DD : Gouverance mondiale

Gouvernance Mondiale et Développement Durable

En 1996, l’OCDE définissait la gouvernance mondiale comme un processus par lequel nous gérons et gouvernons collectivement les ressources, les problèmes, les conflits et les valeurs dans un monde qui devient de plus en plus un « village mondial ». Mais que signifie cette définition générale ? Certains experts font remarquer que « la gouvernance mondiale semble être à peu près tout et n’importe quoi » (Finkelstein, 1995). Pourquoi ? Et comment la définir plus précisément ?

Ce concept exprime l’idée d’un pilotage de la mondialisation dans un contexte de transformation de la sphère sociopolitique (pilotage non hiérarchique, acquisition d’une autorité à des acteurs non-étatiques, etc.). Il implique l’anthropocène, car les problèmes sont mondiaux, et non plus régionaux.

Deux conceptions majeures peuvent être distinguées. D’une part, la gouvernance mondiale exprime le rôle des Etats, des Organisations intergouvernementales et des entreprises transnationales dans la politique mondiale. Leur but est de reconquérir une légitimité contestée pour le pilotage à l’époque post-moderne. Cette approche renvoie au débat académique sur le rôle de l’Etat. Elle s’affronte à la problématique de l’échec des pouvoirs publics – échec dû à l’enchevêtrement des aspects sociaux, économiques, culturels et spirituels du Développement Durable. Dans le contexte du Développement Durable, cette approche se retrouve dans la Déclaration de Johannesbourg (2002). Les gouvernements reconnaissent que « le Développement Durable exige une perspective à long terme et une large participation à la formulation des politiques, à la prise de décisions et à la mise en œuvre à tous les niveaux. Les partenaires sociaux continueront à œuvrer pour des partenariats stables avec tous les acteurs avec tous les principaux groupes, en respectant les rôles importants et indépendants de chacun d’entre eux ».

D’autre part, la gouvernance mondiale exprime un questionnement sur l’influence de la société civile et des acteurs non-étatiques (ONG) sur les processus internationaux de prise de décision. Sous cet angle critique, elle relèverait d’une stratégie hégémonique de la mondialisation néolibérale ; elle ne serait pas la contre-force régulatrice de la mondialisation économique mais sa compagne idéologique, dissimulant sous sa rhétorique une justification du capitalisme. C’est ainsi par exemple que selon Philipp Pattberg, « la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (Cnued) de 1992, les acteurs du monde des affaires ont vu l’occasion d’influencer, dans leur propre intérêt, le programme d’action mondial qui émergeait. Ce n’est pas une coïncidence si l’année 1992 marque à la fois la fondation du Business Council for Sustainable Development et la publication de Changing Course, une étude approfondie du rôle des entreprises dans le développement durable » (Ph. Pattberg, 2009).

Ce que montre la confrontation de ces deux approches, c’est que la gouvernance « fait référence à l’élaboration de styles de gouvernement dans lesquels les frontières entre les secteurs public et privé sont devenues floues » (Gerry Stoker, 1998) puisqu’en effet elle est faite « de réseaux auto-organisés et inter-organisationnels caractérisés par l’interdépendance, l’échange des moyens, des règles du jeu et une importante autonomie par rapport à l’état » (R.A.W. Rhodes, 1997). Au final, nous sommes invités à une vigilance accrue : « qui établit les règles et à qui appartiennent-elles ? Quelles sont les règles ? Quels sont les types de règles ? A quel niveau ? Sous quelle forme ? Qui décide ? Sur quelle base ? » (Ronnie Lipschutz, 1997)

Bibliographie

Déclaration de Johannesburg, www.un.org/esa/sustdev/.../POI_PD.htm

Finkelstein L.S., art. « What is Global governance ? », dans Global governance, A review of multilateralism and International Organization, 1 (3), 1995, p.368.

Lipschutz R.D., art. « Form place to planet : local knowledge and global environmental governance », dans Global governance, A review of multilateralism and International Organization, 1 (3), 1997, p.83.

Pattberg Philipp, art. « La gouvernance, une simple mode ? », dans Regards sur la Terre 2009, La Gouvernance du Développement Durable, sous la direction de R. Pachauri & L. Tubiana, éd. des Presses de la fondation nationale des Sciences Politiques, 2009, p.91.

Stoker G., art. « Governance as theory : five propositions », dans International Social Science Journal, 155, Paris, Unesco, 1998, p.17.

Rhodes R.A.W., Understanding governance, Policy Networks, Governance, Reflexity and Accountability, Philadlephie (Penn.), Open University Press, 1997.

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