Exemption de péage sur les bateaux navigant sur la Loire, accordée par Geoffroy de Jarzé, fils de Thibaut de Jarzé et seigneur de Castrum Celsum à la fin du XIème siècle, aux moines de Saint-Serge d'Angers
Fin XIè s., BNF, département des manuscrits, division Occidentale, collection de Touraine, n° 228
Il s'agit d'une "notice" récapitulant des exemptions de péage sur la deuxième moitié du XIe siècle. Remonte à Orric (mi-XIe) (ou Orri, Odéric) , Thibaut de Jarzé et Geoffroi, son fils.
Envoyer par la Loire, de temps en temps, un bateau à Nantes, garni des fournitures nécessaires, aux moines du monastère Saint Serge et saint Bacchus, ou le faire redescendre de ce lieu.
Toutes les fois que cela s'était déroulé, Orric de Castrum Celsum avait déduit la dette de l'impôt dû par le bateau de Saint Serge.
Pareillement, Thibaut de Jarzé, qui gouvernait cette même place forte par la suite, a supprimé l'impôt à Saint Serge.
À sa mort, son fils Geoffroy, qui lui avait succédé, a souhaité que ce privilège d'exemption en ce lieu (soit remis) dans l'héritage de son père. Il se présenta à notre chapitre, il accepta l'exemption qu'il avait réclamée et il concéda à Saint Serge l'impôt que son père avait donné, mentionné précédemment
Or, apparemment, deux de ses soldats, qui étaient avec lui, à savoir Abraham, chargé de la perception du péage et Guillaume Rufus, ont fait savoir : que Abraham avait droit, dans cette taxe que Geoffroi susdit tenait en fief, à un pain, venant de chaque bateau.
De même, Guillaume susdit avait droit à un denier dans cette taxe. Tous les deux, acquiesçant à Geoffroy, ont renoncé à tout en faveur de Saint Serge,
Or, cet événement s'est accompli, le jour où a été célébrée solennellement la mort vénérée du Bienheureux Père Benoit, en présence des témoins qui ont vu :
Walter de Burbulio, Abraham et Guillaume Rufus (Le Roux), dont on disait qu'ils avaient donné quelque chose en faveur de Saint Serge dans cette taxe, que nous avons rapporté au-dessus ;
Renaud, fils de Walter de Jarzé, Stéphane, Breton du château de Dinan
Moris monachis hujus loci sanctorum martyrum Sergi et Bacchi interdum navem per amnem Ligerim necessariis rebus onustam Nanneticam urbem mittere, autinde deducere.
Hoc quotiescumque fieret, Orricus de Castro Celso vectigal sibi debitum de eadem navi Sancto Sergio dederat.
Similiter Tetbaldus de Jarziaco qui postillum idem oppidum tenuit, ipsum vectigal Sancto Sergio dedit.
Post mortem vero ejus Gaufridus filius ejus qui in hœreditate patri successerat beneficium loci poposcit ; in capitulum nostrum venit ; beneficium quod postulaverat accepit et prædictum vectigal quod pater suus dederat, Sancto Sergio concessit.
Erant autem cum eo duo milites ejus, scilicet, Abraham Telonearius et Wilelmus Rufus, quorum Abraham. in eodem tributo unum panem de unaquaque navi habere se prodidit, quem de supradicto Gaufrido in fevum tenebat.
Simili modo jam dictus Willelmus unum denarium in ispo vectigali possidebat. Hoc totum uterque, ipso Gaufrido annuente, Sancto Sergio dimisit.
Res autem gesta est die quod beatissimi Patris Benedicti venerandus transitus solemniter colebatur, videntibus his testibus:
Walterio de Burbulio, Abraham et Willelmo Rufo, quos Sancto Sergio dedisse quidquid in eodem tributo habebant, supra retulimus ;
filio Walteriïi -de Jarziaco Raïnaldo nomine, Stephano Brittone de Castello nomine Dinano.
Orric de Castrum Celsum (= de Champtoceaux)
Thibaut de Jarzé
Geoffroy, son fils
Abraham, chargé de perception du péage, soldat
Guillaume Rufus, soldat
Walter de Burbulio
Rainald, fils de Walter de Jarzé
Stéphane, breton du château de Dinan
La Loire
Nantes
Monastère Saint Serge et saint Bacchus (à Angers)
Castrum Celsum (= Champtoceaux)
Texte latin, cote BNF : Bourdeaut 1913, p 221 et 283. La cote fournie par Bourdeaut est Collection Dom Housseau, vol. 1. no 288, ce qui correspond à la collection Touraine. Les inventaires ne sont pas en ligne, la cote 228 n'a pas pu être confirmée
Datation, traduction française J.-L Delalande, Amis du vieux Chateauceaux
Sur les moines de l'abbaye Saint-Serge
Ce texte est une notice de l’abbaye Saint-Serge et saint Bach d’Angers. Cette abbaye a été fondée au VIIe siècle (diplôme des rois mérovingiens Thierry III et Clovis II). Elle a sans doute été abandonnée pendant la période d’occupation viking. Elle a été remise à l’évêque Brunon d’Angers qui y a établi des chanoines au Xe siècle. Rebâtie en 1059, les moines s’y installent sous la règle bénédictine. Elle avait trois prieurés dans le comté nantais : Rouans, Chéméré et Pornic.
Les moines avaient des salines dans la baie de Bourgneuf et des chalands de transport du sel qui passaient par la rivière Tenu pour rejoindre Rouans et la Loire. Les moines avaient obtenu une franchise de taxe sur le tonlieu (tolenearius) au péage de Castrum Celsum.
Sur cette notice
Cette notice est en deux parties distinctes :
D’abord, elle adopte un ton impersonnel dans un style télégraphique. Ce qui n’est pas courant: pas de préambule mentionnant un extrait de l’évangile, pas de référence aux motivations du don « pro salute mea ». C’est seulement un rappel succinct des dons précédents d’Odéric et Thibaut de Jarzé.
Deuxièmement, on découvre l’anecdote des deux soldats chargés du péage qui touchaient habituellement des avantages en nature à chaque passage de bateau. Ils contestent d’abord puis acceptent de renoncer à leur privilège.
Datation
Nous avons un indice qui permettrait de dater ce texte: le jour de la mort du père Benoît. Est-ce l’abbé ? ; mais nous n’avons pas la liste et les dates des abbés de saint-Serge avant le XIIe siècle. Cf. CHAUVIN-LE CHAPTOIS M., CHAUVIN Y., « Cartulaire de saint-Serge et Saint-Bach d’Angers, Presses universitaires de Rennes, 2003
Les noms de Geoffroy de Champtoceaux, fils de Thibaut de Jarzé, de Walter de Jarzé, ne sont pas d’un grand secours pour proposer une datation: Bourdeaut fait une estimation : [après la confiscation du fief d’Orri par Geoffroy-Martel] « Le sire de Jarzé s’y installa en maître, dès 1061. Il prit aussitôt le nom de Thibaut de Châteauceaux....Il mourut vers 1074, laissant Châteauceaux à son fils Geoffroy de Jarzé. » ( Les origines féodales de Châteauceaux », BSAN 1913, p 220-221)
« Geoffroy de Jarzé mourut vers 1090, laissant une fille nommée Warmaise et un fils mineur nommé Thibaut... » (id. p 222)
Cette notice peut donc être datée entre 1074 et 1090