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Phole sagesse, pholisophie

Trungpa et d'autres maîtres, notamment dans la tradition chinoise Chan ou même saint Paul dans ses Epitres, parlaient d'une folle sagesse qui consiste à vivre selon la spontanéité (en ch. ziran). Il est important, mais difficile, de distinguer spontanéité et caprice, le dernier impliquant une soumission aveugle au désir l'ego, tandis que l'aise du sage en est totalement libérée, ce qui lui permet de répondre adéquatement à l'exigence de la situation alors que le fou ordinaire est inadapté, et le névrosé classique crispé sur la défense de ses intérêts. 
J'écris "phole" avec ph, pour signifier que cette pholie dérive de l'amour, en grec philia - là encore évidemment à condition de distinguer l'amour sage de l'amour fou (soumis à la tyrannie des passions ou des émotions) ou de l'amour ordinaire (qui n'est qu'une forme déguisée de l'amour de nos intérêts propres). 
La Pholle Sagesse n'est pas nécessairement folle et décalée dans ses actes, loufoque, voire tonitruante, révolutionnaire et transgressive; elle peut paraître grise, insignifiante et sembler conformiste, comme c'est le cas de Montaigne, qui cultivait en secret sa liberté de jugement et d'action. Ne peut-il pas y avoir prétention déplacée à considérer que l'extravagance soit une façon efficace de changer le monde? Nulle banalité n'est promesse de sagesse, mais nulle originalité non plus. La Pholie est consciente de ce paradoxe et refuse les positions de principe. Elle est seulement un surgissement spontané d'amour (d'où la racine philiaque de cette pholie), ce qui signifie qu'elle aime, avec une chaleureuse fraîcheur. Parfois elle aime en secret, condition d'un recueillement avec la chose aimée, et parfois avec fougue pour célébrer la chose aimée. Il n'y a pas de recette, de modèle fixe, pas de formule théorique définitive (elle se veut Nescience, comme chez Socrate), mais un souci d'adéquation pratique qui suppose que par la pratique de la concentration et de l'attention, on se soit libéré autant que possible de l'avidité de l'ego.


Pan Shan Bao Qi, disciple de Mazu, demanda à ses élèves : - Qui suis-je, selon vous? 
Chacun y alla de sa réponse et tous furent renvoyés par le maître, et quand vint le tour de Pu Hua, il dt lui aussi : "je peux répondre". Mais à la face du maître qui attendait, il ria et fit un saut périlleux en sortant de la chambre.
Résumé d'une histoire de D.T. Suzuki, Le Non-mental selon la pensée Zen

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