3ème conférence internationale sur la supervision de coachs à Oxford Brookes
20/06/2013
Ce texte pour vous tenir informé de ce qui s’est passé durant la troisième conférence internationale sur la supervision des coachs. Un bon cru…

Celle-ci s’est déroulée le jeudi 20 juin 2013 à l’Université Oxford-Brookes  avec des représentants de la Grande Bretagne, de l’Irlande, de la France, des USA, de l’Australie, de la Pologne, de l’Allemagne, de Singapour et de Hong-Kong. L’intérêt des pays asiatiques pour la supervision des coachs est nouveau et correspond à une évolution du marché que nous examinerons plus loin. Pour ce qui est de la France, Florence Lamy et moi-même venions présenter un outil pour original pour formation des superviseurs. Le seul autre Français était Gilles Dufour, Président de PSF (Professional Supervisors Federation). 

Au niveau des associations de coachs, il y avait des représentants de l’EMCC (5000 membres), de l’APECS (Association for Professional Executive Coaching and Supervision),de l’AC (Association for Coaching, 4000 membres) et de SGCP (Special Group in Coaching Psychology, une association internationale de coachs diplômés en psychologie) . S’il y avait des représentants de l’ICF nous ne les avons pas repérés dans la foule : s’il étaient là ce n’était pas ceux que l’on voyait d’habitude. Plusieurs écoles internationales de formation de superviseurs de coachs étaient présentes (Bath (UK), CSA (UK), Oxford Brookes University (UK), CST (UK), Sydney University (AUS) Undici International (FR), etc…).

Nous ne détaillerons pas ici les diverses interventions (keynotes ou breakout sessions, 17 en tout) dont les présentations sont disponibles sur le site de la conférence. Elles étaient courtes (45 minutes), d’un haut niveau et divisées en trois catégories :

-  Description d’outils pour la supervision ou la formation de superviseur, démonstrations

-  Recherches et considérations théoriques

-  Analyse du marché présent ou à venir, considérations sur les professions de coach et de superviseur de coachs

A - Pour ce qui est des outils et des méthodes, la conférence est le lieu où « se nourrir en idées nouvelles pour l’année à venir ». Deux tendances : le glissement vers plus de systémie (les pays anglo-saxons sont moins avancés que la France et la Belgique en ce domaine) et l’apparition  d’outils de supervision à distance ou en réalité virtuelle (là, ils sont très très en avance). La supervision « multidimentionnelle » (intrapsychique,  interindividuelle et systémique) continue à se développer vivement avec une forte attention sur la facette systémique. A noter que je vous écrivais l’an dernier à propos de la deuxième conférence : « il apparaît assez clairement que l’intégration entre intra-individuel, interindividuel et systémique a le vent en poupe. ». Eh bien, le vent forcit.

Michael Cavanagh qui est professeur à l’Université de Sydney a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’incorporer les domaines systémiques de la complexité et du chaos dans la perspective développementale de la supervision. Diverses techniques ont été discutées. Super intéressant et novateur.

Michael Caroll, qui est professeur à l’Université de Bristol, est intervenu sur le thème des valeurs et de l’éthique, thème qui est revenu plusieurs fois sur la table au cours de la conférence. En effet, les grandes entreprises sont de plus en plus soucieuses de la maturité éthique et déontologique des coachs qu’elles utilisent. Or ces sujet ne sont pas toujours traités en profondeur dans les formations de coaching, faute de temps. Ces entreprises comptent donc sur les superviseurs qui sont bien formés (espèrent-elles) sur ces domaines. Plusieurs exemples ont été cités d’entreprises internationales qui commencent à poser des dilemmes éthiques et des problèmes déontologiques pointus lors de la sélection des coachs.

B - Au niveau des recherches les travaux sont plus nombreux d’année en année. S’ils sont majoritairement issus de Grande Bretagne et d’Australie, les USA s’y investissent vigoureusement et l’Asie aussi veut prendre sa place. A noter que je vous écrivais l’an dernier : « Les USA ne participent que peu à la réflexion commune ». Les temps changent vite.

Les sujets de recherche actuels portent essentiellement sur ce qui se passe au cours de la supervision et sur l’impact réel de la supervision sur le coach et sur le système client (coaché et organisation).

L’an dernier, je vous écrivais : « l’impact sur le coach et son client (au sens large) n’est que peu abordé dans les recherches.  Si les effets négatifs font l’objet de quelques études (avec pour sous-produit des réflexions sur la responsabilité du superviseur par rapport à celle du coach), les effets positifs sur la pratique du coach, sur son client et sur les autres acteurs (équipe, entreprise,..) ne sont encore que peu évalués. ». Il y a donc un changement majeur là aussi. Même chose pour les méthodes de recherche qui passent de l’étude de cas à des approches résolument quantitatives (par exemple celle d’Eric de Haan ou celle d’Adrien Myers). Cette mutation tient au fait que le sujet de la supervision des coachs entre dans une phase de maturité mais surtout que les clients exigent de plus en plus des garanties quant à la validité des méthodes employées par les superviseurs.

Pour ceux qui aiment la recherche, la supervision des coachs est donc un champ ouvert, à fort enjeu, encore peu investi et riche en opportunités pour les « explorateurs ».

C- Quant aux marchés du coaching et de la supervision, l’évolution de chacun et du lien entre les deux est significative. 

Tout d’abord, une enquête européenne montre que si 88% des coachs disent que la supervision est importante, seulement 44% d’entre eux en ont établi une pour eux-même. Pour les coachs internes la proportion tombe à 23%...  Pourtant de plus en plus d’entreprises s’intéressent à la supervision des coachs qu’elles emploient et veulent s’assurer des compétences réelles des superviseurs qui suivent ces coachs. D’où un intérêt croissant pour la formation des superviseurs et leur accréditation. Sur ce sujet la situation est que l’EMCC a conçu une accréditation des formations de superviseurs (ESQA) qui a donné lieu à un pilote (7 écoles accréditées dont une en France) et qui sera proposée sous peu au marché. L’AC et l’APECS ont conçu une accréditation des superviseurs et l’EMCC en conçoit une qui sera disponible en fin d’année. La position des autres associations n’a pas été évoquée. Toutefois, concevoir un ensemble de critères de sélection n’est pas le plus difficile pour mettre en place une accréditation de portée internationale : c’est aussi l’organisation et la gestion des ressources (par exemple les assesseurs), ce qui n’est accessible que par les grandes associations. 

Ce qui est vraiment nouveau est que l’Asie et les USA expriment une ferme intention d’organiser la profession de superviseur de coachs. L’Australie dispose déjà de plusieurs écoles, les USA lancent la première en automne et les représentants de Hong-Kong et Singapour ne cachaient pas qu’ils venaient faire leur marché de spécialistes de la supervision à Oxford-Brookes pour les assister dans la mise en place de leurs écoles de superviseurs. 

Plusieurs interventions ont souligné l’interaction et la synergie entre le développement des concepts en coaching et ceux de la supervision. En particulier Peter Hawkins a montré comment le coaching devient de plus en plus un élément de la stratégie globale de l’entreprise et a cité de nombreux exemples de sociétés qui intègrent la supervision des coachs dans leur réflexion sur la mise en place d’une infrastructure de coaching et d’un alignement avec la culture d’entreprise et la vision. Les coachs du futur devront s’élever d’un cran dans les niveaux logiques et seule la supervision pourra les y aider, tout comme le coaching permet aux dirigeants de s’élever d’un cran dans les niveaux logiques pour faire face aux défis actuels (complexité, etc…).

Quant aux associations de superviseurs de coachs, elles en sont au stade de la germination qui précède celle de la clusterisation : la nécessité de séparer la profession des superviseurs de coachs de celle des coachs a fait l’objet de  « discussions lors des pauses ».  Par contre l’idée de séparer la profession de superviseurs de coachs de celle des superviseurs de thérapeutes domine en raison des spécificités du métier de coach. Les associations de superviseurs de coachs actuelles commencent à discuter entre elles et à discuter de leurs liens avec les associations de coachs qui elles-mêmes ont parfois la supervision dans leur champ. Vaste programme…

Pour sûr les années à venir seront passionnantes….

Michel Moral