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Accueil (3) : Anti-discours de la méthode

Antidiscours de la Méthode

Un Monde Humain est un discours qui prend la forme d'un protocole médical : structuré par 4 hypothèses qui forment une méthode – nouveau « discours de la méthode » qui n’est pas sans s'inspirer du Troisième Discours dans lequel Descartes nous invitait stoïquement à « changer nos désirs plutôt que l’ordre du monde ». Descartes ne voulait pas seulement nous inviter à "nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature" (Cinquième Discours), formule mal comprise qui exprimait d'ailleurs moins chez lui une soif de domination matérielle qu'une généreuse bienveillance et une curiosité insatiables. Tout se passe en effet comme si la Modernité, oublieuse des équilibres géométriques qui faisaient toute la rigueur et les nuances de l'âge classique, s'était au contraire rendue malade d'une frénésie d'accommoder le monde à son avidité de jouissance matérielle, dès la fin du XIXe siècle. L'âge prométhéen-icarien de la Modernité s'est probablement construit sur la trahison plus que sur la réalisation du projet inaugural de Descartes. Cet âge de développement technoscientifique industriel fut donc finalement celui d'une antiméthode.

Pour reprendre un mot d'A. Negri, cité par E. Morin, "la crise n'est pas le contraire du développement, mais sa forme même". Prométhée a un caractère essentiellement torturé : chaque matin un vautour vient lui dévorer le foie, chaque nuit, il se régénère. Comme Dionysos, il doit affirmer la douleur pour ne pas en mourir. Mais jusqu'où un tel héroïsme est-il tenable, pour un individu autant que pour une civilisation ? Icare, victime des illusions qui l'aveuglent, ne voit pas que ses ailes fondent, et il en mourra. Nous croulons sous l'accumulation des signes de fatigue. Les crises de croissance des XIXe et XXe siècles n'ont-elles pas tourné à la crise systémique, c'est-à-dire à la crise de confiance généralisée? Mais attention, car toute crise est ambiguë : comportant ses risques mortels, elle porte aussi l'espoir d'une renaissance.

Tout pronostic doit être précédé d'un diagnostic. Et nous ne sommes pas sûrs que les diagnostics les plus étayés fassent l'objet d'un consensus de la communauté scientifique. Aussi avons-nous l'ambition d'aider à préciser surtout cette première étape du protocole. Cette crise, nous l'analyserons sous trois angles, dans l'espoir d'aider à l'élaboration d'un diagnostic plus exhaustif (repérage de tous les indices de crise) que l'on pourrait organiser autour de  :

  1. nos procédures de production de connaissances - i.e. la science moderne, suspectée d'aboutir à des contradictions indépassables, de se rétrécir et de ne plus répondre à notre besoin de sens = crise épistémique (voir les articles : Indices de crise)
  2. nos procédures de production matérielle - i.e. l'économie et l'industrie technologique suspectes de menacer la vie et la Nature dont elles se nourrissent = crise économique et écologique (voir par exemple : Economystification)
  3. nos procédures de reliance - i.e. notre capacité à vivre ensemble dans un monde globalisé (sans norme de vérité transcendante universellement acceptée) et dont le partage des ressources pose plus que jamais des problèmes de justice sociale = crise politique ( ou crise de la socialité)



Pour comprendre la crise de civilisation, i.e. le changement de paradigme sociétal que nous traversons peut-être, nous avons suivi un protocole médical, (inspiré dans sa structure, du Sermon de Bénarès, résonnant avec de nombreux discours de sagesse à dimension médicale tels qu'on le trouve chez les Stoïciens, Jésus, etc.) :

  1. Un Diagnostic des principaux indices de la crise (crise épistémique, crise techno-écologique, crise politique).
  2. Une Etiologie qui se développe principalement comme une analyse de l'avidité et de l'ignorance produits par un rationalisme utilitariste qui restreint nos capacités d'interprétation du réel - opposé à une rationalité ouverte capable de collaborer avec les diverses productions de l'imaginaire symbolique (ici, nous sommes sur les pas de G. Durand ou de E. Morin).
  3. Un Pronostic écosophique qui tente de faire l'analyse des différentes formes de discours, savants ou non, sur l'écosophie, la science écologique et l'écologie politique. 
  4. Une Ordonnance ou prescription, c'est-à-dire un ensemble de remèdes, de pistes, d'hypothèses - consistant pour l'essentiel à chanter la venue d'une civilisation euchologique ou neptique, civilisation de la simplicité et de l'attention, réconciliée avec sa vulnérabilité. (Voir Accueil (4) : Simplicité.)


Toute crise n'est pas nécessairement pathologique (ainsi de la crise de croissance) mais dans le cas de notre civilisation moderne, certains indices montrent qu'elle l'est en effet : la dimension religieuse ou spirituelle des sociétés humaines ayant été évacuée par le rationalisme d'un Prométhée scientiste qui ne veut rien devoir qu'à lui-même en évacuant les Dieux, des phénomènes majeurs indiquent le retour d'un refoulé qui peut prendre des formes menaçantes, par l'intermédiaire d'un espoir messianique et révolutionnaire capable d'inquiéter les formes de pouvoir les plus autoritaires (Fa Lun Gong fait le siège du Zhong Nan Hai, Chine, avril 1999) et les états modernes les plus armés (attentas terroristes ou supposés tels, depuis New York 2001 et Scot Atran sur Daech)...