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Contre histoire du Sida?

Conférence donnée à l'UPP; 2005.

Hypothèses sur une contre-histoire du Sida 

 

 

En introduction, je voudrais rappeler que les Universités populaires de la fin du XIX° se préoccupaient de questions sociales : on y parlait des dangers du tabac ou de l’alcool et à toutes sortes de publics. On ne se contentait pas d’y singer les universités traditionnelles en refaisant des cours ennuyeux sur des philosophes que plus personne ne lit… C’est dans cette tradition pragmatique (plus que spéculative) que s’inscrit ce discours.

 

I.                    Les dissidents du Sida

 

1° Doutes sur une hypothèse non démontrée.

K. Mullis (inventeur du test PCR, Nobel de Chimie 93) a publiquement fait part de son étonnement de ne pas parvenir à trouver l’auteur de la preuve de l’origine virale du Sida (VIH=SIDA). L’auteur d’une telle thèse, s’il existait, mériterait d’être connu, et ne manquerait de recevoir à son tour le prix Nobel pour une telle découverte. On peut bien attribuer au Dr Gallo la paternité de l’hypothèse. Mais à qui la paternité de la preuve ?

K. Mullis a fini par déclarer publiquement : « Il n’y a aucune preuve scientifique que le VIH soit la cause du Sida. Il n’y a pas le moindre document dans la littérature scientifique qui puisse le prouver ». Par ailleurs, l’éminent virologue P. Duesberg (Prix exceptionnel des EU, 350 000$) soutient aussi cette position.

A noter que depuis qu’il a fait cette déclaration (il y a environ 13 ans maintenant), le Pr Duesberg a été interdit de publication dans la presse scientifique américaine, et privé de bourses de recherches. Ses déclarations ont pourtant trouvé audience auprès de chefs d’états africains (nous reparlerons d’eux plus loin).

A ce jour, il existe toujours un prix international pour qui arriverait à démonter cette hypothèse, dans les règles classiques de la virologie, et non sur la base d’un calcul probabiliste : il s’agit du prix Huwe Christie – que personne n’aurait encore réclamé.

Les « dissidents » se fondent sur deux objections :

1. Le VIH n’aurait jamais été isolé d’après les règles classiques de la virologie : on n’aurait jamais démontré ses effets in vivo, et tant que ce travail n’est pas fait on considère que le Sida ne remplit pas les critères d’une maladie infectieuse – c’est l’argument scientifique majeur.

2. Les tests du Sida manqueraient d’étalon ( ce qu’on appelle « gold standard »), si bien que 70 facteurs parasites provoqueraient un résultat positif : hépatites, malaria, vaccination contre la grippe, grossesse, alcoolisme, toxicité médicamenteuse…

Apparemment, l’argumentaire qui soutient aujourd’hui l’hypothèse VIH=SIDA, consiste à dire que les patients diagnostiqués Sida et qui présentent des signes d’effondrement du système immunitaire sont tous porteurs du VIH. Cet argument n’est pas rigoureusement scientifique, car il conclut d’une simultanéité à un rapport de causalité. Il n’y a pas besoin d’être scientifique pour le comprendre ; il suffit d’un peu de bon sens. Mais pour approfondir cette annalyse de la causalité, c’est le moment de relire D. Hume.

Il semble qu’un certain nombre de chercheurs (et de médecins consciencieux) observent ce virus chez des patients et en déduisent qu’ils sont malades, alors même qu’ils ne présentent aucun signe. C’est exactement ce que l’on dit en affirmant que le VIH a un temps de latence (sans signe pathologique), puisqu’on peut être ce qu’on appelle « porteur sain ». L’estimation de ce temps de latence a d’ailleurs considérablement augmenté au fil des ans (aujourd’hui entre 5 et 15 ans environ), mais sans que ne soit officiellement remise en question l’hypothèse du caractère agressif de ce virus. Vous savez sans doute que les adversaires de cette hypothèse tirent argument de cette observation pour conclure qu’il ne faut pas lutter contre le VIH, mais renforcer les défenses immunitaires : retour au plasma de Quinton et au charbon activé…

Le VIH est-il dangereux ? On a l’habitude de le penser. Mais si on peut vivre tant de temps avec un virus, faut-il le considérer comme dangereux ? dans certaines déclarations, le Pr. Duesberg aurait soupçonné le VIH d’être au fonds inoffensif, et de ne pas faire plus de dégâts dans les lymphocytes T qu’une simple coupure au rasoir.

Peut-on se débarrasser du VIH ? On a l’habitude de le nier. Mais M. Dogna rapporte des statistiques étonnantes : 76% des bébés nés séropositifs deviennent séronégatifs dans les 18 mois qui suivent. On peut donc se débarrasser du VIH ?

Peut-on être considéré comme malade sans être porteur du VIH ? Cela semble aberrant si le VIH est la cause du Sida. Le plus étonnant serait tout de même que la médecine officielle aux EU, si attachée à l’hypothèse VIH=SIDA, tombe dans la contradiction qui consiste à vous diagnostiquer Sida alors que vous n’êtes même pas porteur du VIH. C’est pourtant ce qui s’est passé, depuis que la CDC –Center for Desease Control – et l’EIS ont élargi les critères du Sida pour la 3° fois, en 1996 : une étude (rapportée par M. Dogna dans ses Dossiers Noirs de la Santé Publique) réalisée cette année là aux EU aurait montré que 62 000 américains qui ont reçu un diagnostic Sida n’étaient même pas séropositifs.

 

 

 

2° Doutes sur les tests

  1. Test Elisa : on lui reprocherait un taux d’erreur de 80% - il serait dénoncé par le New England Journal of Medecine. Ce test serait positif en cas de malaria, tuberculose, dans la plupart des maladies infectieuses y compris la grippe, en cas d’hépatites et de dénutrition.
  2. Test Western Blot : il serait tenu pour non spécifique depuis 1993 par des scientifiques australiens qui auraient publié leur conclusion dans Biotechnologie – sans contestation ultérieure, précise M. Dogna.

Vous trouvez aussi beaucoup d’articles dans les journaux Today et Wall Street qui ont publié des rapports de la FDA montrant qu’il semble y avoir eu beaucoup de faux positifs.

Ces tests auraient des difficultés à reconnaître les anticorps spécifiques du VIH. D’où le redoublement des tests (4 en général pour confirmation dans les pays industrialisés).

En Afrique, la pauvreté ne permettant pas de pratiquer les tests scientifiques, l’OMS a validé un test fondé sur 3 ou 4 signes : perte de poids de 10%, diarrhées chroniques, fièvres récurrentes, éventuellement : toux. Or il existe un grand nombre de maladies dues à la pauvreté, 29 au total, qui comportent exactement ces signes. Ce qu’on appelle Sida en Afrique a donc bien des chances d’être différent de la maladie qu’on appelle Sida dans les pays industrialisés. Qu’est-ce donc que le Sida ?

En d’autres termes, les critères de diagnostic ne sont pas clairs. Ils ont même été élargis en 1996 par l’EIS (la « CIA médicale américaine », comme la nomme péjorativement M. Dogna) alors que les chiffres du Sida étaient en train de baisser. Peut-on en conclure qu’il existe dans ce domaine aussi une stratégie de la Peur qui viserait à gonfler les chiffres (afin de justifier le financement des entreprises qui sont sensés les faire baisser ?), dans la logique des analyses de M. Moore ?

 

3° Doutes sur les traitements :

En 1999, Al Gore a négocié les stocks d’AZT  (des laboratoires Burroughs and Welcome) auprès d’un grand nombre de pays africains, alors que ces produits sont interdits aux EU et en Europe. Al Gore les a soldés, sous des prétextes humanitaires. Pourtant ce traitement a été interdit par la FDA (Food and Drug Administration) elle-même parce qu’il tuait plus vite que la maladie elle-même.

Il semble qu’on ait conclu trop vite sur les vertus de l’AZT : des études lui reproches de détruire la moelle osseuse, et de ne provoquer une (éphémère) augmentation des lymphocytes T que par réaction de l’organisme qui se défend alors contre ce médicament (et non contre le virus) qui l’empoisonne ; au final, détruisant la moelle osseuse, il aggrave la dépression immunitaire. L’AZT est un immunodépresseur et non pas un immunostimulant comme certains laboratoires l’avaient d’abord soutenu, trompés par la simultanéité entre deux phénomènes : l’absorption d’AZT et l’augmentation des lymphocytes T. Il n’est jamais prudent de conclure de la simultanéité entre 2 phénomènes à un rapport de causalité.

Cette remise en cause de l’AZT n’a rien d’étonnant quand on songe que l’AZT n’a jamais été inventé pour traiter quelque maladie virale que ce soit, mais pour traiter le cancer, 30 ans en arrière, de manière d’ailleurs tout aussi peu efficace semble-t-il. M. Dogna qualifie cette stratégie d’une formule éloquente : « Rentabiliser la Mort ».

En ce qui concerne la Trithérapie et tous les antirétroviraux, les espoirs ne seraient pas plus grands : de nombreuses études reprocheraient à ce médicament de produire les signes mêmes du Sida. Ces effets secondaires ne sont pas autre chose que… les signes inquiétants du Sida lui-même : anémie, diarrhée, insuffisance rénale, hémorragie interne, rétinites, diabète, insuffisance hépatique, pancréatite aigue, et même : mort subite.

Une question se poserait enfin au sujet de l’efficacité du préservatif. On a beaucoup discuté du fait que le virus est plus petit que les pores du Sida. Peut-il donc passer au travers ? Les liquides dans lesquels il baigne favorisent-ils ou freinent-ils son passage ? Ne parlons pas de maladresses dans l’utilisation des préservatifs, et autres déchirures. Aucune étude ne semblerait vouloir conclure sur l’efficacité certaine du préservatif (ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il est inutile d’être prudent). Je me suis laissé dire (par des docteurs en pharmacie) que la polémique à ce sujet a finalement été étouffé, sous des montagnes de fax transmis aux pharmaciens, il y a maintenant à peu près un an : étouffée sans être résolue. Qu’en penser ? Qui veut encore soutenir une position scientifique ferme (et non une simple position de prudence) ?

 

Conclusion : Personne ne doute qu’il existe des maladies du système immunitaire, mais parmi elles, en existe-t-il une qui s’appelle Sida ? Comment la définir ? Est-elle l’effet du VIH ? Les tests qui sont pratiqués pour repérer ce virus sont-ils fiables ? Quelle est l’efficacité des traitements en Biomédecine ? Quelle est l’efficacité de la prévention par le préservatif ? Beaucoup de questions auxquelles la communauté scientifique est loin d’apporter des réponses consensuelles.

On peut lire sur le Net ou ailleurs, qu’une communauté scientifique croissante demanderait la révision des critères de cette maladie, car pour pouvoir la soigner, il faut d’abord savoir si elle existe, et pour savoir si elle existe, il faut au moins pouvoir la définir. Or sur toutes ces questions, il semble pour le moins qu’il n’y ait pas d’unanimité. Cela veut-il dire que les partisans de la thèse orthodoxe sont pour les uns naïfs et pour les autres diaboliques ? Cela veut-il dire que les dissidents sont de simples polémistes ?

 

 

II.                  Hypothèse politique

Peut-être savez-vous que le Pr Duesberg a trouvé une oreille favorable auprès de Thabo M’Beki, un président africain, héritier de Nelson Mandela et montré comme le chef de file d’une nouvelle génération de chefs d’états africains, reconnaissables à leur qualité morale. Par une lettre du 3 Avril 2000, ce dernier demandait au président Clinton de mettre un terme à la censure exercée par la presse scientifique américaine sur les chercheurs dissidents.

Au fond, les chefs d’Etat africains qui suivent M’Beki redouteraient une stratégie américaine fondée sur les déclarations de hautes personnalités américaines qui répètent, depuis les déclarations de G Bush père en 1969, que « la croissance démographique des pays du tiers-monde est une menace pour la sécurité de EU ».

Consultez les documents du conseil de sécurité national de EU, entre 1974 et 1977

Monde et Mission Institut Pontifice des Missions Etrangères, vol.9, n°1, 1992.

Tendances démographiques mondiales et implications pour la sécurité nationale, Centre d’Etudes internationales et Stratégiques, 1988 – texte dans lequel le SIDA est présenté comme un « espoir ».

Rev. Washington Quaterly, printemps 1989

J. Brewda, La démographie raciste de la stratégie militaire des EU, in Executive Intelligence Rev., cir.1, 7, 91

On se souvient en effet que, suite aux premières déclarations de Bush père en juillet 69 qui soulignait l’urgence d’opérations de contrôle démographique dans les pays du tiers-monde, le 29 juillet 1969, le Dépt de la Défense américaine demande au Congrès une enveloppe de 10 millions de dollars pour l’élaboration « d’un virus rebelle à toute thérapeutique ».

C’est dans cette dynamique que le Pr Gallo avait travaillé sur des souches virales (d’ailleurs fournies en masse par l’OMS) pour énucléer un virus mutant greffé d’un ARN de leucémie de chat et d’un ARN de sarcome de poulet, le tout cultivé sur des globules blancs humains afin de franchir la barrière de l’espèce. C’est l’une des hypothèses (à vérifier) de l’origine du VIH, moins connue que celle du SV40, mais non sans intérêt.

Si le VIH a été créé par l’homme, a-t-il été créé pour servir un but politique ? Sans doute vous souvenez-vous que dans les années 70, l’hypothèse d’une guerre bactériologique commençait à percer : un an après que le président Mobutu eut fait exécuter des agents de la CIA, en 1975, 55 villages zaïrois furent ravagés par le virus Ebola : coïncidence ? sanction divine ? ou stratégie militaire ? Il faut dire que le dit président avait d’abord accepté de louer en 1970 un territoire de 170 000 km2, peuplé de 760 000 personnes à l’est du Zaïre, à des fins militaro-industrielles états-uniennes !

Si le VIH n’était pas la cause du Sida, on comprendra les pressions de l’EIS pour redéfinir les maladies endémiques liées à la pauvreté en Afrique sous la catégorie Sida : car cela a permis de réduire les aides pour ces maladies liées à la pauvreté. Conséquences : plus de mortalité en Afrique.

S’il existe une épidémie de Sida, cela permet de vendre les stocks d’AZT (voir les négociations d’Al Gore en 1999). Résultat : plus de mortalité.

Si le Sida est associé à une maladie sexuellement transmissible (hypothèse elle aussi discutée), cela permet de préconiser le préservatif et d’organiser un terrorisme médiatique contre le sexe. Résultat : moins de natalité. 

Augmentation de la mortalité et réduction de la natalité en Afrique : cela n’est-il pas étrangement cohérent avec les soucis sécuritaires du Congrès américain ?

 

3. Par mesure de prudence

Nous avons dérangé beaucoup d’hypothèses si peu discutées habituellement et qui avaient fini par se transformer en dogme : mais il faut être prudent à ne pas transformer notre questionnement en misologie dogmatique elle aussi, en une hostilité sceptique et dogmatique à son tour, et ironique à l’égard des positions dominantes de l’orthodoxie scientifique.

Nous ne prétendons évidemment pas apporter de réponse à un problème scientifique et politique redoutable. Et si les dissidents voient dans cette sale affaire, la plus grosse erreur médicale du XX°, l’étonnement ou le bouleversement  que produisent leur propos n’est pas pour autant une garantie de sérieux et un gage de vérité. Faut-il considérer que le plus critique ou le plus contestataire a toujours raison ? Non, bien sûr ; seul a raison celui qui peut donner ses raisons, des raisons capables de résister à l’épreuve du doute.

Cependant les noms associés à ces thèses montrent qu’il ne s’agit pas d’un problème mineur ; ce qui est étonnant aussi, de la part des pouvoirs publiques qui sont pourtant tenus par un devoir de modération, c’est de ne pas laisser de place à ce débat confisqué, sinon étouffé ; et de contribuer à la transformation d’hypothèses en thèses dogmatiques.

Les pouvoirs publics qui relaie les positions de l’orthodoxie dominante sur des questions non résolues contredisent le devoir de modération qui est le leur. La seule chose que je ne sais, disait Socrate, c’est que je ne sais rien. Ce qu’on ne sait pas, il ne faut dire qu’on le sait. Ceux qui affirment ce qu’ils ne savent pas peuvent être suspectés, comme les adversaires de Socrate, d’avoir intérêt à défendre les thèses non fondées qui sont les leur – des intérêts sans rapport avec le savoir, bien sûr. En prenant position sur des sujets douteux, les pouvoirs publiques défendent les intérêts de lobbies, d’une manière qui prouve les implications financières, sociales et politiques des questions scientifiques. La science n’est donc pas le royaume d’une vérité désincarnée, la forteresse de la raison, l’empire de la démarche démonstrative ; elle est soupçonnée de servir comme instrument idéologique au service d’intérêts politiques (la sécurité nationale) ou financiers (celui des laboratoires pharmaceutiques) et mériterait un approfondissement de la question des bio-pouvoir, dans la perspective des analyses de M. Foucault : l’objectif n’en serait pas nécessairement de saper l’autorité de la science, mais plutôt de la défendre contre une instrumentalisation politique – instrumentalisation qui mine l’indépendance et la liberté de la science dans sa pratique quotidienne, alors menacée d’être réduite à une entreprise de mystification. Il ne serait pas sans intérêt d’écouter ce que les scientifiques ont à nous dire de son fonctionnement universitaire (stratégies de carrières) et de ses enjeux financiers : voyez par exemple l’analyse sous cet angle d’un débat concernant une hypothèse aussi peu lourde d’implications politiques et financières que celle qui concerne le sens des peintures rupestres telle qu’elle est rapportée par J. Clottes, dans son addendum aux Chamanes de la Préhistoire. Après trois siècles à définir des méthodes, la science a besoin d’une charte politique qui règle ses relations avec toutes les formes de pouvoir, même démocratiques – faute de quoi elle est menacée de sombrer dans les mêmes travers idéologiques que la religion médiévale avec le pouvoir monarchique.

S’agissant d’un intérêt politique de l’ampleur de celui que nous avons pointé, c’est-à-dire un génocide camouflé, la cause mérite qu’on y soit attentif. Et si en finançant généreusement une action contre le Sida nous financions un génocide camouflé ? Votre euro servira-t-il à payer une dose d’AZT ? une trithérapie ?

Les questions sont trop graves pour ne pas vous encourager pas à examiner la question à fonds. Ne me croyez, car du reste je n’ai pas d’affirmation à laquelle j’aurais besoin que vous croyez : je me suis contenté de poser des questions. Renseignez-vous sur les sources données,  et sur les auteurs mentionnés.

En vous renseignant sur les auteurs mentionnés, y compris sur mon propre compte, vous découvrirez que les débats scientifiques sont minés par des montagnes d’arguments ad hominem qui attaquent les personnes là où il faudrait préciser les termes techniques d’un discours. Vous trouverez foules de portraits qui peignent le Dr. Gallo comme un Faust diabolique, Thabo M’Beki comme un insomniaque qui a trouvé ses thèses sur internet en surfant sur le Net, K. Mullis comme un génie touche-à-tout mais un peu superficiel, et le Pr Duesberg comme un raté qui tente de se refaire une renommée scientifique en créant une polémique sans fondement, etc. L’argument ad hominem a, chez les philosophes polémistes (Nietzsche par exemple et ses arguments contre les difficultés digestives de Socrate), une fonction philosophique précise hors de laquelle il risque d’être rabaissé à un simple coup bas qui convainc les partisans, mais déçoit tout chercheur indépendant.

Récemment, je me suis amusé à contacter des associations de lutte contre le Sida en choisissant de préférence des associations pilotées par des noms aux titres ronflants (Dr et Pr) : j’ai obtenu toutes sortes de réponses : Gallo n’est pas l’auteur de l’hypothèse de l’origine virale du Sida (mais aucun autre nom n’est donné) ; ou  bien « Les thèses du Pr Duesberg, nous les réfutons », et suit un retour à la ligne, sans le moindre argument ; et même « K. Mullis, nous ne le connaissons pas... ». Rien non plus sur les théorie des cofacteurs du Pr. Montagnier – thèse ambiguë approuvée par des associations dissidentes, dans laquelle pourtant il semble que le Pr Montagnier soutienne la responsabilité du VIH. Aucun commentaire sur la position Durban quand je demande si un débat scientifique peut se résoudre comme un conflit politique, c’est-à-dire par une pétition (avec sa liste de signataires et ses prix Nobel).

Je suis étonné d’être renvoyé à la « théorie du complot » par des tenants de l’orthodoxie qui veulent faire planer au-dessus de moi le spectre d’une idéologie extrémiste : tous ceux qui supposent que la politique et la science reposent sur des stratégies sont-ils donc des extrémistes politiques ? Ne sont-ce pas plutôt ceux qui passent ces stratégies sous silence qui pêchent par angélisme, idéalisme et naïveté ? Voilà une question qu’il faut poser. Parler d’une théorie du complot où je demande d’analyser des stratégies, c’est recourir à des manœuvres d’intimidation morale, à des moyens de censure, à des stratégies de pouvoir, ou simplement à des jugements de valeur (si l’on signifie que vous êtes un esprit faible influencé par la haine des dits-extrémistes). Cette approche stratégique, à laquelle on reproche d’entretenir une polémique futile et même dangereuse (sous prétexte qu’elle inviterait à ne plus se soigner), a du moins le mérite d’inviter au questionnement face à une orthodoxie qui veut clore le débat et par là le confisque aux dissidents scientifiques. En ce sens, elle me semble plus questionnante, et donc plus scientifique que la position orthodoxe qui prétend posséder les réponses et clore le débat.

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