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Histoire des sciences sociales (Indice de crise)

Indice de crise : histoire des sciences sociales

La situation des sciences humaines contemporaines n'est guère plus simple. Traditionnellement, une certaine division du travail avait cours, entre économie politique d'un côté et philosophie, anthropologie, ethnologie, etc. de l'autre, garantissant une relative autonomie de ces deux champs de savoir. L'économie politique fondée sur le modèle de l'homo economicus (l'individu séparé, rationnel, calculateur, égoïste et indifférent, cherchant à maximiser son propre bonheur) s'est d'abord donnée comme un modèle simplificateur, mais suffisant pour étudier les phénomènes de marché.

Dans les années 1960-1970, ce modèle s'est pourtant étendu à l'étude de tous les secteurs de la société (éducation, amour, crime, religion, etc.). Citons le sociologue Gary Becker, élève de Friedman, comme l'un des chefs de file de cette généralisation, suivi par la grande majorité des économistes philosophes et sociologues, J. Rawls et P. Bourdieu compris (J.Rawls veut savoir ce qu'est une société juste si c'est une société faites dhomo economicus rationnels et P. Bourdieu propose une économie générale de la pratique, reprochant à ses collègues de ne pas généraliser suffisamment le modèle de lhomo economicus). Bref, on peut penser se trouver, avec l'université contemporaine, dans un univers de pensée utilitariste, comme le remarque par exemple, le sociologue A. Caillé.

C'est contre ce modèle dominant qu'Alain Caillé et la revue M.A.U.S.S. proposent de repenser les sociétés contemporaines, repartant pour les décrire, du paradigme du don (en s'appuyant sur les travaux de M. Mauss), montrant que les témoignages de générosité (qui peuvent aussi pousser à rivaliser de générosité) forment la matrice fondamentale non seulement des formes de socialité primaire (famille, amis,etc.) mais aussi celle des formes de socialité secondaire (entreprises, etc.). Cela n'exclut pas la rationalité économique mais nous invite à penser dans le cadre d'une dialectique, hiérarchisant motivations économiques et motivations supra-utilitaristes. C'est dans le droit fil de cette pensée sociologique alternative que nous proposerons plus loin de repenser la société sur le modèle de la fraternité. La fraternité est en effet fondée sur le don, geste fondateur qui est l'opérateur général de la société, constitue les sociétés par le mécanisme de l'alliance, le jeu de l'interrelation-interdépendance, fait basculer de la guerre à la paix, de l'ignorance à la reconnaissance, de l'individualisme au personnalisme : elle est aux communauté spirituelles ce que le paradigme maussien du don est aux sociologues professionnels. Une société est l'intégrale des dons, une surenchère d'alliance, et donc bien plus qu'un simple agrégat d'intérêts.

L'un des bénéfices d'une approche écosophique de la crise est de souligner le caractère construit, historique du modèle de l'individu rationnel (lhomo economicus). Lhomo economicus est une construction historique, non un modèle évident et naturel comme le croient les "utilitaristes" de tous bords - pour reprendre l'usage un peu polémique de ce terme par A. Caillé. Il est important de pouvoir réinterroger la domination de ce paradigme scientifique, pour nous prémunir contre les formes arrogantes de la doxa scientifique-utilitariste, à partir des travaux de Caillé ou de Maffesoli.

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