Don à Marmoutiers, par Amaury Crespin et Ermengarde, surnommée Garmaise son épouse et leurs deux fils, Thibaud et Geoffroy, de l’église collégiale de St-Mainbœuf à Angers, des églises de Beaufort et de Bessé. Don fait par Ermengarde, d’abord à Tours, puis à Baugé et à la Flèche, puis renouvelé à Châteauceaux, en présence de l’évêque de Nantes et des vassaux.
Archives départementales du Maine-et-Loire, G789 (Prieuré Saint-Pierre de Bessé, réuni au Séminaire d'Angers)
Datation : 1125
Il s'agit d'une version ultérieure et beaucoup plus développée du don décrit charte 11. Décrit les états d'âme, toutes les étapes du doncomplète du don, le rituel du don.
(les personnes et les biens en question)
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, moi Amaury Crespin, seigneur de Castrum Celsum et ma femme Ermengarde, en réalité surnommée Garmaise, comme nous possédions, dans la ville d'Angers, une église Saint Maimboeuf et ses revenus, issus du patrimoine de mon épouse,
(les raisons du don)
Il nous apparaît de dire pourquoi nous (voulions] les vendre comme aussi pourquoi les donner par nous : c’est du fait que (quia) les prébendes ne sont vendables qu'au péril de nos âmes, et vu que (utpote) la vente par des laïcs ne serait pas autorisée, C'est pourquoi (quapropter) nous retournions cela dans notre esprit, pas seulement une ou deux fois, mais continuellement, pour savoir comment nous pourrions nous libérer, nous et nos descendants, du péché présent et du péril futur,
Nous inspirant donc de la clémence divine, nous sommes parvenus enfin à une résolution consistant à donner aux moines, hommes religieux du Grand Monastère de Saint-Martin, à savoir, l'église dont on vient de parler, avec ses dépendances.
Donc, comme nous pensions qu'elle serait salutaire, nous avons pris soin d’ exécuter cette œuvre. En conséquence, avec l'accord de ma femme, déjà nommée, de notre accord commun, par la grâce de la prière et pour notre projet à réaliser, le Grand Monastère est idéal.
(1ère étape du don : au chapitre des moines, Saint-Maimboeuf)
Ensuite, venant dans le cloître général des moines, aussi bien de ma part que de la sienne, que pour moi et que pour elle, et aussi pour nos fils et nos filles, et le reste de nos prédécesseurs et nos successeurs, un don fut fait dans la main du prieur qui présidait au chapitre, non seulement de l'église Saint-Maimboeuf, mais aussi celles de de Beaufort et de Bessé. Ainsi, c'était la volonté de tous les deux qui s'accomplissait par moi évidemment.
Se retirant du chapitre, il offrit le don sur le grand autel. Comme cette charte, qui a été faite en ce lieu, fait un récit plus complet, avec la présence des témoins, elle est conservée chez les moines.
(2ème étape du don à Baugé et à la Flèche)
Peu de temps s'étant écoulé après, le vénérable abbé du Grand Monastère, Odon, avec quelques frères, se déplaça à la rencontre du comte d'Anjou, Foulques, de qui les églises dépendaient en fief, afin qu'il confirme ce don dont on vient de parler. Il exigea leur propre accord, ce qui fut fait de cette manière :
Puisque nous nous réunissons par la grâce de Dieu, Moi, qui ait fait ce don, je souhaitais de tout cœur que cette aumône soit confirmée. L'abbé, dont on vient de parler auparavant, se rendit en chemin, au château du comte d'Anjou qui est à Baugé (Balgiaco). Là, nous avons discuté entre nous de cette affaire et alors, le comte lui-même, s'est joint à nous qui étions en train de débattre.
Donc, en présence du comte et avec son accord de confirmation, j'ai posé ce don dans la main de l'abbé (au moyen du couteau?) de Gautier, prieur du cloître, pour un tel accord. De sorte que, en ce qui concerne mes descendants et les autres trépassés, ils ne parviennent pas au canonicat de Saint Mainboeuf par la suite, mais aux moines qui vont leur succéder.
Ce qui fut dit et confirmé, aussi bien de la partie du comte que de la mienne, c'est : Au cas où la possession de l'église de Saint-Mainboeuf, en cas de vacance, par une une inspiration diabolique et du fait d'une jalousie de malveillants, soit déplacée par les moines, ou soit démembrée, du moment que les moines ne l'auront pas, on reviendra au passé, c’est à dire, que notre possession sera ramenée vers les nôtres ou entre les mains du comte, si les héritiers nous font défaut.
(témoins)
Toutes ces choses ont été concédées dans cet esprit : Geoffroy, fils aîné du comte. Les témoins
pour le parti du comte et le mien sont : Guillaume Burellus, chapelain du comte ; Gervais de Troveia ; Hamericus de Toarcia (Aimeric de Thouarcé) ; Guillaume de Oldon ( d’Oudon) ; Radulfe de Masengi
Du parti de l'abbé, ses moines : Guarin, sacristain, Hildebert de Nantes, Gualterius, prieur du cloître, Hugo, hospitalier, Pierre, prieur « Roche », Girard, cellerier
et leurs serviteurs : Païen, chambrier ; Pierre Burdo ; Jean, frère de Jean, maréchal, Pierre Tedufi] ; Isembert Bora; Rainald Coluber ; Christianus Sulcpcius, clerc et beaucoup qui sont absents.
(à la Flèche)
Le comte déjà nommé et la comtesse, son épouse, nommée Aremburg ont concédé à leur château de Feciam (La Flèche) ;
Les témoins de son parti sont : Guillaume Burel ; Gervaise de Troveia ; Geoffroy de Ramefort ; Geoffroy, fils de Guarin ; Renaud de Framaldi et d'autres
Et du parti d'Odon : Odon, étant lui-même abbé; Thibaut de Colombis ; Guillaume Banila ; Hugo, hospitalier ; Geoffroy de Braitello.
Afin que tout cela conserve une puissance plus forte, il installa Gautier, le prieur du cloître, comme abbé de ses moines et Hugo, hospitalier, suivant ma volonté et celle de ma femme, de mes fils, Thibaut et Geoffroy, afin que, en présence de nos hommes, il récapitulât ce don qu'il avait fait au Grand Monastère et que mes fils confirmeraient. Ce qui fut fait.
(3ème étape à Champtoceaux)
Toutefois, les moines sont venus en notre château de Celsum, en présence de tous les autres moines et du cellerier, Girard, surnommé Martel .
Ma femme est venue aussi vers eux, avec nos fils, Thibaut et Geoffroy, dans le cloître des moines et, en présence de la communauté des barons et d'autres parmi nos hommes, du seigneur évêque de Nantes, Brice, inspiré par Dieu, donna son assentiment en chantant des louanges.
Nos fils, Thibaut et Geoffroy, ont concédé aussi par l'intermédiaire du couteau du sous-prieur Gautier, par lequel, moi, j'avais fait ce don à l'abbé Ils déposèrent ce don sur l'autel de Saint-Jean-Baptiste, en main propre.
Ma femme ajouta encore, en présence de l'évêque, de tous ceux qui étaient présents, qu'elle confirmait, et cela non sans verser des larmes et [en montrant] de nombreux témoignages, qu'elle avait donné et concédé l'église de Saint-Mainboeuf à nul homme, à aucune église, ni aux autres dont on a parlé avant, si ce n'est à Saint-Martin et à ses moines.
Nous avons ajouté un avertissement utile contre ceux qui seraient de faux calomniateurs parce que nous n'avons pas le sceau qui renforce la présente charte.
Nous avons fait témoins ceux qui sont inscrits dessous et, comme la main a pu être dans l'ignorance, nous l'avons étendue sous le signe de la croix.
BRICE, évêque de Nantes ; TISO, archidiacre de Nantes ; RADULFUS, archidiacre de Vannes ; NORMANNUS, clerc ; DANIEL, chapelain de l'évêque ; GEOFFROY DE SAINT-LAURENT, BRISE, enfant parent de l'évêque ; SEMERLOTUS, serviteur de l'évêque ; GIRALD, prieur de Castrum Celsum ; HERVEUS, moine ; GALTERIUS, sous-prieur, moine du Grand monastère ; HUGO, hospitalier ; GUALTERIUS, cellerier ; MARTIN, prieur de Saint-Quintin ; GIRARDUS, cellerier ; JEAN, prêtre et moine ; RAINALD, enfant de Oudon ;
ROLLAND de LIRÉ ; RADULFE DE OUDON ; GUIDO DE FRUMENTARIIS ; GUILLAUME BURGUNDIO ; CLEMENS DE BRIHERI ; SIGLERIUS, fils d'Hamelin ; JOHAN MERLETUS ; PAGANUS(Païen de ) CHOCHELINI et RADULFUS, son fils ; HERVENUS CORNUALIS ; PAGANUS BOCHETUR ; PAGANUS, nutricius ; ROLLAND, fils de RADULFE de OUDON.
Parmi les serviteurs : PETRUS TEDULFI, ISEMBERT DE BORDA, JEAN, frère de Jean le Maréchal ; BROHONS, serviteur de Saint-Martin ; et beaucoup d'autres
SIGNUM
S.+AMALRICI CRISPINI
S.+ERMENGARDIS GUARMESIE
S.+TETBALDI, son fils
S.+GAUFREDI, son autre fils »
(les personnes et les biens en question)
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, Ego Amalricus Crispini, dominus Castri Celsi et uxor mea, Ermengardis, cognomento vero Guarmesia, cum ex patrimonio ipsius uxoris mee teneremus, in civitate Andegavensi, ecclesiam St Magnebodi prebendasque,
(les personnes et les biens en question)
ideo prebende dici videntur, quia prebende sunt, non vendende, cum periculo animarum nostrarum, vendebamus, cum etiam dari eas a nobis, utpote, alaicis non liceret, quapropter non semel aut bis tantum, sed frequenter nobiscum in animo versabamus quonam modo possemus de presenti peccato et futuro periculo nos et ostros posteros liberare,
inspirante igitur divina clemen-ia quœæ neminem vult perire, ad id consilium tandem pervenimus, ut religiosis viris monachis, videlicet, Sancti Martini Majoris Monasterii donaremus prœfatam ecclesiam, cum omnibus sibi pertinentibus
Quod ergo tam salubriter cogitabamus, opere curavimus adimplere ; igitur, orationis gratia et implendi propositum nostrum, prœfata uxor mea, communi nostro assensu, Majus Monasterium perfecta est.
(1ère étape du don : au chapitre des moines, Saint-Maimboeuf)
Deinde veniens in generale capitulum monachorum, tam ex parte mea quam sua, tam pro me quam pro se, filiis quoque ac filiabus, sed e ceteris predecessoribus ac successoribus nostris, fecit ibidem donum in manu prioris qui capitulo præsidebat, non solum de ecclesia Sancti Magnebodi, sed et de ecclesiis de Belfort et de Bessi, sic enim ambo. rum, mea, videlicet, et illius voluntas erat.
Quod, videlicet, donum ipsa acapitulo recedens super majus altare obtulit, sicut carta inde facta cum testibus plenius narrat, quæ penés monachos reservatur.
(2ème étape du don à Baugé et à la Flèche)
Pauco post tempore evoluto, venerabilis abbas Majoris Monasterii, Odo nomine, cum quibusdam ex fratribus, comitem Andegavensem Fulconem nomine, de cujus fevo præfate ecclesie erant, expetiit et ut, pro se suisque predictum donum confirmaret, requisivit assensu proprio, quod et factum est, hoc modo :
Convenimus siquidem Deo favente, ego, videlicet, qui prefatum donum, immo elemosinam firmam fore in perpetuum totis cordis visceribus exoptabam, et predictus abbas in via quæ a Balgiaco castro comitis ducit Andegavum, et cum inter nos de hac causa loqüeremur, ipse quoque comes subsecutus, nobis colloquentibus adjunctus est.
Ipso igitur comite vidente et suo a$sensu confirmante, posui donum in manu abbatis per cultellum Gualterii, prioris claustri, tali pacto, ut, decedentibus, vel ad alium ordinem tran seuntibus canonicis Sancti Magnebodi, monachis succedentibus, canonici deinceps non succedant.
Dictum est et firmatum ex parte comitis et ex mea quod si, instinctu diabolico, per malivolorum ïinvidiam, contigerit ut, quod absit, illis rem turbantibus, possessio ecclesie Sancti Magnebodi aut auferatur monachis aut differatur, quamdiu eam monachi non habebunt, tamdiu ad antiquam, id est, nostram nostrorum que possessionem redigatur, vel ad manum comitis, si nobis hœæredes defuerint.
(témoins)
Hœc omnia concessit in eadem via : Gaufredus, filius comitis major natu. Horum omnium testes sunt,
ex parte comitis et mea : Guillelmus Burellus, capellanus comitis ; Gervasius de Troveia ; Hamericus de Toarcio ; Guillelmus de Oldon; Radulfus de Masengi.
Ex parte abbatis, monachi ejus : Guarinus, sacrista ; Hildebertus de Nanneto; Gualterius, prior claustri; Hugo, hospitalarius ; Petrus, prior Roche; Girardus, cellarius
famuli eorum : Paganus, camerarius ; Petrus Burdo ; Johanes, frater Johanis marescalci; Petrus Tedufi ; Isembertus Borda ; Rainaldus Coluber'; Christianus Sulpicius, clericus. Multi quoque alii affuerunt.
(à la Flèche)
Hoc etiam donum comes jam nominatus simul et comi tissa uxor ejus nomine Aremburgis concesserunt apud Feciam castrum suum,
testibus ex parte eorum : Guillelmo Burello; Gervasio de Troveia ; Gaufredo de Ramefort ; Gaufredo, filio Guarini ; Rainaldo de Framaldi et aliis.
Et ex parte Odonis, abbatis, ipso Odone abbate ; Tetbaldo de Columbis ; Guillelmo Banilo ; Hugone, hospitalario ; Gaufredo de Braitello.
Ut autem hœc omnia robur firmius obtinerent direxit supranominatus abbas de monachis suis Gualterium, priorem claustri, et Hugonem, hospitalarium, ex voluntate mea ad uxorem meamsupradictam et filios Tetbaldum et Gaufredum, ut et ipsa, videntibus hominibus nostris, recapitularet donum quod apud Majus Monasterium jam fecerat et idipsum nôs:ri filii confirmarent. Quodet factum est.
(3ème étape à Champtoceaux)
Venerunt siquidem prefati monachi ad castrum nostrum nomine Celsum et cum eis alius eorum monachus et celerarius Girardus cognomento Martellus.
Venit etiam et prefata uxor mea una cum filiüis nostris Tetbaldo et Gaufredo, ad eos, in claustrum monachorum, et congregatis ibidem baronibus et ceteris hominibus nostris in presentia domini Briccii, Nannetensis episcopi, qui et ipse, Deo rem inspirante, convenerat, ipsa donum ob majorem auctoritatem repetivit plurimum assentiente episcopo et laudante,
filii quoque nostri Tetbaldus et Gaufredus, concedentes, per cultellum Gualterii, supprioris, per quem et ego abbati donum feceram, donum ipsum super altare Sancti Johannis Baptiste manu propria posuerunt.
Addidit etiam uxor mea audiente episcopo et omnibus qui aderant, se.nulli hominum, nullive- ecclesie, ecclesiam Sancti Magnebodi, nec alias quas supradiximus antea dedisse, vel concessisse, nisi Sancto Martino et monachis ejus et hoc, non sine lacrimis et multa attestatione confirmabat.
Hoc contra quosdam falsos calumniatores utile duximus inserendum et quia non habebamus sigillum quo prœsens cartula muniretur,.testes subscribi fecimus .et subinde signum crücis, sicut manus indocta potuit, ipsi porreximus..
Briccius, episcopus Nannetensis ; Tiso, archidiaconnus Nannetensis ; Radulfus, archidiaconus Venetensis ; Normannus, clericus ; Daniel, capellanus episcopi : Gaufredus de Sancto Laurentio ; Briccius, puer, nepos episcopi ; Semerlotus, serviens episcopi ; Giraldus, ‘prior Castri Celsi ; Herveus, monachus ; Gualterius, supprior Majoris monachus ; Hugo, hospitalarius ; Gualterius, sellarius ; Martinus, prior Sancti Quintini ; Girardus, cellarius ; Johannes sacerdos et monachuis ; Raïinaldus, puer de Oldon ;
Rollandus de Liriaco ; Radulfus de Oldon ; Guido de Frumentariis ; Guillelmus Burgundio ; Clemens de Briheri ; Siglerius, filius Hamelini ; Johannes Merletus ; Paganus Chochelini et Radulfus filius ejus ; Hervenus Cornualis ; Paganus Bochetus ; Paganus, nutricius ; Rollandus filius Radulfi de Oldon ;
De famulis : Petrus Tedulfi ; Isembertus de Borda ; Johannes, frater Johannis Mariscalci ; Brohons, famulus St Martini et multi ali.
S. + Amalrici Crispini ;
S. + Ermengardis Guarmesie ;
S. + Tetbaldi filii ejus ;
S. + Gaufredi alterius fili ejus.
1ère étape
Amaury Crespin - Seigneur de Castrum Celsum
Ermengarde (surnommée Garmaise) - Femme d’Amaury
2ème étape - les même, et en plus:
Odon - Abbé du Grand Monastère
Foulques - Comte d’Anjou
Geoffroy - Fils aîné du comte (donc de Foulques, comte d'Anjou)
Arembourg - la femme du comte d'Anjou
3ème étape (Chateauceaux) - ceux de l'étape 1, plus :
Thibaut et Geoffroy - Fils d'Ermangarde Garmaise et Amaury Crespin
Girard (surnommé Martel) - Cellerier
Brice - Évêque de Nantes
Gautier - Sous-prieur
Voir aussi plusieurs listes de témoins dans le texte
1ère étape
Castrum Celsum - Seigneurie d’Amaury (= Chateauceaux, Champtoceaux)
Angers - Ville où se trouve l’église Saint Maimboeuf
Église Saint Maimboeuf - Église possédée par Amaury et Ermengarde
Le Grand Monastère de Saint-Martin - Destinataire du don (= Marmoutier)
Le cloître général des moines - Lieu où le don a été fait
Église de Beaufort - Mentionnée dans le don
Église de Bessé - Mentionnée dans le don
2ème étape
Château du comte d’Anjou à Baugé (Balgiaco)
Le château de Feciam (la Flèche)
Traduction française : J.-L. Delalande (amis du vieux Châteauceaux) à partir des transcriptions de Bourdeaut 1913
Texte latin : Bourdeaut,1913, p 294-298
Les chartes 11 et 12 sont aux archives départementales du Maine-et-Loire G 789 Prieuré Saint-Pierre de Bessé, réuni au Séminaire d'Angers
Datation : voir "pour aller plus loin"
Cette charte originale est exceptionnelle pour plusieurs raisons :
elle exprime les états d’âme du seigneur Amauri et de sa femme : leurs scrupules, leurs sentiments religieux et leur souci de rester en conformité avec les règles de la Réforme grégorienne.
ce texte met en lumière aussi les démarches , en plusieurs étapes, qui visent à se conformer aux usages hiérarchiques :
Invitation des autorités religieuses : l'évêque de Nantes, des autorités laïques : le comte d’Anjou.
Une donation est un acte solennel. Il doit recueillir le consentement des enfants du couple en présence des témoins, originaires de Bretagne et d’Anjou. De plus, il doit être confirmé par le comte d'Anjou Foulques V (qui, après remariage, deviendra roi de Jérusalem).
Tout cela se fait en 4 étapes :
à l’abbaye,
rencontre du comte sur le chemin menant à son château de Baugé.
ratification officielle, au château comtal de La Flèche, en présence de la comtesse,
enfin confirmation locale, dans le cloître du prieuré de Castrum Celsum (Champtoceaux)
on y observe le rituel de la donation « avec le couteau » et dépôt du parchemin sur l’autel.
Bref, un luxe d’informations très utiles pur comprendre les manières de se comporter au début du XIIe siècle. Nous allons apporter quelques précisions sur le texte
Datation (1125)
La donation d’Amaury et Ermangarde (Garmaise) se situe au début de l’accession de l'abbé Odon (ou Eudes) à la tête des moines de Marmoutier. Il fut abbé de 1125 à 1137.
Voici le récit de Dom Martène, moine et historien aux environs de 1700 :
« Presque aussitôt après sa bénédiction [ de Odon], Amauri Crespin, seigneur de Châteauceaux, et son épouse Ermengarde, surnommée Garmaise, signalèrent leur piété par la donation qu’ils firent à Marmoutier de l’église collégiale de Saint-Maimboeuf d’Angers...Le titre que nous avons de cette donation n’a pas de date, mais il faut nécessairement le mettre en l’an 1125 qui fut celui qu’Eudes fut élu abbé de Marmoutier, ou au commencement de 1126, qui fut celui de la mort de la comtesse Aremburge. »
On retient donc la date de 1125
Motif du don
réforme grégorienne
Pour comprendre les considérations, bien obscures, qui précèdent les raisons de ce don, il faut se référer aux condamnations de la Réforme Grégorienne dont voici quelques recommandations :
- Nécessité de remettre de l’ordre dans le clergé séculier qui adopte au XI-début du XIIe siècle des comportements déviants par rapport à la doctrine de l’Église,
- Nécessité de reprendre les terres et les églises que les seigneurs s’étaient appropriés durant les décennies de désorganisation suivant les incursions normandes. Beaucoup de propriétaires en ont profité pour accaparer les revenus destinés normalement au clergé.
L’évêque de Nantes Brice a fait une démarche en ce sens auprès du roi Louis VI pour recouvrer la totalité des paroisses de son diocèse (en 1123).
L’abbaye de Marmoutier fut un foyer de la propagation de cette Réforme grégorienne dans les années 1055-1064.
voyons la situation à cette époque
Beaucoup d’églises appartenaient aux seigneurs qui les avaient construites ou se les étaient appropriées pendant l’occupation normande.
Ces seigneurs nommaient leurs prêtres et touchaient les « prébendes », c’est à dire les revenus payés par les fidèles pour le train de vie des prêtres.
Les fidèles, se méfiant du clergé séculier (les prêtres), accordaient une plus grande confiance aux religieux (les moines) qui s’étaient retirés du monde et pratiquaient une vie conforme à l’idéal évangélique. Car, enfin la raison principale de l'existence de cette vie monacale, c’était la prière. Ce point est essentiel dans un monde médiéval profondément croyant d'une part, et très violent d'autre part. Beaucoup de chevaliers cherchaient à se faire pardonner leurs actes violents et leurs meurtres en fournissant des ressources à des être épris de spiritualité qui peuvent intercéder auprès de Dieu pour leur éviter la damnation éternelle.
Dom Martène, le moine et historien des alentours de 1700, explique :
« Cette église était tombée à ce seigneur par le mariage de sa femme, et il en jouissoit paisiblement. Il en disposoit comme ses autres revenus et vendoit sans scrupule les canonicats comme il aurait vendu un bien purement laïque. Mais enfin, on lui fit comprendre que ces canonicats ne se nommoient prébendes que parce qu’elles devoient être données gratuitement et non pas vendues, et que même étant laïques, il ne lui étoit pas permis de les donner. Il compris le danger où ce commerce précipitoit son âme, et comme il avoit la crainte de Dieu, et qu’il désiroit travailler à son salut et à celui de ses successeurs, il méditoit souvent sur les moyens d’expier ce péché et d’éviter l’occasion d’en commettre de semblables. Il consulta Dieu plus d’une fois, et ce fut par son inspiration qu’il prit résolution de donner cette église et toutes ses dépendances aux religieux de Marmoutier, qu’il appelle hommes d’une singulière piété. Cette résolution prise, il voulut la mettre aussitôt en exécution. »
Déplacement à l'abbaye de Marmoutier
Le déplacement du couple à l’abbaye s’effectue près de Tours avec un grand nombre d’accompagnateurs qui servent de témoins; Nous laissons à nouveau la parole à Dom Martène:
« Ce fut pour cet effet que son épouse Ermengarde, à qui principalement cette église appartenoit, vint exprès à Marmoutier sous prétexte de satisfaire à sa dévotion, où étant entré dans le chapitre, elle fit une donation de l’église de Saint-Maimboeuf entre les mains du prieur qui présidoit au chapitre, tant en son nom qu’au nom d’Amauri son époux. Elle ajouta à cela les églises de Beaufort et Bessé ; ensuite étant sortie du chapitre, elle porta elle-même le titre de la donation sur le grand autel. »
La démarche de confirmation du don par le comte d'Anjou, Foulques V
« Peu de jours après, l’abbé Eudes accompagné de quelques uns de ses frères, vint en demander la confirmation à Foulques, comte d’Anjou. Comme il étoit sur le chemin qui va de Baugé à Angers avec le seigneur Amauri...le comte vint les joindre, et ayant su le sujet de leur voyage, il confirma la donation d’Amauri et investit de nouveau l’abbé de Marmoutier de l’église de Saint- Maimboeuf avec le couteau de Gautier, prieur claustral de Marmoutier, à condition que les moines succéderoient aux chanoines à mesure qu’ils viendroient à mourir ou à changer d’état, et qu’au cas où l’envie du démon et par la malice des impies perturbateurs du bien public, cette église vint à être ôtée aux religieux, iis rentreraient, lui et ses successeurs dans leur droit. Geoffroi fils aîné du comte Foulques confirma ce qui venoit d’être fait, aussi bien que la comtesse Aremburge, sa mère. »
Démarche de confirmation au prieuré de Champtoceaux
« Après cela, Eudes députa deux de ses religieux, Gautier prieur claustral, et Hugues, hôtelier de Marmoutier, de la part d’Amauri à son épouse Ermengarde Garmaise et à ses deux fils Thibaut et Geoffroi, afin qu’elle renouvelât en présence de tous ses barons ce qu’elle avait fait à Marmoutier. C’est ce qu’elle fit dans le cloître du prieuré de Saint-Jean de Châteauceaux, du consentement de ses fils, en présence plusieurs témoins., et surtout de Brice, évêque de Nantes, qui approuva fort cette donation.... »
Ces moines ont cette spécialité et intercèdent même après la mort de ceux qui ont fait ces dons. Il n'y a pas d'instance médiane pour se racheter à cette époque. La peur de l'enfer est une donnée incontournable aux XI° et XII° notamment. En effet, l'invention du « purgatoire » viendra plus tard après la réforme grégorienne, sous l'impulsion d'Innocent VIII (cf. Jacques Le Goff)
Le rituel du couteau
« j'ai posé ce don dans la main de l'abbé au moyen du couteau de Gautier, prieur du cloître, pour un tel accord. » D’abord les donateurs déposent le parchemin sur un autel. Ce geste s’accompagne d’un objet symbolique : par exemple, un bâton ou un couteau. Pourquoi ce rituel est effectué ?
À travers l’objet, bâton ou un couteau, le don est représenté concrètement : il signifie coupure ou transmission.
Ainsi, le donateur, apportant quelque chose de personnel, s’en dessaisit et il le confie au destinataire. Le couteau est l’objet qui coupe, tranche : cela signifie que le donateur se détache de sa propriété. Et le bâton, c’est en quelque sorte un objet transitionnel. C’est comme un passage de relais dans une course.
Enfin, le seigneur ajoute des précautions ou une menace envers ses successeurs s’ils ne respectent pas sa volonté et veulent récupérer leur héritage :
« Au cas où la possession de l'église de Saint-Mainboeuf, en cas de vacance, par une une inspiration diabolique et du fait d'une jalousie de malveillants, ..., tant que les moines ne l'auront pas, on reviendra au passé, c'est à dire que notre possession sera ramenée vers les nôtres ou entre les mains du comte, si les héritiers nous font défaut. ..Nous avons ajouté un avertissement utile contre ceux qui seraient de faux calomniateurs parce que nous n'avons pas le sceau qui renforce la présente charte. »
Pour cela, les observateurs sont pris à témoin et sont parfois un recours en cas de procès.
Toponyme Fecia
« Le comte déjà nommé et la comtesse, son épouse, nommée AREMBURG ont concédé à leur château de « Feciam ». Le toponyme « Fecia » désigne le château de la Flèche, construit par Jean de Beaugency et conquis par Foulques V, le Jeune, en 1110.