Orri (ou Odéric) de Champtoceaux donne à Marmoutier une terre devant le château de Champtoceaux, la moitié de la dîme afférente à la terre de Landemont, le canonicat dans le château, le tiers de la pêcherie de Drain, la moitié de toutes les écluses de la châtellenie, et enfin des vignes. Avec l'autorisation de Guiscelinus, son frère, et avec la confirmation du comte d'Anjou Geoffroi (Martel).
Datation entre 1040 et 1059. Parchemin de 49 cm de hauteur et 25 cm de largeur conservé à Angers, AD Maine-et-Loire, 38 H 1 n° 5
Sur le château de Champtoceaux: terrain devant le château, canonicat situé à l'intérieur. Ecluses, pêcherie à Drain, terres à Landemont, vignes à la Varenne, Orri a un frère, Guiscelini. On sait par ailleurs qu'il est le frère de Geoffroi de Champtoceaux. Liens avec le comte d'Anjou.
Que le souvenir de ce contenu écrit soit écrit, afin que ce que nous ne pouvons garder en paroles soit conservé dans ses principes pour mémoire.
C'est pourquoi, nous voulons que soit connu par ce texte et diffusé aux fidèles de la Sainte Église de Dieu ceci : Oderic de Castrum Celsum, soldat laïc, animé par la grâce divine, pour le salut de son âme et de celle de son père, et aussi de sa mère et de son frère, a concédé ce qu'il possédait, par héritage, à savoir :
un terrain que l'on appelle La Tranchaie (Truncata), qui est située devant le château, et une moitié de dîme de la terre qu'on appelle Landemont (Lande de Monte), un canonicat aussi qui est à l'intérieur du château, un tiers de part de la pêcherie de Drain (Drunio), une dîme concernant les marchandises transportées au port, situé sous le château, la possession à égalité, en parage, de toutes les écluses de la châtellenie, un arpent et un quartier de vigne dans le domaine appelé La Varenne (Varennis).
Il a donné avec largesse aux moines du Grand monastère Saint Martin, évidemment pour leur profit, en présence du Dieu tout puissant, avec l'accord et l'autorité de son frère Guiscelin, avec l'appui bienveillant de l'abbé Albert, pour que lui, son père et sa mère, et aussi ses frères puissent être dignes de faire partie de cette communauté réunie qui a été agréables à la majesté divine grâce aux aumônes.
Il accorda à Saint-Martin toutes ces choses venant des coutumes perçues et de toutes taxes possibles, à condition que la communauté, ses successeurs et les abbés, qui seront prieurs pendant un certain temps, aient le pouvoir de construire, d'organiser tout ce qu'ils ont diminué de cet endroit, tant pour le temps présent que pour le futur.
Et afin qu'il conserve ce testament vivace perpétuellement, au cours de ces années, Geoffroi, le comte d'Angers, par ce signe de la croix, a confirmé par son autorité et a demandé à ses fidèles, dont le noms suivent, de le renforcer.
S. Geoffroi + Comte
S.Oderic
S.Guiscelin, son frère, témoignages de beaucoup d'hommes
Litteralis memoria idcirco scribitur, ut ea quȩ nequimus retinere verbis per ȩlementa apicum ad memoriam reducantur.
Quapropter, litteratim notum percognitumque sanctȩ Dei aecclesiȩ fidelium fieri volumus cognitioni, quoniam Odricus de Castro Celso sȩculari militiȩ mancipatus divino instinctu animatus pro animȩ suȩ patrisque sui necnon et matris fratrum quoque suorum redemptione, ex his quȩ hȩreditario jure possidebat id est
terram quȩ cognominatur Truncata, quȩ sita est ante prȩfatum castellum, et medietatem decimȩ cujusdam terrȩ quȩ vocatur Landa de Monte, canonicatum quoque qui est intra castrum, et terciam partem piscariȩ de Drunio, et decimam transvectionis de portu qui est sub castro, et parilitatem quam vocant paragium omnium exclusarum de illa castellaria, et unum arpennum et quarterium vineȩ in villa quȩ dicitur Varennis
assensu et auctoritate sui fratris nomine Guiscelini Sancto Martino Majoris monasterii ad usum videlicet monachorum ibidem omnipotenti Deo sub Alberto abbate famulantium beneficientiȩ munere contulit, quatinus eorum qui elemosinis divinȩ majestati placuerunt ipse et pater ejus et mater necnon et fratres mererentur adjungi consortio.
Haec omnia ab omni consuetudine exactionis vel omnium vectigalium quieta, tali conditione sancto Martino tribuit, ut prȩfata congregatio successoresque ejus et abbates qui eis pro tempore prȩerunt potestatem habeant faciendi ordinandi quodcumque inde decreverint tam prȩsentibus quam futuris temporibus.
Et ut per cuncta annorum curricula hujus elemosinȩ testamentum vigorem perpetuitatis obtineat, Guazfridus Andegavensis comes sub crucis caractere sua auctoritate firmavit, suisque fidelibus quorum nomina subscripta sunt corroborandum tradidit.
S. Gausfredi [croix] comitis.
S. Odrici.
S. Guiscelini fratris ejus, sub multorum hominum testimonio.
Oderic de Castrum Celsum
Guiscelin, son frère
Abbé Albert
Geoffroi, le comte d’Angers
Castrum Celsum (= Champtoceaux)
La Tranchaie (Truncata), située devant le château de Champtoceaux
Landemont (Lande de Monte)
Drain (Drunio)
La Varenne (Varennis)
Grand monastère Saint Martin (= Abbaye de Marmoutier)
Traduction française, éléments de contexte : JL Delalande, Amis du vieux Chateauceaux
Résumé, transcription http://telma.irht.cnrs.fr/outils/originaux/charte3518/ Acte n°3518 dans Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France , Cédric GIRAUD, Jean-Baptiste RENAULT et Benoît-Michel TOCK, éds., Nancy : Centre de Médiévistique Jean Schneider; éds électronique : Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2010. (Telma).
Datation : Base Telma indique 1059 mais nous ne savons pas exactement d'où vient cette date. Nous retenons une fourchette allant de juin 1040 à 1059 (Cf. O. Guillot, « Le comte d'Anjou..., t 2, p 129)
La Tranchaie
Il est intéressant de relever que le toponyme de Tranchaie existe toujours pour désigner deux hameaux : « grande et petite Tranchaie », de l’autre côté de la vallée du Voinard sur le bord de la route se dirigeant vers La Varenne, qui est aussi nommé dans cet acte.
Landemont
On relève « Landemont » pour la première fois car les vignes, les pêcheries, les écluses ne concernent jusque là que des paroisses située sur les coteaux dominant la Loire, sauf Le Fuilet.
Canonicat
Le terme « canonicat » désigne deux choses :
c’est d’abord la fonction du chanoine (laïc ou ecclésiastique) attaché à une église. Ce chanoine a été au Moyen Âge un auxiliaire auprès d’un seigneur non seulement pour animer les chants à l’église, mais aussi comme secrétaire du seigneur, tenant les registres, élaborant les courriers ou la généalogie.
« prébende que possède un chanoine » (dictionnaire de l’académie française): c’est donc un revenu relatif à cette fonction.
CANONICAT >CHANOINE : « Le prieuré n’était pas seulement l’ornement de leur château, il était également un élément indispensable pour le développement d’un bourg qui faisait du centre de leur pouvoir autre chose qu’un simple village. Quelques uns, plutôt qu’un prieuré, préfèrent fonder une collégiale de chanoines séculiers. L’entreprise est moins onéreuse car les chanoines conservent leurs biens patrimoniaux ; ils peuvent donc vivre en partie grâce à ceux-ci. D’autre part, comme ils ne sont pas soumis à une règle exigeante et comme ils ne sont pas membres d’un ordre monastique organisé, ils sont davantage sensibles aux pressions de leur protecteur laïque. »