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Histoire de la philosophie en 21mn

Cours d’Histoire de Philosophie en vingt et une minutes

 

I. Période antique

Les Grecs ont inventé la raison. Au tournant du 6e s. av JC, ils nous font passer du mythe à la raison. Ce n’est plus l’intervention des Dieux dans le monde qui explique les phénomènes observables, mais les éléments (eau, terre, air, feu) qui servent à expliquer la Nature. Les Physiciens donnent à la Nature une importance tout à fait centrale que les penseurs de la morale vont confirmer. La Nature est en Grèce un principe normatif, et non pas simplement descriptif : elle dit ce qui doit être, assigne à chacun sa place. D’où l’importance de la Justice qui consiste pour chacun à occuper le rôle que la Nature lui a fixé. Les sophistes discutent la pertinence de cette Nature érigée en absolu, et lui opposent les conventions toujours changeantes. Mais les philosophes dont le statut est plus marginal qu’on ne veut bien le dire (Socrate a tout de même été condamné en bonne et dûe forme par un tribunal), s’opposeront à eux. Quatre écoles organiseront le débat argumenté, et passeront à la postérité : l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote, la Stoa de Zénon et la Jardin d’Epicure. A quoi il faudrait ajouter deux courants de pensée, moins structurés mais vivaces : les courants cynique (Diogène est le représentant le plus célèbre) et sceptique (retenons Sextus Empiricus).

Ne surestimons pas les notions de liberté, ou de même de vérité : les Grecs ont surtout pensé la Nature et la Justice au sein d’un débat rationnel.

Les Romains n’ont rien inventé, mais font superbement vivre la tradition stoïcienne, notamment à travers Epictète, Cicéron, Sénèque et Marc-Aurèle.

Uns secte marginale de la méditerranée orientale va bousculer ce débat rationnel autour de la sagesse…

 

II. Période médiévale

Cette secte, d’abord considérée comme fanatique, s’imposera peu à peu malgré et peut-être aussi grâce aux persécutions subies, jusque dans les murs de la Rome décadente. Au 4e s., Constatntin la prendra finalement pour religion officielle de l’Etat Romain : le christianisme institutionnel est né, et la « Cité céleste » sert de guide aux efforts de la « Cité terrestre » (Augustin). Le « vrai philosophe » du Moyen-Age sera le moine. Les écoles de philosophie grecque ferment. Les concepts grecs sont mis au service de la Révélation, pensée philosophiquement dans les dogmes mais connue et approfondie dans la prière. Tout l’effort de pensée se décline à partir de la Foi. De Saint Augustin à Saint Thomas d’Aquin, la philosophie devient servante de la théologie. Souvent mal connue des philosophes contemporains (qui poussent parfois l’ignorance jusqu’à confondre la Dogmatique et le dogmatisme), cette période est d’une intensité spéculative aussi extraordinaire que la ferveur de sa foi : pour s’en convaincre, il suffit de s’intéresser à l’histoire des Conciles, notamment ceux de Nicée et Constantinople.

Au 13e s., dans son débat contre Averroès, Saint Thomas relit Aristote (dont les textes avaient été perdus en Europe pendant tout le premier millénaire). Des contradictions et des erreurs d’Aristote, mises à jour par trois siècles de débat (12e s.-15e s.), naîtra le désir de préciser les concepts d’une philosophie de la Nature : dans le domaine de ce qui deviendra la physique (physique, et surtout astronomie), la raison semble s’émancipe de la foi. C’est la Renaissance. Emerge la figure de l’ingénieur (Léonard de Vinci). Les autorités théologiques se raidissent contre les efforts de pensée autonomes : en 1600, l’Inquisition passe G. Bruno sur le bûcher.

Notons aussi que le 13e s. voit la naissance de l’Inquisition, deux siècles après le début des Croisades : outre leur conséquence sur l’histoire de l’Eglise et de l’Occident, ces faits qui signent un certain rétrécissement du climat général, rendraient pertinents l’introduction de nouvelles considérations sur les traditions philosophales – qui représentent l’effort que font des initiés pour survivre dans les marges. Pour plus de clarté « pédagogique », j’ai séparé l’analyse de ces deux traditions.

 

III. Période moderne

L’essor de la bourgoisie italienne, et surtout celui des sciences de la nature vont créer des tensions entre l’hégémonie de la Foi et l’exercice autonome de la raison. D’une reconfiguration des rapports entre Foi et Raison qui passe par des anathèmes et des persécutions, naitra le Protestantisme (1530-1555) qui est un effort pour affirmer l’exercice autonome de la raison jusque dans le domaine de la morale et de la théologie (Calvin, Luther), contre le monopole catholique du Texte et de son interprétation (être protestant, c’est avoir la Bible chez soi – ce qui est désormais permis par les progrès de l’imprimerie – et pouvoir la lire seul, donc s’en faire une idée par soi-même). Des guerres s’ensuivront opposant catholiques et protestants. Ces guerres – triste variations sur le thème sinistre de la Croisade qui met toute la chrétienté en contradiction avec son discours fondateur sur l’Amour -  affaiblissent encore davantage la légitimité du pouvoir spirituel dans ses prétentions à régner dans le monde. Une nouvelle conception de la politique en naîtra et avec elle une science politique dont Montesquieu jette les bases : Machiavel et Hobbes pensent la séparation de la morale et politique, la morale ayant historiquement prouvé son impuissance à donner à la politique ses principes directeurs. Rompant avec la politique antique et médiévale qui chez Augustin plaçait la politique sous l’autorité de la morale et de la théologie, la politique moderne est pensée comme rapports de forces et l’Etat se pense désormais hors de la tutelle des Eglises. La Tolérance se veut garante de la paix et de la sécurité publiques (Locke) ; la société juste se fondera sur un contrat (Rousseau). L’individu moderne – un être dont les droits doivent être protégés – entre en scène. L’Encyclopédie (Diderot) est son outil de résistance contre la tyrannie et l’obscurantisme : car savoir est pouvoir. 

Ce savoir se constitue dans un premier temps comme une critique du dogmatisme et des préjugés (Montaigne), puis comme une entreprise de domination de la nature (Descartes) sur laquelle se développera toute une civilisation du progrès (Bacon emploie déjà ce terme). La tradition anglo-saxonne sera d’inspiration empiriste (Bacon et Locke insistent sur la valeur de l’observation) tandis que la française sera plutôt rationaliste (valorisant la démonstration), malgré quelques exceptions (Condillac) et les successeurs de Descartes, Spinoza, Malebranche et Leibniz orchestreront l’âge d’or de la Métaphysique ou Théologie spéculative. Berkeley et Hume en feront la critique, qui deviendra systématique et radicale avec Kant : la Critique de la Raison Pure est l’œuvre majeure de l’époque des Lumières, concédant aux empiristes que toute connaissance commence avec l’expérience et approuvant la thèse des rationalistes, qui veut que l’esprit applique ses concepts à l’expérience – expérience en dehors de laquelle il peut bien y avoir un « savoir » et même une foi, mais pas de « connaissance » légitime. C’est la fin d’un monde où la vérité se découvrait : la vérité est désormais quelque chose qui se construit. Les trois Critiques de Kant ont donné à ce chantier ses règles et ses limites.

 

 

IV. Période moderne contemporaine

Avec le développement accéléré des sciences et des techniques se développe une idéologie du Progrès qui va conditionner une réflexion croisée sur l’Histoire et la techno-science par laquelle l’Homme moderne croit pouvoir prendre en main son devenir. En témoignent les œuvres de Hegel, de Marx, de Comte. Cette grimace de la rationalité moderne, critiquée dès le 19e s. par Cournot comme une illusion de type religieux, sera peu à peu rendue consciente, d’abord par la tragédie des guerres mondiales et le totalitarisme, bref la barbarie du 20e s., puis la crise écologique de la fin du 20e s qui accuse une rationalité incapable de prendre en compte la « complexité » (Morin). La civilisation prométhéenne bat de l’aile et semble appeler de ses vœux un monde post-moderne encore à l’état naissant (critiquant le futurisme progressiste de la modernité, la valeur travail et l’utilitarisme). Dès le 19e s., le prométhéisme moderne faisait l’objet d’un soupçon : le Vouloir-vivre (Schopenhauer), l’Inconscient (Freud) et l’herméneutique nietzschéenne interrogeaient « à coups de marteau » les ombres de la rationalité libératrice et conquérante. Kierkegaard défend l’individu contre l’arrogance des systèmes mystificateurs qui l’anonymisent. La phénoménologie (Husserl) tente positivement de refonder la philosophie sur les ruines de la métaphysique, en décrivant humblement l’expérience que nous faisons du monde (Husserl, Sartre) ou de la vie morale (Jankélévitch).

Dans une société qui s’interroge sur elle-même (naissance de la sociologie avec Durkheim), une nouvelle forme de rationalité, plus ouverte, essaie d’émerger (Popper), ressourcée dans l’élan vital (Bergson) ou dans l’Imaginaire (Bachelard). Le questionnement philosophique est remis en question pour la pertinence de ses choix politiques (Heidegger était nazi), ou se noie dans la technicité de la philosophie analytique (Russel, Wittgenstein), tantôt jargonne et tantôt s’universitarise à outrance (Bouveresse). Seuls demeurent – mais toujours plus rares – quelques philosophes qui parlent de la vie morale, artistique ou politique (Arendt, Foucault, Deleuze, Rawls, Sen).

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