Le chevalier Geoffroi donne à Marmoutier l'église Saint-Jean-Baptiste sise à Champtoceaux, et celle du Fuilet, l'exemption de péage sur la Loire pour le bateau du monastère, la moitié de sa pêcherie en Loire, et tout ce qui est en son dominium à l'intérieur des murs du château, savoir des vignes, des terres cultivées et des friches. Il a obtenu l'assentiment et l'autorisation de ses frères, et la confirmation de Geoffroi Martel, comte d'Anjou.
Datation 1040 à 1044, parchemin de 53 cm x 30 cm, conservé à Angers, AD Maine-et-Loire, 38 H 1 n° 2
Eglise Saint-Jean-Baptiste, droit de péage, pêcherie, château à Champtoceaux avec terres cultivées et friches intra-muros, vignes, Relation avec le comte d'Anjou Geoffroi Martel
Quiconque, enflammé par une ardeur remplie de foi dans les préceptes évangéliques, selon lesquels les possesseurs de richesses sont avertis qu'ils doivent se faire des amis en se séparant de leur argent malhonnête, comme il a partagé avec ceux qui étaient dans le besoin pour qu'ils soient dégagés des nécessités, alors il sera vraiment reçu par ses amis dans les demeures éternelles, d'où des tentes ont été dressées pour toujours, il est sûr non seulement qu'il ne sera pas privé d'un accueil, mais aussi qu'il recevra les privilèges de la béatitude éternelle par Dieu tout puissant parmi ceux qui sont dans la gloire.
Donc attiré par ces considérations salutaires, Moi Geoffroy, chevalier, représentant des laïcs, j'ai mené ce qui est nécessaire conformément à cela et ai accepté de mettre le pauvre sous la loi du bénéfice à recevoir, en étant fidèle à Dieu dans le présent, parce que par la suite je récolterai au centuple en récompense pour l'éternité. Afin que cela devienne plus probable et plus estimable, j'ai ordonné de procurer des ressources plutôt à ceux qui sont des pauvres en esprit dont on reconnaît au royaume des cieux qu'ils sont proches du chemin de la vérité et qui montrent une aptitude à supporter une pauvreté volontaire, les renoncements aux biens, aux richesses inutiles, afin d'être plus libres et plus disponibles au service du Christ.
En conséquence, il est déclaré ceci aux frères qui sont au service du Dieu tout puissant, sous l'autorité de l'abbé Albert, dans le Grand monastère de Tours , (je donne) un lieu, venant de l'héritage de mes parents, construit en l'honneur de Saint Jean- Baptiste, situé près de Castrum Celsum, et l'église [Saint Martin] au Fuilet avec sa dîme en pourcentage. Des revenus du péage perçus sur les bateaux montant et descendant la Loire. La moitié de ma Pêcherie de Loire. Tout ce qu'il semble que je possède dans mon domaine « intra muros », donc à l'intérieur des murs du castrum déjà cité, à savoir : des vignes, des terres incultes ou cultivées,
avec beaucoup de choses que les autres fidèles devront donner pour ce lieu susdit en cadeau de bienfaisance pour le salut de leurs âmes, avec l’accord et sous l'autorité de mes frères Herduin et Oderic, Guiscelin aussi et Rodulfe concédant en cette année. Je concède en cette année, par droit perpétuel, ces possessions, pour que je gagne d'être admis, dans la communauté de ceux qui ont été agréables à la majesté divine par leurs aumônes .
Et je fais un procès à quiconque trouble la tranquillité de ce don par toutes sortes d'obstacles à condition qu'il soit permis, sans contestation de moi ou de mes successeurs, à la congrégation de Saint-Martin susdite et des successeurs , avec les abbés qui seront à leur tête à ce moment-là, de posséder par droit perpétuel le lieu susdit avec toutes ces choses déjà indiquées et qu' ils possèdent le pouvoir de faire et d'ordonner du mieux qu'il leur plaira, selon ce qui aura été décidé pour le présent comme pour le futur
Mais au cas où , du fait que cela ne convient pas à ceux qui ont été mes déshérites et à n'importe quel autre, quelqu'un aurait tenté de porter une protestation (d'intenter un procès) à propos de cette aumône par insinuation ou sur ordre d'une personne diabolique, confondu par la justice, que sa volonté sur un mode tortueux ne puisse pas avoir d'effet de preuve en justice, et qu'il paie intégralement une amende de 10 livres d'or au comte de ce temps-là.
Et pour que ce don de cette aumône garde de la vigueur perpétuelle sur l'ensemble de ces années, Geoffroy (Martel), comte des Angevins a confirmé ce don de son autorité par son signum et l'a remis à ses fidèles pour le corroborer.
Signum + Gaufridi comitis
Fulchrade de Rochefort, Thibault, son frère, Teudonis Calvi
Jean d'Aurelle, Goridin le Breton, Garin Panzae.
Guarnier, prêtre, Ermenfred, moine, Acfred, moine, Johan, moine et médecin, Daniel, prêtre.
Quisquis fidelium ardore succensus adimplendȩ prȩceptionis ȩvangelicȩ qua cuncti divitias habentes misericorditer admonentur de mammona iniquitatis facere sibi amicos a quibus cum defecerint in ȩterna tabernacula recipiantur necessitatibus communicaverit indigentium, ut deficiens ab hujus modi videlicet amicis in mansiones excipiatur aeternas, noverit se indubitanter non solum a sui receptione non esse frustrandum, sed etiam ab omnipotente Deo se esse inter gloriosiores beatitudinis aeternȩ prȩmia percepturum.
Hac igitur salubri consideratione ego Gauzfridus militiȩ seculari mancipatus, ssollicitatus, necessarium duxi aliquid ex his que temporaliter accepi sub lege fȩnoris per manus pauperum fideli Deo in presenti committere, quod post tempus in aeterna retributione centena merear multiplicatione recipere. Quod ut probabilius fieri possit, illorum potius qui sunt pauperes spiritu disposui procurare subsidia quorum juxta veritatis vocem regnum dinoscitur esse cȩlorum, qui ut Christi servitio liberius expeditiusque vacarent, propriis abrenuntiantes facultatibus voluntariam subiere paupertatem.
Igitur fratribus his qui in Turonensi cenobio quod Majus Monasterium dicitur omnipotenti Deo sub Alberto abbate famulantur quendam locum parentum meorum successione mihi contingentem apud Castrum Celsum situm in honore sancti Johannis Baptistȩ constructum, et aeclesiam de Faiaco cum decima sibi pertinente, consuetudinem quoque navis eorum ascendentis et descendentis per Ligerim, et medietatem piscariȩ meae de Ligere, et quicquid videor habere in dominio intra muros prefati castri vineas scilicet, culta et inculta,
cum omnibus rebus quas alii fideles pro redemptione animarum suarum supradicto loco beneficientiȩ munere sunt daturi, assensu et auctoritate fratrum meorum, Herduini videlicet, atque Odrici, Guiscelini quoque atque Rodulfi, concedens annuo, et annuens concedo jure perpetuo possidenda, quatinus eorum qui elemosinis divinȩ majestati placuerunt merear adjungi consortio.
Et quicquid illis tribuo, quietum ab omni interpellatione calumniȩ facio, ita ut sine mea vel cujusquam successorum meorum contradictione liceat supradictȩ congregationi Sancti MARTINI suisque successoribus cum abbatibus qui eis pro tempore preerunt predictum locum, cum omnibus prefatis rebus jure perpetuo possidere, et quicquid inde agendum decreverint potestatem habeant faciendi, ordinandi et qualitercunque eis placuerit meliusque visum fuerit disponendi tam presentibus quam futuris temporibus.
Si quis autem quod absit ex heredibus meis, vel alia quȩlibet cujuscumque potestatis aut ordinis persona diabolicȩ suggestionis instinctu hujus elemosinȩ testamento inferre calumniam temptaverit, et pravȩ voluntatis effectum justitiȩ convictus obtinere non valeat, et comiti qui pro tempore fuerit auri libras decem coactus exsolvat.
Et ut hujus nostrae elemosinȩ donum per cuncta annorum curricula vigorem perpetuitatis obtineat, Gauzfridus Andegavensis comes sub crucis caractere sua auctoritate firmavit, suisque fidelibus corroborandum tradidit.
S. [croix] Gauzfridi comitis.
[colonne1] S. Fulchrardi de Rupe Forti. S. Tetbaldi fratris ejusdem Fulchrardi. S. Teudonis Calvi. S. Johannis de Aurela. S. Gorideni Britonis. S. Guarini Panzae.
[colonne2] S. Guarnerii presbiteri. S. Ermenfredi monachi. S. Acfredi monachi. S. Johannis monachi et medici. S. Danielis presbiteri.
Moi Geoffroy, chevalier
Abbé Albert
Saint Martin
Herduin
Oderic
Guiscelin
Rodulfe
Geoffroy (Martel), comte des Angevins
Fulchrade de Rochefort
Thibault, son frère
Teudonis Calvi
Jean d’Aurelle
Goridin le Breton
Garin Panzae
Guarnier, prêtre
Ermenfred, moine
Acfred, moine
Johan, moine et médecin
Daniel, prêtre
Grand monastère de Tours
Castrum Celsum
Église Saint Martin au Fuilet
La Loire
Traduction française, éléments de contexte : Jean-Luc Delalande, Amis du vieux Chateauceaux
Résumé repris dans la rubrique En bref, fac-similé, transcription : http://telma.irht.cnrs.fr/outils/originaux/charte3515/
Acte n°3515 dans Chartes originales antérieures à 1121 conservées en France , Cédric GIRAUD, Jean-Baptiste RENAULT et Benoît-Michel TOCK, éds., Nancy : Centre de Médiévistique Jean Schneider; éds électronique : Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2010. (Telma).
Datation : La base Telma indique datation 21/08/1044 (étude diplomatique), qui est en fait la date maximale établie par O.Guillot. GUILLOT (Olivier), Le comte d'Anjou et son entourage au XIe siècle, 2 vol., Paris, 1972, 1 : Etude et appendices. 2. Catalogue d'actes et index, t. 2, p. 71-72, n° 84. Geoffroy Martel succède à son père Foulque Nerra le 21 juin 1040 et Oderic, frère de Geoffroy, participe à la prise de Tours, le 21 août 1044. On retient donc la fourchette 1040-1044
Pourquoi ces dons ?
« A la fin de la période carolingienne les églises et leur patrimoine sont émiettés à l’infini. La paroisse a été absorbée par la seigneurie et le curé est devenu le vassal du propriétaire à qui il prête serment. Déjà sous les Carolingiens des campagnes pour la restitution des églises avaient été menées par certains évêques. Mais ce n’est réellement qu’ à partir de la moitié du XIe siècle que la papauté...donna une impulsion à ce mouvement de restitution, bientôt accéléré par des sanctions.
A qui les laïcs restituèrent-ils ces églises qu’ils avaient conscience de posséder d’une manière illicite ? Aux évêques bien sûr, mais plus souvent aux monastères...Cette préférence s’expliquerait peut-être par l’insuffisance du clergé séculier. En outre, les moines dont le rôle était de prier représentaient une meilleure garantie pour acquérir son salut... »
dans Odile GANTIER, « origine des églises possédées par les moines... » in Recherches sur les possessions et les prieurés de l’abbaye de Marmoutier du Xe au XIIIe siècle, Revue Mabillon, archives de la France monastique, n°218, Ligugé, 1905, p 125
Autres versions de cette charte
Il existe au moins deux reprises ultérieures de cette charte
Premier acte d'une pancarte vers 1100, regroupant 6 actes, voir 8A dans charte 8 pancarte de 6 chartes
Copies Cartulaire Marmoutier effectuée vers1700 par François-Roger de Gaignières, tome III f., BnF man. Lat.5441, Visible sur Gallica. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9077003n vue 203 / 273. Transcription et traduction ci-dessous
Traduction
JL Delalande
Transcription, latin
JL Delalande
Voilà pourquoi nous avons pris la peine de traduire par un écrit ce que le seigneur de Castrum Celsum, Geoffroy, a fait pour Dieu et l’Église saint-Martin du Grand monastère de Marmoutier, au temps de l’abbé Albert. Il a concédé :
Quoniam §c scripto tradere curavimus quod Dominus de Castro-Celso Gaufrid deo et ecclec B. Mart. Maj. Marm. tempore Domni Alberti abb.
un certain lieu construit par ses parents [reçu] par succession et voisin du château, en l'honneur de St Jean-Baptiste ; et l'église de « Faiaco » (Le Fuilet) avec la dîme se rattachant à celle-ci ; une redevance en l'honneur de l'église du Grand monastère, sur les bateaux montant et descendant sur la Loire ; et la moitié d'une pêcherie sur la Loire ; et d’autres choses visibles dans le domaine entre les murs du château, à savoir des vignes, terres cultivées et incultes
quendam locum parentu suorumque successione et contingente, apud Castrum ...notatum per honore S. Jo. Bapt. Constructum et eccliam de Faiaco cum decima sibi pertinente, consuetudinem quoque navium predicte Ecclie Maj. Mo. scilicet ascendentium et descendentium per Ligerim et mediatate piscarie sue de Ligere et quicquid videbatur habere in dominio intra muros prefati castri, vineas scilicet culta et inculta
ces redevances étant avec l'accord et l'autorité de ses frères : Hardouin, Oderic, Guiscelin et Radulphe. Et si quelqu’un de ses descendants s’y opposait, il serait contraint de s’acquitter de dix livres d’or.
Nous écrivons ci-dessous les noms de témoins qui ont été présents :
Pour les laïcs : le « signum »:+ Geoffroy, comte de Angevins, qui confirma de son autorité ce don. Fulchrade de Rochefort, Theobald son frère, Eudes le « Chauve ». Jean de Aurel. Guarin Panza.
Les moines et plusieurs autres ...
consuetudines assensu et authoritate fratrum suorum Harduini, Odrici, Guiscelini atque Radulfi concessit et si quis ex heredibus si contradixerit aurilibras decem coactus exsolvat.
Et ut nomina testium qui interfuerunt subscripsimus.
De laicis signum Gaufrifus comes Andegav. Qui hoc donum sub crucis caractere sua auctoritate firmavit. Fulchradus de Rupeforti, Theobaldus fratris ejus, Eude Calvus, Joh. de Aurela, Guarinis Panza
De monachis et de pluribus... (suite non transcrite)