : Rose-Croix d’abord, et Franc-Maçonnerie. Ou bien ils se replieront dans des villes soustraites à la juridiction de l’Eglise, comme Bâle où l’on continue de publier cette littérature intrigante. Ici et là, en ordre dispersé, les Alchimistes cherchent soutien auprès des grands de ce monde : par exemple auprès de la Reine Christine de Suède où l’on sait que Descartes aussi se ressourçait… Ils ne se départiront plus du reproche d’obscurantisme et de tromperie.

Des XVIII° aux XXI°, les alchimistes se raréfient et leur Art est relégué au rang de pré-chimie... dans le meilleur des cas. Sans doute sort-elle d’une nuit profonde, mais discrètement, avec les Demeures Philosophales de Fulcanelli, et retrouve-t-elle le chemin de notre intérêt avec l’hommage que rend Eugène Canseliet aux Frères d’Héliopolis... Une suite de cette histoire s’écrira peut-être avec ceux qui sauront méditer ces mots de Françoise Bonardel : « A l’heure où le désarroi planétaire offre à certain ésotérisme l’occasion de déployer diffusion mercantile et visées sectaires, une méditation sur le Grand Œuvre philosophal peut-elle constituer un trajet philosophique sérieux ? »


Bibliographie

Bonardel F., Philosophie de l'Alchimie, Grand Oeuvre et modernité, Paris, PUF, 1993.

-- Philosopher par le Feu, Anthologie de textes alchimiques, Seuil, 1998.

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