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Accueil (2) : Un monde humain

Etat des lieux et projet

L’idéal d’un monde humain renvoie au double objectif d’un monde équitable pour tous les humains (soucieux d'une meilleure répartition des richesses matérielles et symboliques, à destination de tous, et notamment des plus défavorisés : enfants, femmes, handicapés, etc.) et cohabitable avec toutes les autres espèces vivantes dans un environnement préservé. Nous ne vivons pas seulement une Crise sociale et écologique mais nous souffrons d'un sous-développement humain au coeur même des sociétés industrialisées qui pensaient avoir édifié une culture (celle des Lumières) contre l'obscurantisme et la barbarie. Si les causes en sont imputables aux Appétits humains qui nourrissent essentiellement des relations rivalité, il est possible d’y remédier par une Réforme spirituelle fondée sur l'ascèse personnelle, d'où se déduira une réforme scientifique et politique dont l'analyse des principes est amorcée sur ce site. Observant dans nos sociétés industrielles la saturation du modèle de civilisation violent contre toutes les formes de vie et l'émergence possible d'un nouveau modèle de civilisation avec sa lente ré-orientalisation des conduites qui cherche à compenser les excès du consumérisme, il faut tenter de construire une Somme Ecologique/Ecosophique ou Euchosophique qui essaie de nous doter d'outils pour mieux prendre la mesure de cette crise dans le devenir profond de la philosophie, des sciences, de la société, des questions économiques et environnementales, mais d’abord et surtout dans la naissance d’un style de vie nouveau fondé sur l’éveil spirituel et l’ouverture intellectuelle des consciences.

Le monde n'y est pas pris comme un simple donné, mais plutôt comme une construction de notre perception, comme un effet de perspective (voir l'article "perspectivisme") - qui est aussi un projet de civilisation : celui de la civilisation technoscientifique, prométhéenne, rageuse et moribonde. Notre "phalanstère" présuppose que tout monde ne fait véritablement monde que s'il est humain, porté par des valeurs qui exaltent la dignité humaine dans la conscience des interrelations avec le tout (aux autres, au corps, à la nature, aux appartenances sociales diverses). Il ne s'agit pas de railler l'inhumanité ou la barbarie (à laquelle l'humanité industrialisée succombe) mais de dépasser les formes réductrices de l'agir humain, enfermé dans les bornes étroites de préoccupations utilitaristes qui nous conduisent aux portes de la Sixième Extinction biologique des Espèces, dans un tissu de relations en décomposition (atomisation des sociétés occidentales, déséquilibres des rapports Nord-Sud, mais aussi séparation de l'homme et de la nature, individualisme rival, sadisme industriel envers les animaux, etc.), c'est-à-dire dans un monde morcelé, qui a justement du mal à faire "un" monde parce que, livré à la maximisation de la recherche du profit, il s'est à la fois déshumanisé (au sens éthique du terme, i.e. privé d'empathie) et artificialisé. Le caractère sur-artificiel du monde moderne tient essentiellement en ce que le progrès technique n'y consiste plus qu'à apporter des solutions au problème qu'il a lui-même engendré. 

A la différence des économistes, des géographes ou des écophilosophes qui se préoccupent de mesures juridiques ou institutionnelles, l'audace d'une approche philosophique et sociologique de ces questions consiste, loin des discours dérisoires du (sous-)Développement Durable et des ratiocinations universitaires parfois ambiguës (pour des raisons analysées plus loin), à redécouvrir la joie d'une simplicité fondamentale, d'un "ne rien faire" paradoxal autour de l'assise et de l'écoute d'une Nature silencieuse. Il ne s'agit pas d'une molle indifférence qui négligerait notre devenir historique et encore moins d'un "laissez-faire" libéral-productiviste; ni paresse, ni cynisme : le recueillement invite à tout autre chose, au Tout autre. (Voir l'article Simplicité). 

Il ne s'agit donc pas de "faire" quelques propositions de plus comme un supplément d'âme en marge des programmes politiques bien connus de gauche ou de droite, mais de ruminer les principes d'un un art de vivre écosophique/euchosophique intemporel et toujours actuel, autour des questions éternelles de la justice, du courage, de la tempérance, de la sagesse, et du bien que nous pouvons faire aux autres. 

L'objectif d'un monde humain renvoie cependant moins à un but qu'à un effet, car en le visant directement (sur le mode de l'action politique telle qu'en mène les politiques), on le manquerait ou on le durcirait à coup sur. Il s'agit d'un objectif paradoxal qu'on ne pourra atteindre qu'à condition de s'en détacher - et en tous cas de se détacher des moyens de pouvoir par lesquels même les philosophes les plus subtils ont cru un peu naïvement pouvoir l'atteindre (je pense à la mésaventure de Platon avec le tyran Denys). Il s'agit d'un objectif qu'on ne peut atteindre, pour ainsi dire, que de biais, sans chercher à le réaliser ou à le saisir, à s'en emparer, à le maîtriser. Toute visée volontariste sur le mode d'un projet de prise de pouvoir politique ne risque bien que rajouter à la confusion... cette confusion qui fait l'histoire politique des Nations. 

Notons que la France compte environ 40 000 000 de chrétiens, 4 à 5 000 000 de musulmans, 1 million de bouddhistes, 300 000 juifs, sans parler de toutes les traditions spirituelles déistes, agnostiques ou athées (environ 300 000 pratiquants de Yoga et de Qi gong, etc.). Ces chiffres nous rappellent à une civilisation qui ne peut se réduire à la société de consommation et à l'idéal du consommateur ou de l'homo economicus. Ils contiennent à la fois les risques et les espoirs d'une alternative au paradigme libéral-productiviste de la politique. Risque majeur : le communautarisme, le repli identitaire. Espoirs : celui d'un au-delà de l'économicisme et de ses mystifications scientifiques et pseudoreligieuses (B Maris, JP Dupuy).

Poursuivons une discussion du concept illitchien de contre-productivité et du concept de développement humain initié par Amartya Sen (habituellement limité à trois paramètres idéologiques : accès aux soins de santé, accès à l'éducation, PIB/hab). Il faut approfondir l'analyse du malaise de la civilisation occidentale, camouflé dans les calculs de l'IDH par une consommation croissante de médicaments psychotropes (alors que les statistiques sur ce sujet ne manquent pas), et nous demander comment une meilleure humanisation du monde est possible : s'agit-il d'augmenter encore les richesses pour permettre à tous de se payer les soins qui permettront de guérir les maladies que ces mêmes richesses ont causé? On devine l'absurdité dans laquelle Prométhée est enchainé. On la abondamment dit : Sisyphe est un aussi bon symbole de cette modernité. Un monde humain? Un monde absurde! L'ascèse personnelle (bouddhiste, orphique, stoïcienne, pranique, etc.) porte l'espoir de lui redonner sens... 

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