DD : Négationisme écologique

Hyperscepticisme écologique : entre négationnisme et anti-totalitarisme ?

L'hyperscepticisme écologique qualifie un discours scientifique climato-sceptique qui nie péremptoirement la réalité d'un réchauffement climatique. Claude Allègre, qui en est l'un des représentants les plus médiatisés dans les années 2000-2010, oppose aux prévisions du catastrophisme apocalyptique un doute méthodique niant la légitimité de tous les discours non-scientifiques qu'il qualifie péjorativement "d'écolocrates". Au ton affirmatif des catastrophistes, cet hyperscepticisme n'oppose pas une réserve prudente, mais une série de contre-critiques virulentes, lisibles notamment dans les propos de Claude Allegre contre N. Hulot et contre le GIEC, dont il dénonce les accents "totalitaires" et "destructeurs" : "Les écologistes, j'en suis persuadé, veulent détruire la société dans laquelle nous sommes" (Interview à Valeurs actuelles, 2010). "Pour l’ancien ministre socialiste, les politiques, de droite comme de gauche, sont tombés dans le piège des écologistes,qui imposent une idéologie dangereuse, inefficace pour l’environnement et handicapante pour l’économie", conclut Eric Branca.

Cet écologisme refuse le terme de "réchauffement climatique" (correspondant à une moyenne mathématique dépourvue de sens en thermodynamique), évoque la possibilité scientifique d'un refroidissement de la planète dans les années 2010-2030, et préfère parler de "changements" ou de "dérèglements" climatiques. Dès lors sur le plan moral, notre responsabilité serait moins de nous opposer à ces dérèglements que d'y répondre par des politiques et des solutions techniques adaptées.

Il prétend s'opposer à la triste politique de la peur menée par les catastrophistes, à son sensationnalisme (qui serait inversement proportionnel à sa compétence scientifique) et sa nostalgie du passé induisant une économie ralentie. Claude Allègre critique par exemple la rhétorique du "toujours moins" et conteste la possibilité de fonder sur ce principe une politique écologiquement sérieuse et économiquement viable, qui nous ferait manquer notamment la priorité du problème de l'eau. Les accords de Kyoto 97 seraient un exemple concluant de l'inefficacité d'un tel type de raisonnement. L'absence des grands chefs d'Etats au Sommet de l'Eau à Ankara (Sept. 2009) serait un argument en faveur de la thèse d'une confiscation/détournement des problèmes écologiques par les arbitres "écolocrates".

C'est pourquoi cet hyperscepticisme veut se tourner vers l'avenir, se veut donc confiant dans les capacités de la techno-science à inventer des produits technologiques verts (habitat à énergie zéro, etc.), et, contre les catastrophistes tentés par la Décroissance, il défend un modèle économique fondé sur une Croissance verte.

Des événements postérieurs au sommet de Copenhague (2009) viennent renforcer sa position : 1°) fuite de mails douteux internes au Giec tendant à accréditer la thèse d'un complot scientifique pour surévaluer les risques (R. Pachaury dut en répondre lors du sommet de Copenhague); 2)° le 23 janvier 2010, le Giec revoie à la baisse ses estimations sur la fonte des glaciers himalayiens; 3°) le 14 février 2010, le Giec reconnaît ses "imprécisions" sur les risques d'immersion de la Hollande du fait d'une montée des eaux. Ces éléments ont fait naître aux EU le terme de Climategate (2010) : les positions de Claude Allègre semblent donc moins extrémistes et marginales en 2010 qu'elles ne pouvaient le paraître en 2008 ou 2009.

Réponse à une objection : Les "surévaluations" ou même le complot de certains membres du Giec ne prouvent ni qu'il n'y ait pas un vrai problème de dérèglement climatique, ni que l'industrie humaine ne soit pas significativement responsable de ce déréglement, contrairement à ce qu'affirme, péremptoirement C. Allègre dont le ton est très différent de celui de V. Courtillot.

Réponse à une objection : Le terme "négationnisme" (rappelant le négationnisme historique) qui a pu être apposé à celui d'hyperscepticisme, a des accents disqualifiants et semble d'un emploi fort discutable dans le cadre d'une classification scientifique des discours sur le Développement Durable, car les débats sur le dérèglement climatique sont d'une actualité trop récente pour qu'on puisse les supposer réglés et pour qu'on puisse encore supposer les responsabilités reconnues. Qui sait en effet si les "négationnistes" ne sont pas plutôt du côté des "khmers verts" (entendez : les extrémismes écologistes), c'est-à-dire du côté de ceux qui, au coeur de l'Ecologie politique, voudraient sacrifier le progrès techno-scientifique en holocauste sur l'autel de leur domination politique? Gardons à l'esprit que ce terme de négationnisme nous rappelle au problème d'une responsabilité historique amplifiée, face à une menace potentiellement mortelle.

Bibliographie

Allègre C., L'imposture climatique ou la Fausse Ecologie, Paris, Plon, 2010

Valeurs actuelles, 25février-3mars 2010, art. "La Charge d'Allègre", Eric Branca et interview de Josée Pochat, p.16 sqq.

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