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BioE : Statut de l'embryon

Statut de l'embryon

La question du statut de l'embryon tient une place particulière dans le débat bioéthique. Elle est impliquée dans la pratique de l'IVG comme dans la recherche sur les cellules-souches embryonnaires. Cette question est largement esquivée par les juristes : dans le droit français ou Communautaire, il n'existe pas de définition juridique de ce statut. La base actuelle du statut juridique de l'embryon est constituée en France par les lois de bioéthique du 29/07/1994, « relatives au don et à l'utilisation des éléments et produits du corps humain ». Le Parlement a renoncé à s'exprimer clairement sur ce statut de peur de voir réapparaître, à travers la loi de bioéthique, une opposition légale à l'avortement. De même, la Cour Européenne de Justice s'est déclarée « convaincue qu'il n'est ni souhaitable ni même possible actuellement de répondre dans l'abstrait à la question de savoir si l'enfant à naître est une personne. »

Cette question se pose encore aujourd'hui dans les concepts du Droit romain (l'embryon est-il une « chose » ou une « personne »?) en vue de protéger l'embryon qui pourrait bien être une « personne » contre tous les risques d'instrumentalisation, car pour la morale de type kantien qui s'exprime dans le droit moderne, un être humain ne doit jamais être considéré simplement comme un moyen mais toujours comme une fin en soi. «Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen», dit Kant dans les Fondements de la Métaphysique des Moeurs. 2 e section. Remarquons que de ce point de vue, la protection de l'embryon entre socialement en contradiction avec le mouvement d'émancipation des femmes – qui refusent elles aussi d'être considérées comme de simples moyens (en vue de la procréation).

Dire que l'embryon qui se forme quand les deux gamètes produisent le zygote, est la vie humaine à son stade le plus précoce, semble une évidence, mais le définir ainsi, c'est déjà en faire un être humain en puissance, en devenir, bref une personne. Cette définition ne fait pas l'unanimité : certains auteurs veulent retarder le début de la vie humaine. L'embryon préimplantatoire ne pourrait être un être humain, il resterait un artefact technologique, appelé « pré-embryon » tant qu'il n'est pas implanté dans l'utérus et protégé par le corps de la mère. Pour J.C. Ameisen par exemple (CCNE, INSERM), l'embryon n'est qu'un amas de cellules (n'ayant pas été implanté) et ce médecin ne voit pas pourquoi l'embryon dont l'IVG a légalisé la destruction ne pourrait pas être plus utile en servant de matériel d'étude à la science, pour en tirer des connaissances (fin médicale au sens large) ou des solutions techniques pour le traitement de certaines maladies (fins thérapeutiques au sens strict). J.C. Ameisen retourne le questionnement sur le statut de l'embryon en un questionnement sur les contradictions d'une société qui ferait de ce débat un argument contre le progrès de la science. Et c'est bien du statut de la science dans notre société qu'il est probablement question à travers le problème du statut de l'embryon.

Ceux qui nient l'humanité de l'embryon défendent certains intérêts : ils visent des fins thérapeutiques, médicales, voire eugénistes. On peut craindre en effet le risque de dérives eugénistes à travers le projet des « designers babies ». Le risque de l'eugénisme peut se comprendre à deux niveaux: sur le plan sociologique, il nous renvoie au fantasme d'une surhumanité, constitutif de certains totalitarismes. Par ailleurs, d'un point de vue chrétien, l'eugénisme consiste pour l'homme, à faire l'homme à son image, et donc à tenter de subvertir l'image de Dieu en l'homme.

Quel est le vrai début de la vie humaine? Doit-on le dater à l'implantation de l'embryon? Aux premiers mouvements de l'embryon ressentis dans le ventre de la mère? Après le 14e jour (apparition du système nerveux)? A la naissance, au moment du premier inspir? Un mois après la naissance comme le prétend encore aujourd'hui le célèbre bioéthicien de l'Université de Princeton, Peter Singer? D'après toutes ces hypothèses, la fécondation est antérieure et séparée de la fécondation.

Si nous suivons la pensée de Tertullien, le point de vue est tout différent : « C'est un homicide anticipé, en effet, que d'empêcher de naître, et peu importe qu'on arrache la vie après la naissance ou qu'on la détruise au moment où elle naît. C'est un homme déjà, ce qui doit devenir un homme » (Apologeticum). Pour Tertullien, il n'y aucune différence entre fécondation et conception. Cette approche est moralement radicale et difficilement acceptable dans notre société, parce qu'elle comprend l'IVG comme un meurtre. L'Eglise elle-même a reconnu qu'il était difficile de condamner l'avortement d'une femme qui avait subi l'inceste ou un viol. Pourtant l'embryon (avorté? tué?) n'étant pas responsable de cette violence, le viol ou l'inceste peuvent-ils justifier un nouveau crime? Il est clair que les deux approches, sociologique (pastorale) et théologique, se disputent avec ces cas limites sur des contradictions presque insolubles, sur des perspectives difficilement conciliables.

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