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Histoire de la Médecine Chinoise

Histoire de la médecine traditionnelle chinoise ( I )

 

Ce que nous appelons MTC date de deux mille ans (dynastie Han) : ce fut d’abord une collection des différentes techniques médicales d’origine populaire, savamment théorisée dans le Huang Di Nei Jing, le Classique de l’Empereur Jaune (réunion d’articles écrits entre le III° siècle avant J.C et le III° siècle après J.C., et édités sous les Song, 960-1127).

Elle repose sur l’utilisation d’une méthode de diagnostic originale (palpation des pouls et observation des langues) et des méthodes de traitement qu’on peut globalement ranger en cinq catégories : l’acupuncture/moxibustion ; la pharmacopée ; la médecine manuelle ; des techniques de concentration/méditation (rassemblées sous le terme Qi Gong depuis les années 1950) ; une diététique.

Ces méthodes de traitement n’ont de sens qu’à l’intérieur de l’épistémè chinoise, c’est-à-dire à l’intérieur d’un paradigme scientifique donné (un corpus d’axiomes incluant une représentation énergétistes du monde, les notions de yin-yang, la théorie des cinq éléments, la définition des pouls, des langues, etc.). Hors de ce paradigme, il vaudrait mieux parler d’aguillothérapie, mais les ambiguïtés terminologiques sont entretenues par des conflits scientifiques et économiques (opposant les praticiens de la MTC à l’ordre des Médecins et à certains médecins affiliés).

Cette médecine se transmettait sur un mode familial/traditionnel, mais depuis les années 1950, elle s’élabore et se transmet selon des modalités plus occidentales, se standardise dans un cadre universitaire. Elle revendique paradoxalement une couleur traditionnelle  tout en voulant se moderniser, notamment sous l’influence de Mao Ze Dong (par exemple : le recours systématique aux statistiques ou à l’analyse biochimique des plantes de la MTC).

 

Histoire de la médecine traditionnelle chinoise ( II )

 

Selon E. Hobsbawm, trois caractéristiques définissent les « traditions inventées » auxquelles appartiendrait la MTC.

1°) La rapidité de leur apparition. Tout est en effet allé très vite pour la MTC entre les années 50 et 60 du XX°, après la création des Académies de Pékin, Shanghai, Chengdu et Canton en 1956. 

2°) Leur part de fiction : on « lisse » une continuité historique avec le passé et on gomme l’inventivité des traditions de manière à créer des critères uniformes et à créer de l’hétérodoxie (le savoir est ainsi instrumentalisé par le pouvoir). C’est la raison pour laquelle certains historiens remettent en question cette légitimation par la tradition.

3°) Elles servent à construire une « identité nationale », le nationalisme étant une composante forte de la politique chinoise contemporaine, même (et peut-être surtout) dans un contexte de socialisme international (Mao Ze Dong revendiquait contre Staline, la spécificité du communisme chinois, non pas ouvrier mais paysan).

Ces caractéristiques doivent éveiller nos soupçons à l’égard de la MTC, et surtout ceux des praticiens, s’ils veulent rester libre de toute idéologie (notamment celle d’une Chine idéalisée) – raison pour laquelle certains anthropologues nous expliquent que la tradition réinventée des chinois est en fait une « modernité alternative ». J’exprimerai cette idée simplement en disant que ce qui fait l’essentiel d’une tradition vivante, ce ne sont pas ces dogmes figés utilisés comme moyen de pression (notamment idéologique et commercial) et dont la récitation scrupuleuse tournerait au catéchisme ; une tradition vivante est un « grand trésor » dans lequel on peut puiser des solutions pour le présent. Au moins peut-on suivre Mao sur un point : lorsqu’il voit dans la MTC « un grand trésor », il n’en fait pas le musée d’une histoire vénérable à laquelle il faudrait revenir (i.e. se soumettre), mais un héritage vivant susceptible d’engendrer une science nouvelle adaptée aux difficultés que pose le monde actuel.


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