Rédigé par les moines de Marmoutier qui reçoivent un don d'Archambault de Liré pour la création d'un prieuré et du bourg de Liré. Avec accord de Thibault, seigneur de Champtoceaux
vers 1070-1080. AD49 41 H 13
Il s'agit de l'établissement du bourg actuel de Liré, à une dizaine de kilomètres de Champtoceaux, nécessitant l'accord du seigneur de Champtoceaux.
Qu'il soit diffusé à destination de nos frères, moines du Grand Monastère, qu'Archambault premier de Liré a donné une terre en l'honneur de Saint Martin pour les nôtres et décidé de créer un bourg, avec sérénité et liberté, pour que, dans ce bourg, nul n'ait d'autre coutume que la nôtre et il promit que si les gens du bourg débordaient sur nous, il ajouterait encore une certaine quantité de terre à travailler.
Ensuite, il nous a donné dans l'église de Liré, qui est située près du château d'Ancenis, dans la partie sud de la Loire (outre-Loire), dans le pays des Angevins, de deux espaces de sépultures et de deux parties de l'église aux six fêtes de l'année : à Pâques clairement et aux trois jours des Rogations, à la Chandeleur (fête de la Purification de Marie) et de même à Noël et à la Toussaint ;
et aussi de deux parts de dîme sur les deux manses des terres du seigneur.
Ensuite, il vendit quatre livres qu'il ajouta à cela et soit il donna, soit il autorisa des choses qui sont : deux arpents de vigne, deux prés, deux parts de dîme de pain et de vin et d'autres petites choses qui s'étendaient sur toute la paroisse, sauf la laine et la solde du soldat.
Mais, notre moine, rechercha ensuite la laine du seigneur Hamelin, pour 12 deniers donnés, avec l'autorisation de Budic, le fils d'Archambault.
En ce qui concerne le tiers contenu dans ces petites choses, il s'y trouve des agneaux et des porcs, de la laine, du lin et du chanvre, sauf du pain et du vin, qui sont décomptés de droit, l'un et l'autre, du revenu presbytéral .
Un des deux manses de terre où deux parts de dîme avaient déjà été données est « solide et tranquille » avec toutes ses coutumes qu'on appelle le manse de Bernard de Censive. En ce qui concerne l'autre manse, qu'on appelle manse de Constantin Medietarius, il (Archambault) a autorisé deux parts de dîme.
Il a donné le droit de panage, qui se situe dans son bois de la Vallée, réservé aux porcs du seigneur, quelque soit le nombre mis en garde à cet endroit.
Mais, en prenant sur ce bois, il concéda qu'il y aurait des travaux à faire pour construire une maison, des ateliers et tout ce qui est nécessaire aux moines.
Comme les habitants du bourg auraient pu vouloir prendre quelque chose pour leur usage dans ce bois, il le donna aussi avec son forestier dont on a parlé auparavant .
il donna aussi une moitié d'étang et une moitié de moulin dans ce même étang auprès de l'église dans la vallée, une pêcherie sur toutes ces eaux, quelque soit la quantité que le pêcheur pourra pêcher, en obéissant au moine, tous les jours et toutes les nuits ;
(il donna) un accès à un tel lieu pour que sa descente ne fasse pas mal et pareillement une ouverture pour attraper les oiseaux dans un lieu où les épines ne piquent pas.
En outre le même Archambault a autorisé n'importe lequel de ses hommes qui aurait voulu donner quelque chose pour construire dans ce lieu, il n'aurait pas à payer ; mais s'il avait payé, qu'il en parle auparavant et qu'il en fasse la demande, il sera remboursé.
Voilà ce que Archambault, avec autorité et avec l'accord de son fils Budic, a donné ou vendu ou autorisé en faveur de Saint Martin, faisant venir dans l'assemblée son fils mineur, Judicalis
et de plus confirmant par une promesse, une fois qu'il l'eut fait autoriser aussi, pour que toutes ces choses puissent être arrêtées fermement pour des siècles par nous et nos successeurs, il l'a confié à Guihenoc d'Ancenis comme garant.
Et alors, afin que cela soit confirmé, le seigneur Thibault de Castrum Celsum, qui est le possesseur du moment et seigneur de ce fief était là, et Baldricus de Clisson qui le tenait de lui et pour lui, interrogés, n'ont pas dit non à cette faveur.
Aussi Budic, le fils d'Archambault, ayant donné son accord comme il a été dit, a déposé ce don de toutes ces choses avec son père sur l'autel de Sainte Marie, en présence de ceux qui ont vu et entendu,
De notre partie qui a assisté : Hubert serviteur du seigneur Thibaut, notre moine, Constantin, serviteur de Sarlatana, Roscelin de Saint-Quentin, Adraldus, fils de Caino
Du parti d'Archembault et de Budic: Hervé Cainos, Guillaume son fils, Gorbardus, vicaire, Rainaud, fils de Burdolius, Benoit Eschaldagod, Gauscelmus, Barbinus, Rainald son frère, Berigerius Gaberliud.
Notum sit fratribus nostris, Majoris scilicet Monasterii monachis, Archembaudum de Liriaco primo dedisse sancto Martino et nobis térram ad burgum faciendum, ita solutam et quietam ut in illo burgo nullus habeat ullam omnino consuctudinem nisi uos ; et promisit quod si burgenses nobis super habundarent, adderet adhuc terram quantum opus haberemus.
Postea dedit nobis in ecclesia de Liriaco, quod atjacet castro Anceniso in ulteriori parte Ligeris in pago Andegavensi, duas partes sepultura et duas partes de sex festis inanno : videlicet de Pasche et trium dierum Rogationum, sanctae Mariae Candelariae et Nativitatis ipsius at que Omnium Sanctorum;
duas etiam partes decime de duabus mansuris terra dominicis.
Deinde quae his addidit et IV libris vendidit seu donavit vel auctorizavit, sunt haec : duo scilicet arpenna vineae, duo prati, due partes decimae panis et vini et aliarum minularum rerum que ad se pertinebant de tota parochia, exceptis foeuo militum et lana.
Sed et lanam domnus Hamelinus, monachus noster, postea conquesivit, datis XII denariis pro auctoramento Budico lilio ipsius Archembaldi ;
nam tertia pars que in minulis est rebus, id est agnis et porcellis, lana et lino ac cannabe, excepto pane et vino, de feuo presbiterali alteriusque juris est.
Unam ex duabus terrae mansuris unde jam decime duas partes dederat solidam et quielam cum totis consuetudinibus, quam dicunt Mansuram Bernardi de Censiva,
alterius vero mansure, quam dicunt Mansuram Constantini Medictarii, decime duas partes auctorizavit.
Pasnagium quoque in bosco suo de Velcia ad porcos dominicos, quotquot in obedientia illa fuerint, dedit.
Sed et de bosco ipso quantum opus fuerit, ad faciendas domos el officinas et queque necessaria monachorum, concessit;
at cum burgenses eorum aliquid de eodem bosco ad usus suos prendere voluerint, prius de hoc loquentur cum forestario ipsius Dedit etiam:
medietatem unius stagni et unius molendini in eodem stagno in valle prope ecclesiam, piscariam per omnes suas aquas quantumcumque piscator monachi oboedientiae illius per omnes dies et noctes piscari poterit,
unum descensum in tali loco ubi non noceat suis descensis, et unam fenestram ad capiendas volucres similiter in tali loco ubi non noceat suis hagiis.
Auctorizavit preterea idem Archembaldus quicquid sui homines de suis aedificamentis loco illi dare voluerint, nisi foeuus fuerit; sed si fuerit foeuus, prius de hoc cum eo loquendum et per illum requirendum erit.
Ilaec sunt quae Archembaldus, auctoritate et assensu Budici filii sui, sancto Martino vendidit seu donavit vel auctorizavit, mittens etiam in conventionem et insuper promissione firmans quod haec cadem filium quoque suum minorem, nomine Judicalem, faceret auctorizare;
pro quibus omnibus, ut firma tam nobis quam et posteris nostris per secula constarent, Guidhenocum de Anciniso tradidit fidejussorem.
Et adhuc ut res esset firmior, senior ejus Tetbaldus Castri Celsi, id est temporis possessor et dominus de cujus casamento hec erant, et Baldricus de Glizone, qui haec eadem ab eo et per illum tenebat, rogati. suum super his non negarunt favorem.
Budicus quoque ejusdem Archembaldi filius, pari et ipse sicut dictum est his assensu favens, donum horum onnium cum patre super beate semper virginis altare posuit Mariae, videntibus et audientibus qui ex nostra et illorum, interfuere parte;
ex nostra parte : Hubertus famulus domni Tetberti monachi nostri, Constantius famulus de Sarlatana, Roscelinus de Sancto Quintino, Adraldus filius Cainoi ;
ex parte Archembaldi et Budici : Herveus Cainos, Guillelmus filius ejus. Corbardus vicarius, Rainaldus filius Burdolii, Benedictus Eschaldagod, Gauscelmus, Barbinus, Rainaldus frater ejus, Beringerius Gaberliud.
Archambault 1er de Liré
Seigneur Hamelin
Budic, le fils d’Archambault
Bernard de Censive
Constantin Medietarius
Judicalis, le fils mineur d’Archambault
Guihenoc d’Ancenis
Seigneur Thibault de Castrum Celsum
Baldricus de Clisson
Témoins de la partie des moines
Hubert, serviteur du seigneur Thibaut, moine
Constantin, serviteur de Sarlatana
Roscelin de Saint-Quentin
Adraldus, fils de Caino
Témoins de la partie d’Archembault de Liré
Hervé Cainos
Guillaume, son fils
Gorbardus, vicaire
Rainaud, fils de Burdolius
Benoit Eschaldagod
Gauscelmus
Barbinus
Rainald, son frère
Berigerius Gaberliud
Le Grand Monastère (= Marmoutier, à Tours)
Liré
Château d’Ancenis
Outre-Loire, Pays des Angevins
Castrum Celsum (=Champtoceaux)
Traduction française : J.-L. Delalande, Amis du vieux Châteauceaux, à partir du texte de Marchegay
Vues numérisées : Cartulaire du prieuré Notre-Dame de Liré, dépendant de l'abbaye de Marmoutier (vers 1090-1478, rédigé fin XVe siècle-début XVIe siècle). Archives départementales du Maine-et-Loire, 41 H 13. images sous licence ouverte 2.0 ETALAB. Il ne s'agit pas des chartes originales mais de reproductions ultérieures. A consulter sur le site de l'IRHT https://arca.irht.cnrs.fr/ark:/63955/md440r969b4q vues 6 à 9
Transcription (latin) Marchegay, Paul, « Recherches sur les cartulaires d'Anjou », dans Archives d'Anjou. Recueil de documents et mémoires inédits sur cette province, t. 2, Angers, 1853, p. 15-27
Datation: voir ci-dessous
LA FONDATION DU NOUVEAU BOURG DE LIRÉ
Ce document est exceptionnel par la richesse des informations qu’il nous délivre, notamment :
La localisation du vieux bourg en face du château d’Ancenis au pays des Angevins. Le lieu exact n’a pas été retrouvé ; il se situait sans doute entre Le Fourneau et Les Léards. Il avait une église paroissiale dans la vallée.
Archambault a décidé de créer un nouveau bourg, sur le coteau, en face de son château, situé sur la colline en face.
Les moines, lors de la création du prieuré, sont chargés par Archambault de développer ce territoire
Le projet de ce seigneur rejoint celui de beaucoup d’autres au début de la féodalité : les moines étaient invités à créer leur espace cultuel mais contribuaient aussi à attirer des artisans et manouvriers pour constituer le premier noyau d’un bourg.
TENTATIVE DE DATATION
La date de cette notice ne peut être qu’approximative car elle contracte dans un seul texte deux donations qui ont été espacées dans le temps, mais elles rassemblent les mêmes interlocuteurs.
De ce fait, on peut essayer de s’approcher de ces deux temps distinctes en se référant à la présence de Baldricus (Baudri) de Clisson, de Guihenoc d’Ancenis et de Thibault de Castrum Celsum [Champtoceaux] comme témoins. On remarque les liens du seigneur de Liré avec Clisson et Ancenis, situés en Bretagne. Examinons ce que l’on sait de ces trois témoins voisins :
Baudri de Clisson
C’est le premier seigneur certain de la dynastie des Clisson. Baudri était un familier du comte de Nantes, Hoël (1063-1084). Il se manifeste comme signataire de nombreuses autres chartes. Il est attesté de 1061 à 1080.
Guihenoc d'Ancenis
Fils aîné de Alfrid II d’Ancenis. Ce dernier est attesté de 1050 à 1057 (demande aux États de Bretagne à Nantes pour devenir le 9e baron breton (refusée). On ne sait pas quand Alfrid est décédé. Guihenoc Ier a vécu après 1057.
Thibaut de Castrum Celsum
il doit s’agir ici de Thibaut de Jarzé nommé par Geoffroi-Martel [comte d'Anjou] à la place de Orri, exhérédé, c’est à dire dépossédé de son fief par son suzerain, pour ses sympathies avec le seigneur d’Ancenis.
Conclusion
On peut, en conclusion, retenir plutôt une fourchette entre 1068 et 1080.
Ce paragraphe "pour aller plus loin" est un extrait de la version 20/04/2024 proposée par Jean-Luc Delalande