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Quel silence!

Au beau milieu du désert, le disciple s'écrit : "Quel silence!" Et le maître de répondre : "Ne dis pas "quel silence", mais dis plutôt : "Je n'entends rien"..."
Que ceux qui ont des oreilles entendent...

Je prends cela comme une méditation sur la difficulté d'être simple. 
Le disciple croit l'être, mais ce n'est pas le cas : la "simplicité" du disciple se révèle plutôt banale, assez falote, comme le révèle la réplique du maitre. Le maître lui révèle que la simplicité exige attention et précision. La simplicité est difficile, exige paradoxalement un effort. 
Par ailleurs, le maître démonte la prétention du disciple : il y a de l'orgueil dans ce "quel silence". Je n'entend rien ramène à l'humilité. 
Enfin, il y a de l'humour dans la réplique du maître. Là où le disciple exprime un sentiment finalement assez plat, trop évident pour être "vrai", le maître surprend et fait penser, réveille par un tour d'esprit qui dégonfle la grandiloquence du disciple. C'est ce dégonflement subit qui fait, sinon rire, du moins sourire.
Soulignant par là que le disciple aurait mieux fait de se taire. 
Cette détente allège la situation. Car parler, et surtout parler du silence tend à le solidifier. Sans doute aurait-il mieux valu que le disciple se contente de savourer le silence - ce qui suppose d'accepter le silence, de ne pas chercher à le tenir ou le retenir...

Mais parfois, c'est le silence du disciple qui subjugue le maître; et c'est ce silence qui fait entendre ce qu'on ne peut dire. Mais évidemment, pas n'importe quel silence. Il y a des silences éloquents, pleins voire stupéfiants qui, sans le secours de la langue continuent pourtant la mission du langage (qui est de faire sens), comme dans l'histoire suivante : 

Pan Shan Bao Qi, disciple de Mazu, demanda à ses élèves : - Qui suis-je, selon vous? 
Chacun y alla de sa réponse et tous furent renvoyés par le maître, et quand vint le tour de Pu Hua, il dt lui aussi : "je peux répondre". Mais à la face du maître qui attendait, il ria et fit un saut périlleux en sortant de la chambre.
Résumé d'une histoire de D.T. Suzuki, Le Non-mental selon la pensée Zen

Et il peut y avoir des silences tapageurs, qui ne nous laissent pas en paix. Comme ici : 
Deux moines passent à proximité d'une rivière où une fille pleure de ne pouvoir traverser pour rejoindre sa famille. L'un des deux moines retrousse ses manches et prend charitablement la jeune fille sur son dos pour la faire traverser. Puis chacun continue son chemin lorsque le deuxième moine, ruminant sa colère et n'y tenant plus, dit alors au premier : 
- Mais enfin, te rends-tu compte? Tu as touché une femme alors que notre Règle l'interdit! Tu l'as portée dans tes bras!  
- Ah, bon? dit le porteur. C'est possible. Mais je l'ai posée depuis longtemps, tandis que toi, tu la portes encore...
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