Bergson et la modernité

Bergson critique de la modernité

Pour Bergson, les machines sont un produit de l'intelligence qui décompose et recompose. Et cette « intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie » (Evolution Créatrice, ch.II). L'intelligence analyse, mesure, appréhende la vie de l'extérieur, et nous en fait manquer l'essentiel, à savoir l'élan, le flux que la conscience attentive seule peut nous faire épouser.

Du coup, « des machines sont venues donner à notre organisme une extension si vaste et une puissance si formidable (…) que sûrement il n'en avait rien été prévu dans le plan de structure de notre espèce. Dans ce corps démesurément grossi, l'âme reste ce qu'elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger (…) Le corps agrandi attend un supplément d'âme, et (...)la mécanique exigerait une mystique » (Les Deux Sources de la Morale et de la Religion, ch.IV).

Cette mystique, qui est contemplation du mystère de la vie, mariage de la vie et de la conscience, est donc pour Bergson la religion dont notre modernité aurait besoin pour corriger les disproportions engendrées par un développement unilatéral du calcul scientifique et du progrès technologique.

Bien sûr, Bergson, au début du XXe siècle ne pouvait pas connaître le terme de Développement Durable, mais on voit à travers ces propos sur les machines qu'il anticipait largement les arguments que nous retrouvons sous la plume des écophilosophes concernant la Croissance et le progrès technologique. De même qu'on pourrait voir dans sa réflexion sur la religion, une anticipation de la spiritualité qui s'exprime par exemple dans la Charte de la Terre

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